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2020 annus horribilis : une leçon pour une nouvelle humanité ?
Publié dans Le Soir d'Algérie le 31 - 12 - 2020


Par Pr Chems Eddine Chitour(*)
«Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres.»
(Antonio Gramsci)
L'année 2020 est pour beaucoup d'entre nous une année à marquer d'une pierre noire. Cette Annus horribilis (« année horrible ») un peu le pendant de l'Annus Mirabilis, l'année miraculeuse 1666, célébrée, rapporte-t-on par John Dryden. Nous avons vécu au rythme des communiqués mortuaires que nous attendions comme la voie de l'oracle. Et pourtant, pour être cohérent et lucide, la grippe saisonnière tue à peu près six fois moins que le coronavirus. On a dénombré près de 600 000 morts contre 1,8 million pour le coronavirus. Sauf que le coronavirus a bloqué la planète par la rapidité de la propagation.
Qui parmi nous avait entendu parler de «confinement», de «gestes barrières» et de «distanciation sociale» il y a tout juste un an ? Aujourd'hui, ces expressions font partie de notre quotidien, et peut-être pour longtemps tandis que les conséquences de la pandémie de Covid-19 ne sont pas encore évaluées à leur juste mesure. En 2020, nous avons, à des degrés divers, été impactés par la Covid-19. Ce sont des frères, des amis, des proches, des artistes, des pionniers, des écrivains bâtisseurs de l'Algérie indépendante qui sont partis pour l'autre monde. Paix à leurs âmes.
Cette rapidité a surpris tout le monde pas seulement par l'assignation à résidence mais l'abdication d'un mode de vie que nous avions l'habitude de penser qu'il était immuable. Il en est ainsi des rites de passage de la vie tels que le mariage, la mort dont nous avons dû bricoler un rituel de remplacement en faisant appel au virtuel. Nous vivons à bien des égards d'une façon virtuelle les uns par rapport aux autres. Plus de contact, plus de communion, plus de fête, plus de prière en commun. La Mecque emblématique et la place Saint-Pierre désertées. Les mosquées fermées ont même contribuer à une sorte d'affolement ; les croyants vivant leur croyance dans le regard des autres se trouvent du jour au lendemain livrés à eux-mêmes et astreints à retrouver la dimension verticale à Dieu. Dimension qu'ils avaient perdue.
Le bilan provisoire de la pandémie dans le monde : plus de 1 755 000 morts. Plus de 80 millions de cas d'infection ont été officiellement diagnostiqués depuis le début de l'épidémie, dont au moins 52 millions sont aujourd'hui considérés comme guéris. Les Etats-Unis sont le pays le plus touché tant en nombre de morts avec près de 300 000 morts ; l'Europe 500 000 décès ; l'Asie 195 866 décès ; le Moyen-Orient 80 000 décès ; l'Afrique 52 308 décès et l'Océanie 942 décès (30 349 cas). Le Royaume-Uni est le premier pays au monde à autoriser le vaccin contre la Covid-19. Le vaccin sera gratuit pour tous au Japon. Un million d'Américains vaccinés, en retard par rapport au calendrier.
