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«La transition ne doit pas nous mener vers une nouvelle crise»
Mohamed Saïd, président du PLJ, au Soir d'Algérie :
Publié dans Le Soir d'Algérie le 02 - 05 - 2019


Entretien réalisé par Karim Aimeur
Le président du Parti pour la liberté et la justice (PLJ), Mohamed Saïd, soutient que le chef de l'armée est devenu, dans le contexte de la crise que traverse le pays, un acteur central de la vie politique nationale depuis le 2 avril. La preuve est que la classe politique est suspendue à ses moindres déclarations pour déceler un signal dans tel ou tel sens, explique-t-il dans l'entretien qu'il nous a accordé. Plaidant pour une transition de courte durée, l'ancien ministre de la Communication demande à l'armée de faciliter la transition démocratique dans un climat de sérénité et de sécurité, en se portant garante de l'application de la solution consensuelle élaborée en concertation avec son Commandement, par les partenaires politiques et sociaux jusqu'à l'élection du nouveau président de la République.
Le Soir d'Algérie : Depuis 10 semaines, le peuple algérien se mobilise massivement contre le système politique. Quel enseignement peut-on tirer de cette mobilisation historique qui ne faiblit pas et cette détermination ?
Mohamed Saïd : Nous devons tous nous réjouir de cette révolution démocratique qui a dépassé tous les clivages, ouvert la voie au renouvellement de notre vie publique et redonné espoir aux jeunes dans un avenir meilleur. L'un des points forts de cette révolution réside dans son caractère national et dans sa composante humaine constituée de toutes les couches sociales, y compris les classes moyennes et les élites. Plusieurs enseignements sont à tirer à ce jour, j'en citerai trois: la détermination irréversible des millions de citoyens qui, tout au long de 10 semaines, ont fait preuve de maturité salutaire en résistant à la tentation de violence malgré les provocations ( fermeture des axes d'accès à la capitale, interdiction de conférences d'activistes politiques…), le franchissement du mur de la peur qui a maintenu la société figée dans le traumatisme des années 90, et enfin l'entrée en scène des étudiants comme fer de lance de cette belle révolution qui a suscité par son pacifisme l'admiration du monde entier.
J'ajouterai un 4e élément qui est l'influence des réseaux sociaux dans la mobilisation des masses. En réaction, le système prébendier mise sur le déficit de leadership et l'essoufflement des manifestants pour perdurer en produisant une nouvelle clientèle clonée. Il oublie que le rapport de force a changé par la libération des énergies longtemps comprimées, ce qui a rendu aux Algériens leur fierté «souillée» par ceux-là mêmes qui ont poussé le cynisme dans l'encensement du Président candidat jusqu'à plébisciter un portrait rivé au-dessus de l'estrade!
Malgré cette formidable mobilisation et cette inébranlable détermination, le pouvoir, qui tient à sa survie, cherche à imposer une sortie qui s'inscrit dans le cadre de la Constitution. Or, ni le temps, ni le peuple ne permettent plus la réalisation de cet objectif. Comment envisagez-vous la suite des évènements ?
Votre constat est juste. Il faut être aveugle ou de mauvaise foi pour ne pas constater que ce qui se passe sous nos yeux depuis le 22 février n'est pas une simple colère passagère d'une société bloquée, mais une véritable mutation avec sa propre dynamique transformatrice. En d'autres termes, il est inconcevable dans l'état actuel des choses d'envisager politiquement une sortie de crise durable sans l'adhésion populaire. Ne pas tenir compte de cette nouvelle réalité qui a obligé l'ancien président de la République, malgré tous les moyens de sa cour et ses appuis extérieurs, à une abdication humiliante, relève de la cécité politique, ou tout au moins d'un plan machiavélique basé sur la recherche du pourrissement. Sous cet angle, rien n'interdit de penser que l'entêtement du pouvoir pourrait mener à des conséquences désastreuses pour la stabilité et la sécurité du pays. J'espère que la sagesse finira par l'emporter, car toute transition ne doit pas mener vers des situations de crise. A situations exceptionnelles, mesures exceptionnelles.
