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Ces femmes qui affrontent le danger au quotidien
Au cœur du combat contre le Covid-19
Publié dans Le Soir d'Algérie le 05 - 05 - 2020


Reportage réalisé par Rym Nasri
Elles sont au cœur du combat contre la pandémie de coronavirus Covid-19. Médecin, infirmière et femme de ménage, ce sont trois «fantassins» sur le même champ de bataille. Chacune dans son domaine, elles montent au front, parfois désarmées mais toujours mobilisées, contre cet ennemi qui fauche la vie à des patients de tout âge.
Le Soir d'Algérie met à l'honneur ces employées de l'Etablissement public hospitalier (EPH) Brahim-Abdellah-Tirichine (ex-Faubourg) de Blida, premier foyer de coronavirus en Algérie. Ces trois femmes courage nous racontent comment elles vivent cette pandémie inédite. Elles expriment leurs angoisses et racontent des anecdotes.
«C'est la pire expérience que j'ai vécue»
Lorsqu'elle a obtenu son diplôme de médecin généraliste, il y a dix ans, le docteur D. B. ne se doutait pas qu'elle allait, un jour, vivre une telle expérience. Mobilisée dès le début mars dernier, la praticienne mène, depuis, une véritable guerre contre le coronavirus. Deux mois plus tard, elle continue toujours à assurer une garde tous les quatre jours au pavillon des urgences de l'EPH Brahim-Abdellah-Tirichine à Blida. «Tous les cas Covid-19 de la wilaya de Blida passent par ce service», précise-t-elle. Munies uniquement de bavettes chirurgicales et de sur-blouses, le Dr D. B. et ses deux collègues ont côtoyé de tout près ce virus très contagieux. «Au début de l'épidémie, nous avons été en contact étroit avec des malades fortement suspects et qui se sont avérés, par la suite, positifs au Covid-19. Nous avons alors été toutes les trois testées au PCR, le 4 mars dernier. Nous étions les premières à avoir été soumises à cet examen, à Boufarik. Quelques jours plus tard, nous recevions les résultats. Ils étaient négatifs. Quel soulagement !», dit-elle.
La plus grande crainte de ces médecins était de contaminer leurs proches. Soulevé auprès des responsables du service et de l'établissement hospitalier, le problème de moyens de protection a été vite résolu. «Nous avons jusqu'à trois tenues par jour», se réjouit-elle. A la fin de son service, la jeune médecin rentre chez elle. Elle reste tout de même très prudente. «J'ai pris toutes les dispositions nécessaires. D'abord, je me change trois fois avant de rentrer afin de diminuer la charge virale. Une fois à la maison, je désinfecte toutes mes affaires et je m'isole. Je n'ai plus aucun contact direct avec mes parents ni avec mes deux sœurs depuis le début de l'épidémie», avoue-t-elle.Elle évoque, à cet effet, les cas de contamination de certains de ses collègues. «Fouzia était le tout premier cas. C'est l'une des meilleures infirmières de l'hôpital. Elle a été mobilisée pendant un mois en isolement , et au moment où elle devait quitter ce service, elle s'est retrouvée contaminée au coronavirus», se rappelle-t-elle. Autre cas cité : le chef de service de la médecine interne lui aussi infecté par cette maladie. «Toutes ces mauvaises nouvelles ont eu un effet néfaste sur notre psychique. C'est la pire expérience que j'ai vécue. Je ne l'oublierai jamais», dit-elle. Depuis l'avènement de la pandémie de coronavirus, les gardes du docteur D. B. n'ont pas été faciles. Les toutes premières étaient les plus dures. «Le service des urgences était submergé de malades qui nécessitaient une prise en charge immédiate, alors que le service de réanimation était, lui aussi, saturé. C'était une soirée où nous avions perdu deux patients en détresse respiratoire, nécessitant une prise en charge en réanimation. C'était l'une des pires gardes. Terrible, vraiment terrible !», se souvient-elle. Elle se rappelle également de sa collègue qui, un soir, a eu un patient âgé d'à peine 26 ans, atteint du Covid-19. «Deux jours plus tard, elle apprend sur les réseaux sociaux que le jeune homme était décédé. Lui qui avait, la veille, perdu sa mère, une infirmière à l'hôpital Ben Boulaïd à Blida, emportée, elle aussi, par ce virus. Ma collègue a carrément craqué.» La praticienne ne manque pas de rapporter une scène qui l'avait scotchée. C'est l'histoire d'un malade âgé de 75 ans, mis sous oxygène en attendant un lit d'hospitalisation. Vers deux heures du matin, le vieil homme appelle chez lui et demande qu'on lui ramène un oreiller et quelques affaires. Arrivés sur les lieux, ses deux fils, la trentaine, s'en sont pris à lui. «Ils reprochaient à leur père de les avoir dérangés et lui crient de ne pas s'approcher d'eux de peur qu'il les contamine. Ils l'ont évité comme la peste. Le vieil homme était en larmes. C'était horrible !», raconte-t-elle. Une image choquante qu'elle n'est pas près d'oublier. Sous le coup de la colère et de l'émotion, le personnel soignant n'a pas hésité à défendre le septuagénaire. «C'était ma première altercation mais je n'étais pas seule. Tout le monde avait réagi. Nous avons demandé aux deux fils de partir et leur avons dit que c'était à nous de nous occuper de leur père. D'ailleurs, un agent de sécurité lui a trouvé un lit, ramené à manger et de l'eau, et procuré une bavette chirurgicale. Il l'avait même serré contre lui», ajoute-t-elle.