L'onde de choc de la pandémie pour les faibles
Dans une contribution qui se veut généreuse, la Banque mondiale dresse le décor des dégâts : «La pandémie qui sévit depuis un an a frappé de plein fouet les populations déjà pauvres et vulnérables, menaçant de pousser dans la pauvreté des millions d'individus supplémentaires. En cause, la Covid-19, qui aura entraîné cette année entre 88 et 115 millions de personnes supplémentaires dans la pauvreté, selon les différents scénarios élaborés par la Banque mondiale. La majorité des ‘'nouveaux pauvres'' vivront en Asie du Sud, l'Afrique subsaharienne venant juste après.» Selon le dernier rapport sur la pauvreté et la prospérité partagée, «une grande partie d'entre eux travaillent dans les services, le bâtiment et l'industrie manufacturière, soit autant de secteurs où l'informalité prédomine et où l'activité économique pâtit le plus durement des mesures de confinement et autres restrictions de déplacement».(1)
«La Covid-19 a engendré une crise planétaire à nulle autre pareille — une crise sanitaire mondiale qui, en plus d'un bilan humain extrêmement lourd, est à l'origine de la pire récession mondiale depuis la Seconde Guerre.» «L'année 2020 sera ainsi marquée par une contraction de l'économie mondiale et des revenus par habitant, ce qui fera basculer des millions de personnes dans l'extrême pauvreté. Cette récession réduit encore davantage la capacité des pays à faire face efficacement aux conséquences sanitaires et économiques de la pandémie ».(1)
N'oubliant pas leur raison d'être, le FMI et la BM appellent à un moratoire sur la dette. Disposition généreuse s'il en est. Au lieu, et nous le soulignons, d'annuler la dette qui a probablement été payée plusieurs fois. C'est d'ailleurs le propos du président du groupe de la Banque mondiale, pour qui «la suspension du service de la dette est certes un expédient important, mais elle ne suffit pas. En fait, si la dette devient odieuse, le pays concerné ne pourra plus payer. C'est ce que ces institutions veulent éviter».
Plus loin, les stratèges de la BM déclarent s'agissant des dépenses de santé et d'éducation, voire même de l'impact des changements climatiques : «L'évolution des remises migratoires est une source de préoccupation majeure. (...) Il y a encore un an, ces flux étaient équivalents aux montants de l'investissement direct étranger et de l'aide publique au développement. Mais la pandémie de Covid-19 a porté un coup dur aux remises migratoires, qui devraient chuter de 14% d'ici à la fin de l'année 2021.»(1)
Le capital humain problématisé
«La pandémie a mis en évidence la nécessité pour les pays de garantir des soins de santé de qualité, accessibles et abordables. Avant même l'apparition du nouveau coronavirus, les habitants des pays en développement déboursaient plus de 500 milliards de dollars de leur poche pour se soigner. Il faut s'attendre à ce que la pandémie aggrave la situation. Mais la santé n'est que l'un des vecteurs par lesquels la Covid porte atteinte au capital humain des pays. Dans les pays à revenu faible et intermédiaire, 53% des enfants sont incapables de lire un texte simple à la fin du cycle primaire. Au plus fort des mesures de confinement, plus de 160 pays ont procédé à des fermetures des établissements d'enseignement qui ont concerné au moins 1,5 milliard d'enfants et de jeunes dans le monde. Les effets de la pandémie sur l'éducation risquent de se ressentir pendant plusieurs décennies. Une génération qui, en raison des pertes d'apprentissage et de la hausse des décrochages scolaires, pourrait voir ses revenus tout au long de la vie amputés d'un montant estimé à 10 000 milliards de dollars, soit l'équivalent de 10% du PIB mondial. »(1)
«Qu'il s'agisse du fléau des conflits, de l'insécurité alimentaire ou de biens d'autres menaces, le changement climatique est un ‘'amplificateur des risques'' qui pèsent sur le développement. La pandémie monopolise l'attention du monde entier, mais les chocs climatiques, les catastrophes naturelles et les pertes de biodiversité n'ont pas cessé avec la Covid. Le groupe de la Banque mondiale continuera de consentir des investissements considérables pour aider les pays à intégrer l'action climatique dans leurs programmes de développement. Il a engagé 83 milliards de dollars dans des projets liés au climat au cours des cinq dernières années et, depuis trois ans, dépassé à chaque fois ses objectifs de financements climatiques. On ne connaîtra l'impact réel de la pandémie que dans plusieurs années.»(1)