L'accélération des évènements a fait de l'armée un acteur clé de la crise. D'une part, elle soutient les revendications du peuple jugées légitimes et, d'autre part, elle insiste sur le respect de la Constitution pour sortir de la crise. Y a-t-il une contradiction dans cette position ?
Certainement pas si l'on s'en tient à l'esprit de la Constitution. En effet, la satisfaction des revendications exprimées nécessite aujourd'hui une sortie de crise conciliant l'impératif constitutionnel et le respect de la volonté populaire, à savoir l'application des articles 7 et 8 de la Constitution parce que le pays vit une situation inédite provoquée par un homme qui a régné sans partage durant deux décennies en vidant les institutions de leur substance. Ceci implique, en premier lieu, le départ des noms et des structures contestés, puis l'ouverture consensuelle d'une période transitoire dont la finalité sera l'élection démocratique réelle, dans un délai raisonnable le plus court possible, d'un nouveau président de la République. La transition démocratique sans les figures emblématiques du régime passe inévitablement par là. A défaut, le déficit de légitimité du pouvoir s'aggravera au soir du 4 juillet et le pays risque d'être entraîné dans une situation déjà vécue au lendemain de l'arrêt du processus électoral en janvier 1992 avec les conséquences dramatiques dont les séquelles tardent encore à disparaître.
Depuis le début du mouvement populaire le 22 février, la position de l'armée a toutefois évolué. Aujourd'hui, le chef d'état-major de l'ANP dit que l'armée est ouverte à toute proposition constructive et utile de sortie de crise, mais aussi opposée à tout vide constitutionnel. Cela dénote que l'armée préfère une solution constitutionnelle tout en se projetant à sortir de ce cadre pour trouver une issue. Que proposez-vous justement pour sortir de cette situation ?
A lire les discours du chef d'état-major de l'ANP quand il parle des « articles 7 et 8 de la Constitution », ou de « l'existence pour le même problème d'une ou de plusieurs solutions », ou de l'ouverture de l'armée à toute proposition utile, on a l'impression que la bonne voie est tracée pour la sortie de crise. Cependant, le dernier discours prononcé avant-hier à Biskra introduit le flou: d'une part, le chef d'état-major insiste sur le respect de la Constitution et des institutions de l'Etat pour éviter « tout vide constitutionnel », d'autre part, il reconnaît que la voie constitutionnelle exige de « réunir les conditions idoines » pour l'organisation de l'élection présidentielle » dans les meilleurs délais » Dans le premier cas, il soutient implicitement l'agenda électoral en cours malgré son rejet retentissant à travers l'échec de la conférence consultative initiée par la présidence de l'Etat; dans le deuxième cas, il n'exclut pas implicitement l'éventualité d'un report de la date du scrutin annoncé dès lors que les conditions idoines ne peuvent exister avec des millions de contestataires irréductibles à travers le territoire national.
Sur ce point institutionnel précis, force est de rappeler que ce qui est demandé depuis le 22 février, ce n'est nullement l'abandon des institutions de l'Etat, mais tout simplement la démission, après le président du Conseil constitutionnel, du chef de l'Etat et du gouvernement pour préserver l'avenir de l'influence néfaste de « la bande » et du rouleau compresseur de l'argent sale. Personnellement, si j'ai à choisir entre un vide constitutionnel concerté de quelques mois, et un Président porté au pouvoir par les puissances d'argent comme ce qui vient d'émerger du comité central du FLN, j'opterai pour le premier choix.
Mais que proposez-vous précisément pour sortir de cette situation ?
