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Slimane Laïchour. officier de l'ALN, messager de Krim Belkacem, Mohamedi Saïd et le colonel Amirouche : «Le maquis est une leçon de courage, d'humilité, une leçon de la mort, mais aussi une leçon de la vie»
Publié dans Le Quotidien d'Algérie le 21 - 02 - 2020

Aujourd'hui Slimane Laïchour a 85 ans , à droite de l'image , il en compagnie du colonel Amirouche , c'était le 15 mars 1958 au PC Bounaamane Azeffoun. Il avait 19 ans.
HAMID TAHRI 20 FEVRIER 2020
El WATAN
«La bravoure, c'est quand on est seul à savoir qu'on a peur.» Franklin Jones
Il est présent aux marches populaires presque chaque vendredi sans y être physiquement, puisque sa photo, aux côtés du colonel Amirouche, est fièrement exhibée par les manifestants. Mais qui est au juste ce jeune soldat à peine sorti de l'adolescence ?
Nous avons été le chercher et nous avons découvert une personnalité irréductible, derrière laquelle on devine une grande âme. Sa vie simple, son intégrité, son intransigeance, le courage qu'il a dans certaines circonstances de s'opposer à ses propres amis, pour rester fidèle à sa pensée, tout cela on le décèle chez lui. Laïchour Slimane (Rachid), né le 23 décembre 1935 à Aït Mahmoud à Taourirt Moussa, près de Beni Douala.
Il a fait sa scolarité primaire à Taourirt Moussa et a été élève de Mouloud Feraoun, qui lui a appris «à butiner le nectar du savoir en son jardin», au sens propre et figuré, fait-il savoir fièrement, en guise d'hommage au célèbre enseignant-écrivain qui était aussi directeur de l'établissement. Slimane est parti en France en 1951, où son père Rabah exerçait dans l'hôtellerie et où il était établi depuis déjà trois décades.
Slimane y a poursuivi ses études à Paris dans le 3e arrondissement. C'est là, dans cet univers cosmopolite, qu'il a ressenti le poids des inégalités et des injustices. Surtout lorsque son professeur de géographie, M. Moulin, s'adressant à Slimane et ses pairs de la même origine, les tançait : «Qu'est-ce que vous faites ici ? Votre pays a besoin de vous.» «J'avoue que c'est là que j'ai appris le sens de la liberté, encore plus à la déclaration du 1er Novembre à laquelle j'ai souscrit sans hésiter. Le 22 décembre 1954, j'ai quitté Paris pour revenir à mon pays où la flamme était déjà allumée et auprès de laquelle je me suis réchauffé. J'avais 19 ans. Membre actif dans mon village, je me suis engagé en tant que moussebel.
En janvier 1955, Krim Belkacem, déjà vieux routier dans les djebels, est passé au village, nous a réunis et nous a sensibilisés sur la nécessité de la lutte ! Il a su, par mes camarades, que je venais de Paris, alors il m'a interpellé : ‘‘ô toi ! le Parisien ! Tu es le bienvenu parmi les tiens.'' Mes camarades s'interrogeaient sur le sort de Messali. Alors Krim, avec son franc-parler, a expliqué : ‘‘Incontestablement, Messali est le chef du parti du peuple et le père du nationalisme algérien. On l'a contacté pour être à la tête de l'insurrection armée. Il a décliné notre proposition en arguant que le peuple n'était pas encore prêt pour la Révolution. Cela n'est pas trop grave. Ce qui l'est par contre, c'est lorsque le 14 décembre 1954, il a créé le Mouvement national algérien (MNA). C'est son erreur fondamentale, il a tenté de diviser les rangs algériens en faisant le jeu de la France. En me quittant, Krim me dit ‘‘A bientôt !''. Une semaine plus tard, le 20 janvier 1955, Saïd Aouaneche est venu en disant que Krim (Si Omar) voulait me voir, je suis parti et je l'ai trouvé dans la région de Hasnaoua.