2020, «la pire année de l'Histoire», selon le magazine Time
«Tous les ans, lit-on, le mois de décembre est l'occasion de faire un bilan de l'année écoulée, de passer en revue les bonnes et les mauvaises nouvelles. En 2020, entre la pandémie de Covid-19, la crise sociale et économique et les catastrophes naturelles, le tableau paraît bien sombre.» Pour le célèbre magazine américain Time, 2020 est même «la pire année de l'Histoire». En Une, il affiche les quatre chiffres de l'année barrés d'une croix rouge, comme pour dire qu'elle serait à «totalement oublier pour tout un chacun».(2)
L'article commence d'ailleurs comme suit : «C'est l'histoire d'une année que vous ne voudrez jamais revivre». Son auteure, Stephanie Zacharek, critique de film pour le Time, estime que même si elle avait été fictive, elle n'aurait pas été plus intéressante. «Si 2020 était un film dystopique, vous l'éteindriez probablement après 20 minutes. Cette année n'a pas été palpitante, comme pourrait l'être une apocalypse fictive. Elle était, en plus d'être façonnée par la douleur, terriblement banale, la routine du quotidien se retournant contre nous.» La journaliste cite d'abord le sentiment d'impuissance auquel le monde entier a dû faire face lors des débuts de la pandémie de Covid-19, et sa gestion calamiteuse par l'administration Trump. «Nous avons affronté l'indicible, pour être sournoisement rassurés, nous entendant dire que cela n'était rien de bien grave», écrit Stephanie Zacharek. La situation s'est encore davantage dégradée avec l'isolement forcé destiné à protéger les populations du coronavirus, qui a par ailleurs entraîné le chômage de millions de personnes dont les entreprises se sont retrouvées à l'arrêt. «La faim est devenue un thème majeur de 2020, présentant des défis même dans les pays ayant les moyens de la soulager.»(2)
Stéphanie Zacharek finit enfin par évoquer les morts en série, à l'image de George Floyd, tué par la police américaine lors de son interpellation à Minneapolis. «La cruauté de cet acte a ravivé l'attention sur des outrages similaires plus tôt dans l'année, en particulier les meurtres de Breonna Taylor et Ahmaud Arbery. Cela nous a également rappelé combien de fois, tout au long de l'Histoire, les Noirs avaient subi des injustices similaires, sans recours, sans moyen de changer le statu quo», relate l'auteure de l'article.(2)
Analysant l'historique des catastrophes mondiales, l'auteure peine à trouver l'équivalent : «Il y a eu des années pires dans l'histoire des Etats-Unis, et certainement des années pires dans l'histoire du monde, mais la plupart d'entre nous qui vivent aujourd'hui n'ont rien vu de tel. Il faudrait avoir plus de 100 ans pour se souvenir des ravages de la Première Guerre mondiale et de la pandémie de grippe de 1918 ; environ 90 ans pour avoir une idée de la privation économique provoquée par la Grande Dépression ; et dans vos 80 ans pour conserver tout souvenir de la Seconde Guerre mondiale et ses horreurs. Le reste d'entre nous n'avons eu aucune mémoire pour la récurrence des catastrophes naturelles qui confirment à quel point nous avons trahi la nature ; pour un virus qui est apparu, peut-être, avec une chauve-souris pour bouleverser la vie de pratiquement tout le monde sur la planète et mettre fin à la vie d'environ 1,5 million de personnes dans le monde.»(3)
Hommage à ceux que nous avons perdus
«Notre menace la plus débilitante cette année était un sentiment d'impuissance, (..) les Américains, en particulier, sont conditionnés à croire qu'ils peuvent triompher de n'importe quelle crise. (...) Nous avons affronté l'innommable, seulement pour être sournoisement rassurés que rien de tout cela n'était un gros problème. Un virus ‘'disparaîtra'' comme par magie. (...) L'Amérique sera à nouveau formidable,
si seulement tout le monde retournait au travail (...) Nous avons passé d'innombrables heures coincés à la maison et connectés à l'esprit de ruche souvent indigne de confiance des médias sociaux, nous tordant les mains et signalant les injustices, pour finir par nous sentir encore plus paralysés par les personnes mêmes qui sont censées nous protéger. (...) les Américains qui pouvaient travailler à distance ont compris comment faire leur travail chez eux. Beaucoup n'avaient pas ce privilège et ont perdu leur emploi.»(3)
«Pendant ce temps, des travailleurs essentiels, des commis d'épicerie aux professionnels du transport en passant par les infirmières et les médecins des hôpitaux, ont continué à se présenter au travail.