Le Parti de la liberté et de la justice fait sienne la plateforme élaborée par un certain nombre de partis d'opposition (dont le PLJ), de syndicats et de personnalités nationales réunis dans le front des « forces du changement » adoptée le 23 mars dernier, soit 10 jours avant la démission du chef de l'Etat. Cette plateforme valable pour la période de transition s'inscrit dans le cadre de la légitimité populaire prévue par l'article 7 de la Constitution, et ne reconnaît ni l'actuel chef de l'Etat ni le gouvernement. Toujours d'actualité, elle prévoit la désignation consensuelle en concertation avec le Commandement de l'institution militaire, d'une instance présidentielle composée de personnalités nationales crédibles, intègres, alignées sur les revendications populaires, compétentes et non intéressées par les élections. Elle aura pour mission de désigner un gouvernement de compétences nationales chargé d'expédier les affaires courantes de l'Etat, la mise en place d'une instance indépendante d'organisation et de contrôle des élections, et l'amendement de la loi électorale pour garantir le déroulement d'élections propres et intègres. Rien n'interdit d'enrichir cette plateforme par les nombreuses initiatives lancées ici et là avec le même souci d'éviter au pays de s'enfoncer dans une voie sans issue.
Et quel doit être le rôle de l'armée dans ce processus ?
Jamais depuis l'indépendance un chef d'état-major de l'ANP n'a été aussi omniprésent sur la scène médiatique comme le général de corps d'armée Gaïd Salah. La crise a fait de lui un acteur central de la vie politique nationale depuis le 2 avril. La preuve est que la classe politique est suspendue à ses moindres déclarations qui évoluent en dents de scie pour déceler le moindre signal dans tel ou tel sens. Au lieu d'être le « wagon » de la classe politique, il en est devenu la locomotive. Dans la pratique, force est de constater que l'agenda électoral arrêté après le 2 avril est en marche et les hommes décriés par le peuple sont toujours aux commandes.
Oui, l'armée - tout en restant vigilante face à un environnement géopolitique de plus en plus agressif - doit aider en cette phase cruciale à faciliter la transition démocratique dans un climat de sérénité et de sécurité. Elle doit être garante de l'application de la solution consensuelle élaborée en concertation avec son commandement, par les partenaires politiques et sociaux jusqu'à l'élection du nouveau président de la République. Une fois cette mission accomplie, elle doit revenir à ses attributions permanentes clairement définies par l'article 28 de la Constitution.
Elle doit rester au service de la démocratie en veillant sur les acquis démocratiques chèrement payés depuis Octobre 1988. Oui, c'est vrai, l'expérience a démontré dans bien des cas en Afrique et en Amérique latine qu'il est plus facile pour l'armée d'entrer en politique que d'en sortir. Notre armée étant républicaine, forte de la confiance de son peuple et de l'expérience des années 1990, son rôle est incontournable en raison des profondes divisions de la classe politique, et son potentiel de vigilance doit être renforcé face au réveil des démons de la division qui ont parfois, ailleurs, dans certains pays africains, accompagné les transitions démocratiques et fourni aux puissances étrangères des prétextes d'ingérence. Nous appartenons à cet ensemble géographique. Le danger est réel.
Dans le contexte de ce mouvement populaire, la justice a ouvert plusieurs dossiers de corruption. Pensez-vous qu'il s'agit d'une réponse aux revendications populaires ou plutôt des règlements de comptes ?
La lutte contre la corruption et toutes les formes de détournement ou de dilapidation des richesses nationales constitue l'une des principales revendications de la révolution démocratique du 22 février. Sa satisfaction est donc un impératif permanent à condition d'éviter de faire dans la précipitation pour ne pas tomber dans une justice sélective ou vengeresse.
C'est pourquoi cette opération ne peut être efficace que dans le cadre d'un Etat de droit comme moteur des transformations institutionnelles, offrant toutes les garanties d'une justice saine, neutre et transparente. D'ici là, rien n'interdit de prendre des mesures conservatoires pour assécher les sources de la corruption et de la dilapidation des biens et deniers publics.
Or, commencer immédiatement par cette lutte et reporter la mise en chantier de la construction de cet Etat de droit revient à mettre la charrue avant les bœufs.
On a l'impression que les arrestations spectaculaires en cours dans le cadre d'enquêtes préliminaires sur les affaires de la corruption, la valse de congédiements de cadres supérieurs et l'interdiction de quitter le territoire national pour nombre de suspects parmi ceux qui ont saigné le peuple cachent mal une volonté de manipuler les colères pour reconduire ainsi le statu quo le 4 juillet prochain.
K. A.


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