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5 août 1934 : du lieu-dit des pogroms au fantasme de la «tolérance»
Publié dans Le Soir d'Algérie le 08 - 08 - 2020

Comme par hasard, il avait suffi de lire l'édifiant hommage consacré à Gisèle Halimi par le professeur Chitour,(1) pour qu'aussitôt s'impose à nous l'idée de revisiter ces vieilles péripéties constantinoises illustrées, au détour d'une citation, par les propos de la défunte ainsi que la polémique qui l'opposa à Enrico Macias au sujet de l'Algérie. Il est vrai que jusque-là l'on ne parvenait pas à trouver le prétexte... à texte pour restituer dans son contexte historique l'énigmatique pogrom dirigé contre la communauté juive de Constantine au cours de la journée du 5 août 1934. Celui-ci était-il la conséquence d'un réel antisémitisme primaire jusque-là imperceptible ou, au contraire, l'œuvre d'une provocation qui se retourna contre leur auteur ; voire l'orchestration d'une manipulation imaginée par les réseaux de «petits Blancs» de la colonie qui parvinrent à allumer la mèche de la haine ? Autant d'hypothèses sur lesquelles les historiens ont, semble-t-il, buté.
Il est vrai que le travail sur ce sujet est demeuré lacunaire alors que ceux qui ont eu à approcher la question avaient, pour la plupart, conclu que cette colère, supposée confessionnelle, fut avant tout une réaction d'opprimés comme il en exista ailleurs dans de semblables «scénarios». D'ailleurs, à travers la dramaturgie politique, dont les codes sont depuis longtemps fixés par l'Occident, le conflit israélo-arabe avait été sciemment articulé autour de l'idée fausse d'une haine islamo-juive que l'on voulut qu'elle eût de racines vieilles de plusieurs siècles afin d'accréditer ce fantasme séculaire comme l'essence même du «malheur juif». C'est de la sorte que s'élabora la thèse infâme de l'origine de la shoah qui fit de l'islamisme, sous toutes ses expressions, le supplétif de la main armée d'un fascisme conquérant lors de la dernière guerre mondiale et, par la suite, l'héritier de ses méthodes à l'encontre d'Israël. Grâce donc à cette version post-nazisme, le sionisme en fera justement le lit des accusations délirantes afin d'alimenter son lobbying occidental. Avec de tels raccourcis, Israël et la majorité de la diaspora hébraïque édifièrent un statut avantageux à l'existence de l'Etat mais, pas que. En effet, la communauté juive est désormais devenue l'unique dépositaire de la morale internationale et surtout le censeur primordial des critiques impliquant ses atteintes aux droits des «autres», d'autant plus que l'alma-mater qu'est Israël s'est constitué en «Etat au-dessus de tous soupçons» au nom de la culpabilité universelle.