«C'était dur pour tout le monde»
Infirmière à l'établissement Faubourg de Blida, Souhila, la quarantaine, exerce au service de rhumatologie depuis six ans. Masque et camisole, charlotte collée sur la tête et gants plus que jamais de rigueur, elle enchaîne ce soir une nouvelle garde. «Le service des urgences médicales ne compte que douze lits. Il ne pouvait faire face seul à l'afflux de personnes présentant les symptômes du Covid-19. C'est la dernière semaine du mois de mars que tous les services ont été réquisitionnés pour l'hospitalisation de malades avec des insuffisances respiratoires. Outre le besoin d'oxygène, la plupart des patients souffraient de maladies chroniques. Ils ne peuvent donc suivre leur traitement chez eux. Leur hospitalisation est indispensable», raconte Souhila. Dans son service, l'infirmière de nuit s'occupe d'une quinzaine de patients atteints du coronavirus. Elle se rappelle, non sans émotion, des premiers jours de la pandémie quand la peur, l'angoisse et le stress régnaient sur les lieux. «Tout était nouveau pour nous. Cette maladie si dangereuse qui fait des ravages à l'étranger et dont on entendait parler, arrive du jour au lendemain chez nous. Nous ne savions même pas comment nous y prendre», se souvient-elle. Souhila n'aime pas se plaindre, mais concède volontiers qu'au début de l'épidémie, les moyens faisaient énormément défaut. «Au départ, tout le monde a été sollicité pour assurer un roulement au service des urgences médicales avant que l'hôpital ne devienne un centre de coronavirus. Nous étions en contact sans protection avec les malades. Nous n'avions ni camisole, ni visière, ni sur-blouse et à la fin du service, nous rentrions chez nous au risque de contaminer nos proches. Personnellement, j'avais surtout peur pour ma mère, diabétique et hypertendue», poursuit-elle. Aujourd'hui, la situation a bien évolué. Tous les équipements de protection sont à la disposition du personnel soignant. «Grâce à la directrice de l'établissement, nous disposons de tout ce dont nous avons besoin pour affronter cette maladie. A chaque garde, j'ai droit à mon quota d'équipements de protection : une camisole, une charlotte, des sur-chaussures, des masques, des gants, du gel hydroalcoolique. L'hôpital nous a même assuré l'hébergement. Depuis début avril, les infirmiers sont logés au dortoir de l'école de Sonelgaz, à Blida. Heureusement qu'il y a le téléphone et Skype pour garder le contact avec nos proches.» L'infirmière décrit une ambiance aujourd'hui détendue. «Nous sommes plus ou moins sereins et nous travaillons à l'aise. Nous soignons nos malades sans crainte de contamination. Nous avons plus d'informations sur la maladie, comment elle se transmet et que faire pour s'en prémunir», dit-elle avec soulagement. Le plus dur est passé car le Covid-19 avait touché plusieurs membres du personnel hospitalier. «Infirmiers, médecins, agents de sécurité, etc. Personne n'a été épargné. Une collègue a même été hospitalisée et mise en quarantaine. Aujourd'hui, elle est guérie.» Souhila relate également l'histoire de son amie médecin, qui a été testée positive à ce virus. «Pourtant, elle se protégeait au maximum. C'est même elle qui ne cessait de nous inviter à faire attention, à nous protéger. Et, finalement, c'est elle qui a été contaminée !», poursuit l'infirmière toujours bouleversée. Mais le moment le plus dur qu'elle a connu est le jour où elle a perdu un malade. «Il avait 68 ans. Il arrivait à peine à respirer. J'étais en train de le préparer pour l'évacuer en urgence en réanimation. L'équipe qui devait le transférer était présente mais tout s'est passé vite. Il ne respirait plus. Il venait de rendre l'âme. C'est le premier malade décédé ici dans le service. J'étais abattue», raconte-t-elle d'une voix tremblante. Entre les gardes calmes et les gardes agitées, Souhila tente toujours de détendre l'atmosphère en papotant un peu avec les patients. Elle les écoute surtout car beaucoup se confient facilement sur leur «mésaventure» avec le Covid-19. L'infirmière de nuit est le récipiendaire de dizaines d'histoires des malades. «Une vieille dame était convaincue d'avoir attrapé ce virus après avoir pris un bain. Je sais que c'est impossible, mais je l'ai laissée à ses croyances. Je ne pouvais pas la contrarier.»
