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Un presque oublié nommé Boumediène
Publié dans Le Soir d'Algérie le 26 - 12 - 2020


Par Naoufel Brahimi El Mili
Quarante deux ans déjà, le 27 décembre 1978, pour la première fois en Algérie, un président en exercice décède. Le deuil national doublé d'une grande émotion populaire dresse un bilan élogieux et sans tache à Houari Boumediène, mort à 46 ans. Il est vrai que ses historiques et courageuses décisions étaient plus nombreuses que certaines de ses erreurs commises souvent de bonne foi.
La nationalisation des hydrocarbures figure en tête de liste. Pour échapper à toutes éventuelles représailles françaises, la Sonatrach s'appuie désormais sur les pétroliers américains alors que depuis la guerre des Six jours, entre l'Algérie et les Etats-Unis, il n'y a plus de relations diplomatiques.
Dans sa fougue révolutionnaire, Boumediène avait mis les principes de base de la démocratie dans un angle mort. La violence est partie intégrante de sa boîte à outils.
En attestent les assassinats de grandes figures de la Révolution comme Mohamed Khider à Madrid le 3 janvier 1967 ou bien Krim Belkacem à Francfort le 18 octobre 1970. Ils indiquent une gestion radicale de toute forme d'opposition. Et tous les avis contraires aux siens étaient traités sans tendresse particulière. Avec le recul de l'Histoire, sa dispute avec Kaïd Ahmed au sujet de la Révolution agraire, il est démontré que le regretté commandant Si Slimane avait raison. Aussi son refus de tout planning familial n'était pas sa décision la plus sage. L'Algérie souffre encore d'une explosion démographique assez inédite en Afrique du Nord. Mon propos n'est pas d'établir une liste de défauts et de qualités mais de revenir sur une personnalité longtemps adulée et ensuite vouée aux gémonies.
Le témoignage de Jean-Pierre Chevènement dans ses Mémoires (publiés chez Robert Laffont, 2020) démontre les relations ambiguës entre Ben Bella et Boumediène dès les premiers jours de l'indépendance. Le 19 juillet 1962, à Oran, lors d'une conférence de presse : «Ben Bella se pencha vers Boumediène assis à sa droite, maigre, hâve et comme retiré en lui-même, et lui dit, en lui tirant amicalement l'oreille, mais à l'attention du public très mélangé où prédominaient des journalistes, certains venus du monde entier : ‘'Et voilà l'homme qu'on accuse de comploter contre moi !'' Boumediène rougit, c'est le cas de le dire, jusqu'aux oreilles.
Il ne sembla pas apprécier la plaisanterie mais s'en accommoda.» (Page 77). Ambiance entre les deux hommes forts du clan d'Oujda. Patient, Boumediène attend son heure pour mettre un terme définitive à la politique brouillonne du premier Président de l'Algérie indépendante.
Dès lors de sa prise du pouvoir le 19 juin 1965, il était dans la ligne de mire de certaines puissances étrangères. Pas la France, trop contente d'être débarrassée d'Ahmed Ben Bella, mais l'Egypte de Nasser qui se trouve, du jour au lendemain, privé d'un allié docile et qui, pour Le Caire, incarne la révolution algérienne. Jusqu'en 1966, les services secrets égyptiens ont échafaudé des plans pour faire évader Ben Bella.
Le coup de génie de Boumediène est d'avoir organisé, cette année-là, le Congrès des partis socialistes arabes. Nasser est devenu, depuis, son ami. Avec la France de De Gaulle, Boumediène a trouvé un modus vivendi : essais chimiques secrets dans le Sahara algérien contre coopération économique. Les deux chefs d'Etat sont pragmatiques, chacun défend ses intérêts du moment. Il importe pour l'Elysée d'avoir une coopération exemplaire, pour mieux contrôler les pays africains restés sous sa domination. Boumediène, de son côté, assoit sa réputation sur le plan international dans le sillage de l'impact mondial de la révolution algérienne. Ses faits d'armes diplomatiques sont nombreux : le sommet des pays non alignés en 1973, l'accord d'Alger entre l'Irak et l'Iran du Shah lui ont définitivement conféré le leadership du tiers-monde et le rayonnement de l'Algérie qui va avec. Boumediène, dans une Afrique dominée par la France, devenait gênant, très gênant.
Juste après le sommet des non-alignés, Boumediène envisage de nouvelles alliances africaines. Ses conseillers lui signalent l'importance de la République centrafricaine, dotée de frontières avec six autres pays. C'est un élément-clé, géographiquement, du puzzle africain. Dubitatif mais toujours pragmatique, Boumediène accepte de rencontrer ce chef d'Etat afin de le jauger et de juger sur pièces. Il reçoit alors le président Bokassa. À l'époque, Jean-Bedel Bokassa, non encore empereur, lorgnait l'argent du colonel Kadhafi, il existe donc une possibilité, fût-elle faible, d'éloigner ce chef d'Etat atypique du giron de la France nouvellement présidée par Valéry Giscard d'Estaing que Bokassa appelait cousin après avoir appelé De Gaulle papa. Début de l'été 1974, le président algérien reçoit en tête-à-tête à El Mouradia son homologue centrafricain. D'emblée, Bokassa évoque ses souvenirs de sergent de l'armée française dans la caserne des Tagarins. Boumediène écoute poliment et il souhaite orienter les échanges sur la coopération bilatérale entre deux pays non-alignés. Le futur empereur plonge dans ses mémoires les plus salaces et parle au pudique Boumediène des maisons closes limitrophes à son ancienne caserne, avec citation des prénoms des matrones. Trop, c'est trop pour Boumediène, il fait évacuer son invité dans un climat polaire. L'Algérie n'a rien à faire de Bokassa, que Giscard se le garde. Oui, l'austère Boumediène a une pudeur, des principes et un sens de l'Etat qui n'autorisent aucun égarement. Ainsi, il c'en est fini de la coopération avec la République centrafricaine sous la férule de Bokassa. Sage décision. En effet, dans l'Afrique de Jacques Foccart, l'Algérie n'a pas beaucoup d'amis. À commencer par le royaume alaouite qui s'agite sur le Sahara Occidental avec le président espagnol Franco agonisant. 1975, la France de Giscard soutient Hassan II.