Or, ce syndrome qui irrigue depuis 70 années les puissances du monde entier et aliène l'arbitrage de toutes les institutions internationales n'a-t-il pas fini par faire de l'entité sioniste une nation-voyou et du Juif basique un citoyen du monde hors pair grâce à une immunité octroyée sans condition ! Avec une aisance parfaitement calibrée, ce furent les nouvelles générations d'hébreux qui exercèrent un droit à la vengeance là où celle-ci ne se justifiait guère. Pour théâtre, ce sera une fois de plus à Constantine qu'eut lieu cette fois-ci un «pogrom à l'envers». Autrement dit, c'était au tour des nervis hébreux de prendre en chasse de paisibles musulmans vaquant à leur besogne. Une tuerie qui eut lieu en mai 1956 et se déroula avec l'appui de la logistique de l'armée française. En rappelant cet épisode que la communauté juive a voulu qu'il soit comme une riposte au 5 août 1934, l'on ne fait que souligner la certitude avec laquelle Gisèle Halimi imputa ce forfait criminel au «savoir-faire» du Mossad israélien. S'adressant au chanteur Macias, elle lui rappela ceci : «Vous savez très bien, pour en revenir à la colonisation, que le Mossad a apporté son aide pour la répression dans le Constantinois».(2)
Etonnamment, la promotion d'un troubadour inculte avait été le fait du président de la République algérienne qui ne trouva pas mieux qu'un chansonnier dont la notoriété artistique se limitait à des «loukoums» nostalgiques pour un pays perdu. Le pseudo Macias devint, à partir de 1999, le médiateur d'une drôle de réconciliation. Après son discours inaugural au lendemain de sa première investiture, un Bouteflika «tout feu tout flamme» était justement à Constantine pour fantasmer au sujet d'une «Andalousie mal jugée». Réfractaire aux mises en garde, le chef de l'Etat s'était embarqué dans un discours décousu sur le patrimoine culturel de Constantine en ne manquant pas de faire l'apologie de la communauté israélite de cette ville et de son apport, supposé «considérable», à l'épanouissement à la fois des arts et de la qualité de vie. Ce qui semblait n'être qu'une posture de Président fraîchement élu, lequel saura nuancer par la suite ses exagérations, allait, hélas, devenir son programme pour vendre une «nouvelle Algérie» disposée à renouer avec ses mythes.
À partir de ce «décret» de l'ouverture promulgué par un Président imbu de sa personnalité, l'image de ce chanteur de music-hall devint souvent présente à la moindre évocation d'une improbable réconciliation. Mieux encore, elle sera utilisée comme nom de code à la marge de toutes les dérisions. C'est ainsi que le pseudonyme d'Enrico devint notre «bataille d'Hernani» entre les conservateurs lettrés et les fans de la chansonnette appelant aux «enfants de tous pays et toutes couleurs». Désespérés par tant de légèretés quant à la validité de cette opération artistico-politique, certains réseaux ne se privèrent pas, en effet, d'interpeller Bouteflika. En vain. Or, le fait d'avoir inconsidérément grossi le rôle médiatico-politique du troubadour était assurément une faute d'appréciation qu'il était en mesure de gommer en mettant un terme à ses engagements. Hélas, il persistera malgré l'émergence d'une faune de courtisans disposés à applaudir le beau-père Leyris, exécuté par la Révolution. En effet, à partir de la France, le beau-fils pavoisait en compagnie des lèche-kippas originaires de Constantine qui n'hésitèrent pas à se désoler de la mort de l'agent du Mossad Raymond Leyris (dit Cheikh Raymond par les mélomanes) qu'ils qualifièrent impudemment «d'assassinat inconcevable».
C'était là le dérapage de trop que même le très conciliant Président algérien ne pouvait laisser passer. En décidant, en mars 2000, de mettre fin au fantasmatique projet, il ne se doutait pas qu'il allait non seulement surprendre la communauté juive de France, mais l'inciter à se retourner contre ce «faux-frère» en agonissant l'Algérie des pires insultes, lesquelles étaient, selon eux, le moindre reproche au vu des propos algériens ponctués par le racisme et l'antisémitisme. Enrico Macias, en leader patenté par l'étrange admiration que lui vouait Bouteflika, mènera une campagne anti-algérienne à travers laquelle il trouvera prétexte à se présenter en victime «douloureusement» privée des pèlerinages en terre natale. Odieux et vulgaire lors des invitations médiatiques, il s'est souvent permis de s'exprimer en héritier légitime de la cité aérienne, laquelle l'aurait adoubé pour son talent de chantre !! Et c'est ainsi que le Vieux Cirta a fini par être qualifié d'enfer judéo-arabe dont la réputation se limite à ses cycliques pogroms.
B. H.
(1) Lire le quotidien Liberté du 3 août : «Gisèle Halimi, un sacerdoce des bonnes causes».
(2) Il s'agit du site Ripostes et les commentaires de la vidéo du débat entre Halimi et Macias.


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