C'est là qu'il m'a désigné en qualité de son agent de liaison. A ce titre, j'ai parcouru les plaines, les collines, les montagnes en transmettant ses ordres aux chefs de région. Cette mission, je l'ai accomplie jusqu'à octobre 1955. Un jour, il me dit : ‘‘Tu vas prendre un autre maquis. Tu vas être agent de liaison entre Abane et Krim, entre Alger et la Kabylie.'' C'est ainsi que je suis parti à Alger, à la place de Chartres… Au café près de l'Odéon, il m'a dit, tu vas trouver un jeune blond, qui fait office de garçon de café. Il n'a pas oublié de me communiquer le mot de passe, ‘‘Il y a beaucoup de mouches aujourd'hui''. Sa réponse est ‘‘Hier c'était pire'', je lui ai remis le courrier, il était en contact avec Abane, je reprends le maquis en Kabylie à la recherche de Krim, à qui je remets le courrier auquel il répond. Ces missions, je les ai effectuées jusqu'à août 1956. Mais avant ça, un jour il m'a dit : ‘‘Tu vas voir le patron que j'ai rencontré au boulevard Télemly, près de la pompe à essence.
'' En ce même mois d'août, en revenant d'Alger pour remettre le courrier à Krim, sur les hauteurs de Aït Ouabane, je rencontre le commandant Amirouche, chef de Wilaya, qui avait réuni les moussebiline pour assurer la sécurité du Congrès de la Soummam. Un agent m'a amené après à Ifri Ouzellaguen, c'est là qu'a eu le rassemblement. C'est dans ces lieux que j'ai rencontré, réunis, Abane Ramdane, Krim Belkacem, Amar Ouamrane, Si Sadek (Dehilès), Zirout Youcef. Par la suite, alors que le village était encerclé, on s'est retrouvés au 1er PC, Krim et moi, à Tizi Ntelket (Takrart). Ce refuge, n'a jamais été découvert par les Français, car construit par un maçon de génie… C'est là que Krim m'a dit : ‘‘Des décisions importantes ont été prises au Congrès de la Soummam. Le CCE a été créé. Nous allons vivre et diriger à partir d'Alger.'' C'est là qu'il a décidé de m'envoyer dans la capitale où je devais rencontrer quelqu'un à la sortie du tunnel des facultés. Un type qui porte des lunettes, qui a des moustaches et qui lit le journal Le Monde. Il s'appelle Si Salah, je l'avais dévisagé. C'était Benyoucef Benkhedda. On est montés à la rue Duc des Cars au numéro 59. On est montés au quatrième étage, l'homme m'a dit : ‘‘Krim sera ici dans une semaine.'' A la date indiquée, il y avait Abane Ramdane, Benkhedda et Krim.
Personne ne connaissait ce PC, hormis les concernés, Amirouche Hamou, le secrétaire du colonel Amirouche et moi… Je me souviens de l'arraisonnement de l'avion qui transportait les 5 leaders de la Révolution. J'ai le souvenir de la réaction de Krim qui avait déjà des appréhensions, la veille en entendant le bruit des hélicoptères qui tournaient dans le ciel. ‘‘Ils se sont fait avoir comme des débutants'', a martelé Abane, fou furieux ; ‘‘comment ont-ils pu monter dans un avion piloté par des Français. Ils se sont comportés comme des touristes''. Abane avait prévenu : les Français vont chercher à négocier, en pensant qu'ils ont étêté la Révolution, en capturant ses leaders. C'était une abominable opération de piraterie aérienne. Je me souviens que Benkhedda avait retorqué : ‘‘Il ne faut pas céder au chantage et respecter les fondements de la Révolution.'' En écho, Ben Bella, à partir de son lieu de détention, avait lancé, ce qui est à son honneur, cette phrase : ‘‘Il faut négocier avec ceux qui sont dans le maquis.'' C'est ainsi que la Révolution a continué, et notre jeunesse ne sait peut-être pas que notre Révolution a été préservée à partir d'Alger de septembre 1956 jusqu'à février 1957. C'est le 22 février que tout le monde a quitté Alger. Abane a été conduit par le docteur Chaulet et les documents du Congrès se trouvaient dans les couches du bébé de Madame Chaulet. Ben M'hidi, Krim, Abane et Benkhedda se sont donc séparés. Krim et Benkhedda vers la Tunisie, Dahlab et Abane vers le Maroc. C'est Mohamedi Saïd (Si Nacer) qui a remplacé Krim au commandement de la Wilaya III.
