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Mon voyage en Chine(4)
Publié dans Le Soir d'Algérie le 07 - 01 - 2021


Pékin. La gare centrale. Mai 1975...
Aujourd'hui, notre voyage nous mènera à la province de Chensi. Au programme, la visite de la commune populaire de Tatchai. Le hasard a voulu que ce séjour coïncide avec un événement historique qui a mis fin à plusieurs années de guerre au Viêtnam. La veille, la grande nouvelle tombait sur les téléscripteurs du monde entier : le dernier soldat américain quittait Saigon, dans la précipitation et la honte. Dans un geste que je n'arrive toujours pas à expliquer, nous quittâmes le grand hôtel international de Pékin pour aller en groupe vers l'ambassade vietnamienne, scandant des slogans révolutionnaires, typiquement algériens. Précédés par des cadres supérieurs du ministère de l'Agriculture, nous marchions d'un pas alerte, en rangs serrés, pour aller dire à nos frères vietnamiens notre allégresse et notre bonheur de les voir sortir vainqueurs après de longues années de luttes et de sacrifices. Nous étions heureux et fiers car le vent qui faisait claquer les fanions de la Fête des Travailleurs au-dessus de nos têtes semait un peu partout les graines d'un espoir démesuré. C'était le mois de mai et c'était les années soixante-dix !
En son beau milieu, cette décennie mythique nous renvoyait, à des milliers de kilomètres d'Alger, une image plus conforme à nos rêves. Les peuples prenaient leur revanche. L'ordre impérialiste subissait un coup sévère qui allait le terrasser pour quelques années. Nous avions raison d'y croire ! Et si le monde a mal tourné depuis, si nous avons reculé, si le monstre a repris du poil de la bête pour revenir jouer sa triste rengaine en Irak, Syrie, Libye et dans tant d'autres contrées, soyons assurés de nouveau que l'issue de la bataille sera la même, car la roue de l'Histoire est la seule qui ne tourne jamais en arrière !
Voilà quarante-cinq années, nous fêtions la victoire des peuples sur l'impérialisme, à notre manière, à la manière des Algériens, dans une ville étrangère située au bout du monde. Les passants hagards qui nous suivaient d'un regard incrédule et sympathique attendront les ordres du Parti communiste chinois pour réagir et certains d'entre eux iront garnir les tribunes d'un quelconque gala de solidarité avec le peuple triomphant du Viêtnam et ils applaudiront quand on leur dira d'applaudir. Nous n'avions reçu l'ordre de personne. Nous n'avions consulté ni ministre ni ambassadeur.
En ces temps-là, le monde tournait plus lentement. Plus sûrement aussi. Nous étions jeunes et la vie était belle. Mais elle ne pouvait être belle si elle ne souriait qu'à une minorité. Elle n'avait aucun sens cette vie bienheureuse réservée à quelques privilégiés. Elle ne pouvait être belle que si elle étendait son manteau protecteur sur la majorité, cette grande race des frères qui ne peut être séparée par les frontières, les religions ou les cultures ! Voilà pourquoi la victoire du petit soldat vietnamien sur la super-puissante armée américaine était une victoire de tous les peuples épris de liberté à travers le monde. Voilà pourquoi nous étions pressés d'en finir avec la misère, l'injustice, l'oppression et l'inégalité.
Je ne reviendrai pas sur l'ambiance des trains chinois, et leur style début du XXe siècle avec toute l'atmosphère qui s'en dégage. Au cours du précédent voyage, j'ai eu l'occasion d'évoquer les décors et l'ambiance qui faisaient le charme désuet de ces wagons d'un autre âge. Nous partîmes de bon matin. Les paysages étaient magnifiques. Notre guide, Chang, nous alimentait en récits divers où l'anecdote le disputait au fait historique. Il sera particulièrement prolixe lorsqu'il abordera le sujet de la soie, omniprésente en Chine.
Chang voulait à tout prix me parler de l'industrie de la soie qui a fait la réputation de la province Chensi. Il me raconta une histoire que je ne pouvais croire, mais dont j'ai retrouvé la trace, bien plus tard, sur des sites historiques. La voici : « Vers l'an 2700 avant J.-C., la princesse chinoise Xi Ling Shi, épouse de l'empereur Haong Ti, fut la première à dérouler ce précieux fil d'un cocon sauvage tombé d'un mûrier. En effet, l'empereur excédé de voir abîmés les mûriers de ses jardins, avait demandé à son épouse d'en trouver la cause. L'impératrice découvrit que les petits vers blancs mangeaient les feuilles de mûriers et filaient de brillants cocons. En jouant avec l'un d'eux, tombé par hasard dans l'eau chaude, elle sortit un fil délicat. Très vite elle s'aperçut que ce fragile filament pouvait être dévidé et assemblé. Elle avait découvert la soie. L'impératrice convainquit son royal époux de lui offrir un verger de mûriers pour élever des vers à soie. La soie fut si prisée qu'elle servit très rapidement de moyen d'échange ou de récompense. Au cours d'une inspection dans le nord de la Chine, en 110 avant J.-C., l'empereur Wu Di, de la dynastie des Han de l'Ouest, distribua à ses fonctionnaires plus d'un million de pièces de tissus de soie. » Vrai ou faux ? Chang souriait : « Tu sais, c'est la légende. Il y a peut-être une partie de vérité... »
En tout cas, le secret de la fabrication fut gardé jalousement jusqu'au jour où il se répandit sur le reste de la planète. D'une manière curieuse d'ailleurs, selon la tradition commentée par Chang qui poursuivait d'un trait le merveilleux conte. En voici le contenu, revisité sur internet, mais qui ne s'en éloigne pas beaucoup : « Le précieux fil et les merveilleux tissus attirèrent les convoitises et leur secret de fabrication finit par être connu. Une légende chinoise raconte qu'une princesse épousant un prince du Khotan apprit de celui-ci qu'il n'y avait pas de vers à soie dans son pays. Ne pouvant renoncer à ses habits de soie, la princesse décida de frauder les édits impériaux. Elle cacha, le jour de son départ, des œufs de bombyx et des graines de mûriers dans sa coiffure. Les gardes-frontières n'osèrent pas la fouiller. Les œufs ont éclos, les graines germèrent et donnèrent naissance à une industrie de la soie dans ce pays. La princesse apprît aux femmes du Khotan les secrets de l'élevage et de la fabrication du fil et des étoffes et c'est ainsi que le ver à soie partit de ce pays à la conquête d'autres contrées. »
Les jeunes ignorent que la grande politique industrielle de Boumediène, sous la férule de Abdesselam Belaïd, avait permis à l'Algérie d'acquérir la science de la fabrication de la soie grâce à la coopération algéro-chinoise. Une grande usine, installée à Tlemcen, fabriquait cette soie à partir des vers élevés dans les champs de la région. Comme beaucoup d'autres réalisations, cette unité florissante fut transformée en n'importe quoi par la politique de destruction des années 80, 90 et 2000. Aujourd'hui, les conditions sont réunies pour revenir à un pays qui fabrique tout...
Tout le monde nous parlait de Tatchaï, cette commune populaire vantée par les militants du Parti communiste chinois, mais aussi par le commun des mortels qui la considérait comme une fierté nationale. Née du rêve de Mao Tsé Toung de matérialiser l'idéal de justice et d'égalité, cette expérience était glorifiée dans les arts chinois. Elle était devenue l'exemple à suivre pour toute l'agriculture chinoise. Et en nous rendant vers ce lieu mythique, nous étions un peu secoués par toute la propagande qui a précédé ce voyage. (À suivre)
M. F.


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