Nous voyions des clips de travailleurs de la santé dans les nouvelles, leurs visages marqués par des heures de port d'EPI, leurs yeux plombés de fatigue. Parfois incapables de retenir leurs larmes, ils décriraient un nouvel ajout à leur routine quotidienne: regarder des patients mourir alors qu'ils ne pouvaient plus les maintenir en vie.»(3)
Analysant les signes avant-coureurs de la fin du monde, l'auteur écrit : «Cela a commencé en mars, au début d'une période au cours de laquelle la plupart d'entre nous se sentaient enfermés dans nos propres boules à neige solitaires, regardant un monde qui semblait s'effondrer. En réalité, le monde avait commencé à s'effondrer bien avant: les terribles feux de brousse australiens faisaient rage depuis des mois et ne seraient étouffés qu'au milieu de l'année - juste à temps pour la saison des feux de forêt dans l'Ouest américain, avec son propre cycle effronté de dévastations.»(3)
Cette conclusion de l'article du Times rend compte de la détresse des Américains moyens désemparés se sentant pris au piège du coronavirus sans attendre de secours de l'Etat défaillant. «Au cours des pires mois de 2020, nous étions une nation qui pouvait à peine prendre soin d'elle-même, et encore moins aider quiconque à traverser une crise. Nous avons beaucoup appris en 2020 — mais qu'avons-nous appris exactement ? Nous avons joué à des jeux de société et fait des puzzles et avons vraiment parlé et écouté nos enfants. (...) Il convient de rappeler que la Renaissance a vu le jour alors même que la peste noire décimait une grande partie de l'Europe. La peste a pris la vie de Titien. Au milieu des pires jours de la pandémie de la première vague de New York — ces jours d'avril où le nombre de cas et de décès continuait d'augmenter, les camions frigorifiques faisaient la queue pour empêcher les cadavres de pourrir, où nous n'avions aucune idée de comment ou si, cette horreur pourrait être endiguée.»(3)
La science en 2020 !
Les avancées spectaculaires
Pendant que les citoyens du monde étaient terrorisés par le coronavirus, des scientifiques inventent l'avenir. Jennifer Doudna et Emilie Charpentier ont reçu le prix Nobel de chimie pour leur découverte sur la CRISP Cas 9, protéine véritable couteau suisse capable d'intervenir sur le génome et concevoir en théorie des bébés à la carte. Plus utile que cela, greffer les cellules qui font défaut aux diabétiques de type 1 sans risquer le rejet, à partir de cellules souches, les scientifiques ont créé des cellules productrices d'insuline.
À côté de cela, les Chinois ont lancé la sonde Chang (Lune) qui, en l'espace de 15 jours (25/11 au 10/12 ) est partie sur la Lune et a ramené 2 kg de roches qui vont nous informer sur les débuts de la création de la Terre. Mieux encore d'une façon synchrone des chercheurs du Massassuchett Institute of Technology aux Etats-Unis et des chercheurs ont annoncé avoir maîtrisé la fusion. À partir de deux atomes d'hydrogène, ils créent un atome d'hélium, le défaut de masse permet des températures de plusieurs millions de degrés. Voilà qui pourrait régler le problème de l'énergie et du changement climatique.