Moi, j'avais quitté Alger bien avant eux, en décembre 1956. Un jour, lors d'une mission, j'avais rendez-vous avec le garçon de café Ali Timizert. Le lieu de rencontre, c'étaient les escaliers de la Grande-Poste d'Alger. Je devais lui remettre le courrier. Soudain, un bel homme surgit d'on ne sait où, se présente à moi. ‘‘Ali vient d'être arrêté et doit sûrement subir actuellement un interrogatoire musclé.'' Je n'ai pas attendu une seconde. Je me suis sauvé. Au moment même où la Grande-Poste allait être encerclée. Je l'avais échappé belle. Quand Krim est parti en Tunisie, Slimane devait aller avec lui, mais des circonstances imprévues en ont décidé autrement. Je suis resté avec Mohamedi Saïd qui m'intima l'ordre d'aller à la recherche d'Amirouche en partance pour la Tunisie. Je l'ai trouvé dans les fins fonds de la Medjana, au nord de Bordj Bou Arréridj. C'était le 18 juillet 1957. J'étais parti pour le ramener au PC où il devait succéder à Mohamedi Saïd.
Il m'a dit : ‘‘Dès aujourd'hui, tu te prénommes Rachid''. Je l'avais déjà rencontré à Aït Ouabane. Amirouche s'est empressé d'entrée à mieux connaître les coins et recoins de la Wilaya III. Il a tenu une importante réunion à Bounaamane (Azzefoun) le 15 septembre 1958. Il portait une kachabia qui est toujours chez moi. Amirouche a décidé de nous envoyer en mission spéciale en Tunisie, auprès du CCE, pour des explications sur le silence éloquent de nos dirigeants à l'extérieur. On est partis, nous ses plus proches collaborateurs, Hamou Amirouche, AbdelHamid Mehdi et moi-même. Le seul resté auprès du colonel est Tayeb Mouri. Avant de partir, j'ai demandé au colonel Amirouche de m'autoriser à aller dire adieu à mes parents et à ma famille. Il a acquiescé non sans ajouter avec humour : ‘‘Fais attention dans ce secteur'', Allah yarahmou. Pour souligner la dangerosité de l'endroit ainsi qualifié, Amirouche parlait évidemment de Beni Douala, ma région, considérée comme mortelle. Il pleuvait ce jour-là. Alors, le colonel a enlevé sa kachabia, il me l'a passée et je l'ai enfilée… Je l'en ai remercié… Je l'ai par la suite confiée à ma mère qui l'a bien cachée à la maison.