Autre récit :«Une mère m'avait dit qu'elle ne comprenait pas comment elle a eu cette maladie puisqu'elle ne sortait jamais. Au fil de la discussion, j'ai compris qu'elle avait été probablement contaminée par son fils venu d'Espagne. Il était certainement un porteur sain.» Elle ne se contente pas d'écouter les versions des patients mais va plus loin et félicite ceux qui ont fait des progrès et encourage d'autres à tenir le coup. «Ah, vous avez bonne mine !», lance-t-elle à une vieille dame qui a repris des couleurs. Ou bien «bravo ! Aujourd'hui vous vous êtes levé tout seul», encourage-t-elle un septuagénaire cloué au lit depuis plusieurs jours. Pourtant, sa mission n'est pas toujours facile. Le port de tout un arsenal de protection contre le coronavirus fait réagir nombre de patients. «Au départ, les malades ne comprenaient pas pourquoi nous sommes couverts de la tête aux pieds. Ils doivent penser qu'on a peur d'eux. Je leur explique, à chaque fois, qu'il s'agit juste d'une tenue pour nous protéger de ce virus, car si on tombe malade, il n'y aura personne pour les soigner et prendre soin d'eux», dit-elle. Elle se rappelle aussi qu'une malade lui avait demandé un jour si elle était une infirmière ou un infirmier. «On vous voit entrer et sortir de la chambre mais on ne sait même pas s'il s'agit d'une femme ou d'un homme, m'avait-elle dit. J'avais les larmes aux yeux.»
Au service, une ambiance familiale règne. Pour décompresser, des moments d'humour et de rire se mêlent à la routine du personnel soignant. «Un jour, je suis montée sur une chaise pour brancher un appareil, j'ai trébuché et je me suis retrouvée allongée sur le lit d'une patiente, ma tête contre elle. Quand je suis sortie de la salle, j'ai dit à mes collègues que si je ne portais pas de visière, ce soir-là, je rejoindrais les malades dans la salle, et tout le monde a éclaté de rire.» Souhila regrette que les gens ne prennent pas au sérieux la dangerosité de cette maladie et ne respectent pas le confinement. «Si les gens restaient chez eux et cessaient de circuler inutilement, j'en suis certaine qu'on pourrait passer l'Aïd en famille avec nos proches et nos amis», dit-elle.
«Impossible d'arrêter de travailler»
Elles sont en première ligne mais personne ne parle d'elles. Elles sont indispensables mais invisibles. Des blocs opératoires, aux couloirs, aux chambres des malades, les femmes de ménage des hôpitaux sont, elles aussi, mobilisées pour la lutte contre l'épidémie de Covid-19. Elles sont celles qui garantissent aux soignants et aux patients un environnement propre et aseptisé. Parmi elles, Atika, employée à l'EPH Brahim-Abdellah-Tirichine à Blida.Sur le front de 17h à 8h du lendemain, elle s'occupe de l'entretien du service rhumatologie, converti en service d'hospitalisation des malades atteints de coronavirus. Malgré cette crise sanitaire sans précédent, elle continue à arpenter tous les coins et recoins de ce bâtiment.
La proximité avec les malades en ces temps de pandémie ne la dissuade guère. Atika assure la garde un jour sur deux. «Je travaille dans cet hôpital depuis presque quatre ans mais je n'ai jamais vu ça. Nous avons tous peur d'être contaminés, c'est normal. Mais Dieu nous protège ainsi que les prières des malades», confesse-t-elle. La jeune femme de 36 ans nettoie le sol et les sanitaires, essuie et désinfecte toutes les surfaces et vide les poubelles. Mais elle ne fait pas uniquement le ménage.
Lors du service du dîner, elle n'hésite pas aider la servante. Il lui arrive aussi de donner un mot de réconfort aux patients qui en ont vraiment besoin, surtout en cette période où les visites ne sont pas autorisées. «Impossible d'arrêter de travailler même s'il y a un risque de contamination. Le service doit être nettoyé et désinfecté. Donc, je me protège et je fais plus attention que d'habitude», dit-elle. Mère d'un enfant de sept ans, cette femme de ménage rentre chez elle, le matin après sa garde. «Je ne peux pas faire comme mes autres collègues et aller dans un centre d'isolement parce que je n'ai personne pour s'occuper de mon fils. Je me protège bien, je désinfecte tout et j'évite au maximum les contacts», explique-t-elle.
Atteinte d'asthme, Atika a récemment effectué le test de dépistage au Covid-19 qui s'est révélé négatif. «C'est la première fois. J'ai eu des doutes et j'ai demandé à être dépistée. Dieu merci je n'ai rien», soupire-t-elle.
Ry. N.


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