Pendant ce temps, les changements climatiques continuent leurs œuvres destructrices. On aurait pensé qu'avec le coronavirus qui a cloué au sol 30 000 avions, immobilisé les transports terrestres, il y aurait un moratoire sur les émissions de gaz à effet de serre. Il n'en fut rien. Ce fut pour l'humanité notamment celle constituée par les pays du Sud, une double peine, celle du Covid et celle des agressions climatiques déclinées en inondations imprévisibles, en stress hydrique et naturellement en sécheresse et incendies même dans les pays industrialisés. «Les incendies ravageurs en Australie, aux Etats-Unis et au Brésil. Les catastrophes naturelles et la poursuite du réchauffement climatique viennent enfoncer le clou. En septembre, et ce pendant plusieurs mois, 8 millions d'hectares de brousse sont partis en fumée en Australie, tuant 26 personnes et près d'un milliard d'animaux sauvages, avant que ne prennent le relais de ravageurs incendies dans l'Ouest américain. L'Amazonie, elle, n'a jamais connu d'incendies aussi désastreux. Plus de 11 000 km2 de forêt sont partis en fumée cette année.»(1)
Cela veut dire que globalement, la COP 21 à Paris n'a pas servi à grand-chose malgré le décorum. Le changement climatique a continué sa progression inexorable pendant l'année 2020, qui est en passe de devenir l'une des trois années les plus chaudes jamais constatées. «La décennie 2011-2020 sera la plus chaude jamais observée et les six années écoulées depuis 2015 sont les plus chaudes qui ont été enregistrées, d'après l'Organisation météorologique mondiale (OMM). Selon le rapport provisoire de l'OMM, le réchauffement océanique bat des records et plus de 80% des océans ont subi une vague de chaleur en 2020. Cette situation a de graves répercussions sur les écosystèmes marins, qui souffrent déjà de l'acidification des eaux due à l'absorption du dioxyde de carbone (CO2).»(4)
«Malgré le confinement lié à la Covid-19, les concentrations atmosphériques de gaz à effet de serre ont continué d'augmenter. La longue durée de vie du CO2 dans l'atmosphère condamne ainsi de nombreuses générations futures à subir un réchauffement supplémentaire. ‘'La température moyenne mondiale en 2020 devrait être supérieure d'environ 1,2 °C à sa valeur préindustrielle (période 1850-1900). Il y a au moins une chance sur cinq qu'elle dépasse temporairement 1,5 °C d'ici 2024'', ‘'2020 a malheureusement été une autre année extraordinaire pour notre climat. Les feux de forêt ont ravagé de vastes zones en Australie, en Sibérie, sur la côte-ouest des Etats-Unis et en Amérique du Sud. Nous avons vu un nombre record d'ouragans dans l'Atlantique, y compris en novembre, des ouragans successifs de catégorie 4 d'une violence sans précédent en Amérique centrale. Les inondations dans certaines régions d'Afrique et d'Asie du Sud-Est ont entraîné des déplacements massifs de populations et ont compromis la sécurité alimentaire de millions de personnes'', a-t-il expliqué»(4)
«La chaleur la plus remarquable, lit-on encore dans l'étude des Nations-Unies, a été observée en Asie du Nord. On a ainsi relevé 38,0°C à Verkhoyansk le 20 de ce mois. La saison des incendies correspondante a été la plus active de ces 18 dernières années. La banquise arctique a atteint en septembre son minimum annuel, classé au deuxième rang des moins étendus en 42 ans d'observations satellitaires. Les océans absorbent environ 23% des émissions atmosphériques annuelles de CO2 d'origine anthropique, ce qui contribue à atténuer les effets du changement climatique sur la planète. De graves inondations ont touché plusieurs millions de personnes en Afrique de l'Est et au Sahel, en Asie du Sud, en Chine et au Viêtnam.
En Afrique, ce sont le Soudan et le Kenya qui ont été les plus frappés, avec 285 décès signalés au Kenya et 155 au Soudan. Les inondations ont également contribué à une invasion de criquets pèlerins. Environ 10 millions de déplacements, en grande partie dus à des risques et des catastrophes hydrométéorologiques, ont été enregistrés au cours du premier semestre de 2020. L'insécurité alimentaire observée depuis 2014 est due aux conflits, au ralentissement économique et aux phénomènes météorologiques extrêmes.»(4)
2021 : est-ce la fin du calvaire ?