Un jour, on a attaqué le poste ennemi appelé Houren à M'sila qui dépendait de la Wilaya III et qui était dirigé par le lieutenant Dubos. On a bénéficié de la complicité d'un sergent algérien, le nommé Mohamed Zernouh de Djelfa qui a terminé comme chef de bataillon avec le grade de lieutenant, mort en 1960. L'offensive a fait bon nombre des prisonniers, y compris Dubos, qu'on a amenés jusqu'à l'Akfadou. Amirouche ne voulait pas exécuter le chef, mais l'échanger avec un combattant d'El Kseur, le lieutenant Hocine Salhi. Pour ce faire, il a envoyé un émissaire auprès du colonel basé à Bougie, mais celui-ci a répondu d'une manière agressive et insultante en menaçant de se venger en récupérant ses armes et ses soldats. C'est ainsi que Amirouche s'adressa au lieutenant Dubos : ‘‘Vous venez d'être condamné par votre supérieur le colonel commandant du groupement de Bougie.'' Le châle que le colonel Amirouche portait sur sa tête appartenait en fait à ce lieutenant exécuté en représailles de l'assassinat de Salhi et il l'avait mis en signe de deuil du chahid. En partance pour la Tunisie, Amirouche nous a accompagnés jusqu'au piémont des Aurès. Je me souviens qu' en traversant la Soumam, la rivière était en crue. A certains endroits, l'eau en furie était profonde. A un moment, alors qu'on avait effectué une bonne distance, Amirouche nous a ordonné de rebrousser chemin. Son intuition était extraordinaire. Il avait anticipé sur les événements car les Français nous attendaient paisiblement sur l'autre rive, ils nous auraient cueillis comme un fruit mûr ! Dans notre périple, un homme extraordinaire, Abdelkader Bariki de Barika, comme son nom l'indique, est venu une fois à notre secours, c'est lui et ses hommes qui ont contré l'armée française alors qu'on était dans une position assez précaire», se souvient Si Slimane.
Pour l'avoir bien connu, Slimane ne tarit pas d'éloges sur son supérieur Amirouche. «C'était un homme droit et adroit», aimait-il à répéter. «Il encourageait les intellectuels, contrairement à l'idée propagée. Dans tous les villages traversés, il demandait aux chefs du Nidham s'ils avaient dans leurs rangs des jeunes étudiants afin de les envoyer poursuivre leur scolarité à l'étranger. C'est ce qu'il a fait lorsqu'il présidait aux destinées de la Wilaya III. Je peux citer Toudji de Dellys, venu du lycée Bugeaud, parti en Tunisie, le Dr Benhocine, le Dr Laliam, Benabid et bien d'autres. Amirouche était entouré d'intellectuels. En le diffamant, ses détracteurs voulaient ensevelir les mémoires et l'histoire ! Ce sont les partisans de l'Algérie française qui racontaient des balivernes pour ternir Amirouche et la Révolution. Amirouche était juste dans toutes ses décisions. N'oublions pas qu'il a sauvé la Révolution en découvrant le complot de la Bleuite. C'était une ruse de guerre. Un cheval de Troie introduit par Godard et le capitaine Leger. Le 23 mars 1957, lors du ratissage du village de Maouya, sur les hauteurs de Mekla, 135 Algériens, entre civils et maquisards, sont morts. J'étais blessé, ce n'est pas le sang qui a coulé, mais une fracture au niveau de la colonne vertébrale dont je garde aujourd'hui encore des séquelles… En avril 1958, on a mis 45 jours pour arriver en Tunisie. Quand j'enlevais les chaussettes, la peau venait avec. On s'est séparés avec Amirouche à Ichmoul dans les Aurès après une entrevue entre chefs qui a réuni Amirouche et le colonel Si Lakhdar le 15 avril 1958. En Tunisie, j'étais soigné à l'hôpital Sadikia par le Dr Tedjini Haddam. Le GPRA avait décidé que tous les maquisards devaient regagner la frontière algéro-tunisienne.
Pas tout à fait soigné, je suis parti à Ghardimaou… où je retrouve le chef de l'état-major de l'Est algérien, le colonel Mohamedi Saïd, dit Si Nacer. J'y suis resté 3 semaines avant de partir au camp de Zitoun, distant de quelques kilomètres de là, j'y ai demeuré pendant 3 mois. Mon ami Abdelhamid Mehdi m'a dit : ‘‘On doit retourner au pays.'' On l'a dit à Mohamedi qui s'en est étonné. Ce n'était pas du courage, mais de la pire folie. Les commandants Mira et Saïd Yazourene sont venus avec nous jusqu'à la frontière tuniso-algérienne, on devait avoir des guides, Abderahmane Bensalem, un vétéran d'Indochine, chef de la base et dont le PC au Djebel Beni Salah nous avait désigné un lieutenant (Stiti) qui nous avait abandonnés. Près de la frontière, dans une zone boisée, une sourde déflagration a fait trembler le sol sous nos pieds. C'étaient des sangliers sentant une présence humaine qui ont foncé tout droit sur la ligne Morice, déclenchant une atmosphère de désolation, mais le chemin pour nous était libre.