Boumediène se devait de réagir en mettant un caillou dans la chaussure de Giscard. Il envisage de prendre attache avec les nationalistes corses. Le chef de l'Etat algérien appelle le président de l'Amicale des Algériens en Europe, Abdelkrim Ghraieb, et lui demande s'il a des contacts avec des Corses. Fin de la communication mais le message est reçu. M. Ghraieb contacte un journaliste corse au Monde. Ils se parlent. Le FLN souhaite inviter en Algérie des indépendantistes corses, toutes tendances confondues. L'idée fait son chemin et les pourparlers se multiplient. Les Corses, une fois organisés, sont prêts à se rendre en délégation à Alger. Kasdi Merbah, alors patron de la sécurité militaire, pose une condition non négociable : la délégation doit venir en Algérie en provenance de Rome ou de Milan mais en aucun cas d'un aéroport français. Hiver 1976, la délégation arrive à l'aéroport de Dar El Beïda en provenance d'Italie.
De là, des «camarades» du FLN, majoritairement des militaires, conduisent leurs invités corses dans une villa à Moretti. La majorité des tendances indépendantistes est présente. À l'ordre du jour, structurer une coordination afin de mieux trouver appui à l'étranger. Au fil des échanges avec les Algériens, les insulaires décident de prendre comme acronyme pour leur mouvement : FLNC. C'est plus qu'une référence au FLN algérien, c'est un modèle et un hommage à la fois. Plus tard, de retour en Corse, les dirigeants du FLNC publient un tract : «Aux Corses désireux de soutenir les Français contre leurs frères, nous disons qu'ils ont le choix entre devenir demain des ‘harkis'' ou lutter avec nous, car on ne peut être à la fois corse et français.» Il est clair que depuis le séjour à Moretti, pour le FLNC, la révolution algérienne sert de caution progressiste et légitimante. Les Corses, à travers leur tout nouveau sigle, veulent réitérer l'exploit historique algérien. Face à Giscard, Boumediène savait rendre coup pour coup.
Sa soudaine maladie a sifflé la fin du match Alger-Paris. Un autre témoignage éclaire le virage de l'Algérie post-Boumediène. Devant la caméra de la chaîne parlementaire (LCP) en mars 2016, Valéry Giscard d'Estaing parle de Boumediène : «Il tombe malade et il part se faire soigner à Moscou. Il fait son trajet dans un avion militaire algérien et il revient vers l'Algérie de Moscou. Je ne sais pas pourquoi ils avaient inventé un trajet qui les faisait passer par la Corse, territoire français, ce n'est pas le trajet le meilleur. À ce moment-là, Boumediène m'envoie un message qui doit être dans les archives quelque part, remarquable.
Un message extrêmement chaleureux, me disant : ‘'Je suis très touché par votre geste et cela ne me surprend pas... Cela veut dire que nous allons ouvrir un nouveau chapitre beaucoup plus positif dans les relations franco-algériennes et dès mon arrivée, je m'y consacrerai.'' Et il meurt, c'est une occasion perdue.» Il est à préciser que dans cet avion voyageait aussi Abdelaziz Bouteflika. Rien n'interdit de penser que l'auteur de ce message soit l'ancien ministre des Affaires étrangères algérien.
Même s'il l'avait rédigé avec le consentement de son président alors très fatigué, il est à croire que cette missive est un acte de candidature pour la succession du chef de l'Etat. Le dauphin autoproclamé devait penser que le soutien de Giscard serait un plus. Une supposition à ne pas écarter trop hâtivement d'un revers de la main.
Quelques mois après l'enterrement du président à El-Alia, Chadli Bendjedid entame une déboumédianisation à marche forcée. Le slogan du congrès du FLN, «Pour une vie meilleure», laisse entendre d'une manière subliminale qu'avant lui, la vie n'était pas si bien. L'image du président Boumediène, bien que parfois controversée, ne laisse aucun Algérien indifférent.
Le spectre est large, il va de l'indépendance confisquée aux acquis de la Révolution. Chacun a un avis sur le positionnement du curseur. Ce qui est certain et indéniable, Boumediène était intègre ainsi que les hommes pivots de l'économie algérienne, Belaïd Abdeslam, Sid-Ahmed Ghozali, entre autres, alors qu'ils contrôlaient totalement la manne pétrolière. Chakib Khelil, leur lointain successeur, s'est royalement écarté de ce chemin.
N. B. E. M.


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