Peut-on espérer revenir comme avant ? Il semble que non ! Bill Gates - qui, rappelons-le, aurait prédit cette pandémie il y a quelques années, a estimé que ce n'est pas fini même avec le vaccin. Pour lui au cours du mois suivant, la situation épidémiologique s'aggraverait encore. Pour autant, il pense que le nombre de cas d'infection et de décès commencera à diminuer. Cependant, la pandémie ne fera que s'intensifier au cours des prochains mois. Il en conclut que la situation dans le monde va s'aggraver.
«Nous devons également en apprendre davantage sur une nouvelle variante du virus qui est apparue, qui semble se propager plus rapidement mais qui ne semble pas être plus mortelle. (...) Les restrictions imposées dans les lieux publics se prolongeront l'année prochaine.» Dans l'ensemble, il estime que «le nombre de cas d'infection et de décès commencera à diminuer et que la vie commencera progressivement à retourner à la normale en 2021. Le milliardaire espère que la vaccination atteindra l'échelle mondiale au printemps prochain. Toutefois, le nombre croissant de personnes qui refusent de se faire vacciner est préoccupant, estime-t-il.»(5)
«Je ne suis pas en danger, mes enfants non plus.» Elon Musk a annoncé dans un podcast du New York Post qu'il ne se ferait pas vacciner contre le Covid-19. Il a également répondu aux critiques de Bill Gates sur son scepticisme estimant que le fondateur de Microsoft est un «crétin» en déplorant un «confinement national sans issue» qui a «réduit sa confiance en l'humanité». Selon lui, «au lieu de prendre les mesures radicales actuelles, il aurait fallu opter pour un confinement ciblé où toute personne à risque serait mise en quarantaine jusqu'à ce que la tempête passe.(...)»(6)
À l'épreuve du corona se joignent les changements climatiques qui s'installent dans le temps long, contrairement au coronavirus, est que nous pensons à tort que nous avons le temps. Le professeur Jacquart nous met en garde contre cette fausse assurance en nous proposant l'équation du nénuphar : «Imaginons un nénuphar planté dans un grand lac qui aurait la propriété héréditaire de produire, chaque jour, un autre nénuphar. Au bout de trente jours, la totalité du lac est couverte et l'espèce meurt étouffée, privée d'espace et de nourriture. Question : au bout de combien de jours les nénuphars vont-ils couvrir la moitié du lac ? Réponse : non pas 15 jours, comme on pourrait le penser un peu hâtivement, mais bien 29 jours, c'est-à-dire la veille, puisque le double est obtenu chaque jour. Si nous étions l'un de ces nénuphars, à quel moment aurions-nous conscience que l'on s'apprête à manquer d'espace ? Au bout du 24e jour, 97% de la surface du lac est encore disponible et nous n'imaginons probablement pas la catastrophe qui se prépare et pourtant nous sommes à moins d'une semaine de l'extinction de
l'espèce...»(7)
Commentant la situation inédite infligée à l'humanité par le coronavirus, Rabbin Pauline Bebe s'interroge : c'est quoi être humain ? «On nous a proposé une définition de la santé assez réduite ainsi qu'une définition très limitée de l'essentiel. On a oublié combien la spiritualité pouvait jouer un rôle dans la santé. Pas seulement la spiritualité, mais l'être avec le fait de voir les autres. Une vie sans contact est mortifère. C'est une première leçon à tirer de la crise.»(8)