Nous avons procédé à un repli tactique salutaire, puisque l'endroit a vite été encerclé. Le 26 avril 1959, Krim, à Tunis, me dit : ‘‘La guerre, c'est fini pour toi, tu vas te soigner et poursuivre tes études, je compte sur toi pour exécuter ces ordres.'' C'est ainsi que je suis parti pour la Yougoslavie que j'ai choisie car le départ pour ce pays était programmé dans les 3 jours qui suivaient. Celui des USA, dans un mois, que j'ai trouvé trop long, et que mon ami, Hamou Amirouche, a d'ailleurs choisi. J'ai passé deux nuitées chez le commandant Idir. Et le 29 avril 1959, j'étais à Belgrade avec deux autres Algériens, Toudji et Saïdi…Tout en me soignant à l'hôpital, je prenais des cours de langue serbe. C'est là que j'ai rencontré des dirigeants de la Révolution de passage dans ce pays : le président du GPRA, Ferhat Abbas, le colonel Lotfi et Abdelhafid Boussouf, chef du MALG.
Les autorités yougoslaves nous ont aidés à nous répartir à travers les différentes Républiques fédérales. Je me suis retrouvé avec un collègue à Zagreb. Je me suis inscrit à l'Ecole supérieure des arts graphiques pour en sortir ingénieur dans cette spécialité. Le 5 mai 1965 est la date à laquelle je suis rentré en Algérie. Je n'étais pas encore démobilisé de l'armée. J'ai choisi de travailler à la DNC aux côtés du colonel Aouchiche, un gars extraordinaire. J'ai exercé au sein de l'imprimerie de l'Armée nationale populaire, puis au sein d'une institution de souveraineté nationale en qualité de directeur adjoint. J'ai pris ma retraite en 1988, à l'âge de 53 ans. Je voyais que l'horizon était bouché et que le SGT n'était pas fait pour encourager les anciens moudjahidine dans leur plan de carrière professionnelle. J'ai créé une librairie-papeterie à Beni Douala et puis je me suis mis à voyager pour découvrir le monde. Je n'avais pas de compte bancaire à l'étranger. Je me suis éclaté, j'ai été jusqu'à Ushuaïa en Patagonie et North Cap, au bout du monde, en Asie du Sud-Est, en Malaisie, Indonésie, Vietnam, Cambodge…»
Slimane, assurément, a une personnalité irréductible derrière laquelle on devine une grande âme. Sa vie simple, son intégrité, son intransigeance, le courage qu'il a, dans certaines circonstances de s'opposer à ses propres amis pour rester fidèle à sa pensée, tout cela le rend davantage estimable. C'est un homme de certitudes en ces temps incertains. Ceci ne l'empêche pas d'avoir son idée sur ce mouvement impétueux et généreux qu'est le hirak : «C'est une révolution qui nous a permis de lever le voile sur bien des choses tristes. On n'a jamais pensé qu'il y avait autant de voleurs, de criminels parmi ceux qui nous ont dirigés, qui se sont accaparés du pays, comme si c'était leur bien personnel. On peut voler à la limite, mais pas détruire un pays. Ce qu'ils ont fait est abominable ! C'est une honte, mais je compte sur la jeunesse révoltée mais pacifique pour remettre les choses à l'endroit et pour changer de paradigme, c'est l'essence même d'une révolution !»
Portrait réalisé par HAMID TAHRI
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