Rabbin Pauline Bebe en appelle à retrouver les solidarités, le tissage des relations que le Covid a détricoté. «On devrait réfléchir à la notion d'être humain. On ne peut pas considérer l'humanité sans la penser dans un tissage avec son voisin. Être dans l'urgence ne doit pas vouloir dire se déshumaniser. Il va falloir recréer des liens entre les personnes et qu'aucun n'ait peur de rencontrer l'autre, parfois considéré comme un danger. Le manque d'être ensemble va-t-il finir par dépasser la méfiance ? Avec le masque, les regards se détournent plutôt qu'ils ne s'accueillent. Nous allons devoir réapprendre à nous rencontrer. En cas de crise, peut naître une forme de panique qui fait parfois qu'on perd son bon sens. Cette brutalité-là repousse une forme d'humanité et de délicatesse. On peut toujours trouver des moyens de pallier. Je pense à ces médecins en Israël et aux Etats-Unis qui, face à leurs patients, portaient sur eux leur photo pour compenser le masque. La santé est un tout, ce n'est pas seulement se protéger. Beaucoup de familles, conclut-elle, ont été touchées par la maladie. Cette crise revêt plusieurs dimensions. Sanitaire d'abord, avec un rapport au risque, à la santé, à la mort, plus ou moins ardu. L'impossibilité de se retrouver pour surmonter cette crise a été vécue très difficilement. Nous avons passé beaucoup de nos activités et de nos offices en visioconférence mais, comme chacun sait, l'écran fait écran.»(8)
En conclusion
Sans être aussi pessimiste que Bill Gates, on est en droit d'être inquiet car si le coronavirus Sars-CoV-2 mute suffisamment pour échapper aux anticorps qui le combattent, il faudra sans doute adapter les vaccins et les traitements. Une course sans fin ? Antonio Gramsci, a raison d'appréhender l'entre-deux mondes avec l'apparition de nouveaux monstres que les récits religieux nous enseignent. Il en va ainsi de Gog et Magog rapportés à la fois dans la Bible et le Coran (Djoudje et Madjoudje, les cavaliers de l'Apocalypse rapportés aussi dans les Evangiles. Nous sommes quelque part à la veille d'une remise en cause fondamentale du monde qui était le nôtre depuis 10 000 ans et que nous sommes assignés à abandonner en inventant un modus vivendi où nous devons réinventer les fondamentaux du vivre-ensemble.
Je formule naïvement le vœu que cette nouvelle année puisse nous permettre de revivre l'essentiel des rituels que la civilisation humaine a connus depuis quelques milliers d'années et qui ont été mis à mal par le coronavirus qui est, à bien des égards, une déconstruction brutale qui a pris de court l'humanité.
L'humanité mettra sans doute du temps à s'habituer et à peut être amenée à une nouvelle réinitialisation, «The Great Reset» comme le proclament certains gourous de l'ancien monde. L'ancien monde s'efface dans la douleur. Le nouveau monde peut être celui de l'espérance pour peu que l'on revienne aux fondamentaux de la vie.
C. E. C.
(*) Ecole polytechnique Alger
Au seuil de la nouvelle année, je souhaite une bonne année grégorienne à l'humanité entière en espérant que le plus dur est derrière nous.
1. Paul Blake Divyanshi Wadhwa https://blogs.worldbank.org/fr/voices/retour-sur-lannee-2020-londe-de-choc-de-la-pandemie-de-covid-19-en-12-graphiques
2. https://www.lci.fr/societe/coronavirus-covid-19-pandemie-rechauffement-climatique-2020-la-pire-annee-de-l-histoire-selon-le-magazine-time-2172095.html
3. https://time.com/5917394/2020-in-review/ 14 décembre 2020
4. https://news.un.org/fr/story/2020/12/1083542 2 décembre 2020
5. Julia Belyakova https://fr.sputniknews.com/societe/ 202012231044977068-covid-19-bill-gates-partage-ses-previsions-pour-les-prochains-mois/
6. https://fr.sputniknews.com/societe/202009301044504246-elon-musk-taxe-bill-gates-de-cretin-en-affirmant-quil-ne-se-fera-pas-vacciner-contre-le-covid-19/
(7) Albert Jacquard , L'Equation du nénuphar, Calmann-Lévy, 1998
8. Rabbin Pauline Bebe Propos recueillis par Florence Chédotal 26/12/2020 https://www.lamontagne.fr/paris-75000/actualites/rabbin-pauline-bebe-en-hebreu-ich-letre-humain-signifie-etre-avec_13895086/#refresh


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