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Chachnaq 1er, Ouyahia et la «boîte noire»
Publié dans Le Soir d'Algérie le 17 - 01 - 2021

Deux personnages ont défrayé la chronique, cette semaine, et à leur corps défendant. L'un, c'est Ahmed Ouyahia, plusieurs fois ex-Premier ministre, de Zeroual à Bouteflika, et qui y serait peut-être encore s'il n'y avait pas eu le Hirak. Et l'autre, c'est Chachnaq 1er, un pharaon d'Egypte d'origine berbère, qu'on fit venir en fusée, en turbo, depuis l'an -945 avant Jésus-Christ pour l'immerger dans une polémique à trois dimensions et qui, peut-être, n'aurait jamais eu sa statue dressée sur une place de Tizi-Ouzou sans le Hirak.
Ce qui a empêché l'un pousse l'autre, c'est la dialectique !
Voilà donc, l'étrange Monsieur Ouyahia qui avoue benoîtement au tribunal avoir reçu des pétro-princes émiratis des lingots d'or en récompense de passe-droits pour chasser, entre autres espèces protégées, l'outarde. Il révèle un acte de corruption en soi, une tchipa en or massif contre un papier, acte qu'il va aggraver en déclarant que ces cadeaux n'allaient pas au patrimoine de la République, ni à des associations mais demeuraient sa propriété privée. Tout cela est déjà pas mal gratiné en soi. Mais là où, en plus de l'affaire de corruption, on assiste à la dégringolade du sens de l'Etat, de la morale publique, et même de la morale tout court, c'est quand Ahmed Ouyahia, voulant prouver par l'absurde qu'il a le sens du patriotisme, prétend avoir préféré écouler ses lingots d'or au «marché noir» algérien plutôt que les vendre à l'étranger.
Il paraît invraisemblable, pour quelqu'un qui accepte de recevoir de tels présents, d'opter pour troquer l'or contre de misérables dinars dévalués constamment plutôt qu'en contrepartie d'euros ou de dollars.
Le plus intéressant à observer, c'est l'argument qu'il utilise pour montrer son honnêteté et son sens de l'intérêt du pays. Le degré de corruption qui gangrène l'Etat algérien jusqu'à ses cimes est condensé dans cette quasi-candeur d'un ex-futur présidentiable qui s'étonne qu'on ne reconnaisse pas son patriotisme matérialisé par l'écoulement de l'or de la corruption dans les circuits du marché noir national.
On ne répétera pas, ici, tout ce qui a été écrit sur Ahmed Ouyahia et sa supposée appartenance à «l'élite énarque», sa clairvoyance politique, son sens de l'Etat et autres attributs tout aussi élogieux. Son comportement devant le tribunal, ses déclarations montrent bien, a posteriori, qu'un système médiocre et corrompu ne pouvait avoir à sa tête des hommes brillants et intègres.
Le plus surprenant, ce sont les déclarations de l'un de ses avocats qui nous apprend d'abord qu'Ahmed Ouyahia ne lit pas la presse dans la prison où il est détenu, et qu'en conséquence, il ignore les articles stupéfaits que ses aveux ont suscités. En second lieu, il nous dit, - et ça on veut bien le croire - que l'affaire des lingots d'or est plus complexe qu'il n'y paraît. Enfin, et là encore on comprend la volonté de l'avocat de défendre son client, il prétend qu'en parlant de «marché noir», l'ex-Premier ministre signifiait en fait «boîte noire», façon de suggérer qu'un jour ou l'autre on découvrirait les secrets que contient cet objet révélant les causes des crashs des avions.
Et cette autre affaire qui agite les réseaux sociaux et qui interpelle jusqu'aux plus hautes sphères des Etats ?
Tout est parti de l'érection d'une statue de plus de quatre mètres de Chachnaq 1er sur une place de la métropole de la Kabylie, Tizi-Ouzou. L'œuvre monumentale réalisée par deux artistes, Hamid Ferdi et Samir Salmi, a été inaugurée à l'occasion de Yennayer 2971. A noter, au passage, que Yennayer, le Nouvel An berbère, autrefois diabolisé et honni par le pouvoir, est devenu un jour de fête légale, ce qui constitue évidemment pour les Algériens qui militent depuis de nombreuses années pour la reconnaissance de tamazight, dont Yennayer est l'un des symboles et l'un des marqueurs, une victoire d'une grande portée.
Cette statue a déclenché de violentes polémiques à trois niveaux.
Le premier - justement - se situe en conséquence de cette victoire, pour relative qu'elle soit, de tamazight. Les milieux qui lui sont hostiles, quels que soient leurs arguments (dénonciation de l'identitarisme, suspicion de manipulation par des ennemis de la question amazighe, nationalo-islamo-bathisme parfois enrobé de progressisme, etc.) ont violemment réagi à cette représentation de l'identité historique recouvrée, incarnée par un pharaon antédiluvien venant de la «djahilia», donc d'une période antérieure à l'islam.
Parmi les contempteurs de cette symbolique, il se trouve des Algériens qui réagissent moins par anti-berbérisme – ça existe, et même à fleur de peau – que par un sentiment d'exclusivisme militant et identitaire que détiendrait, d'après eux, la hautaine Kabylie. Après avoir exclu, ils se sentent exclus, et ils excluent à leur tour. Infernale dialectique !
Le tohu-bohu suscité par ces circonstances prouve à tout le moins la carence du débat sur des questions aussi fondamentales que l'appartenance historique, la profondeur des racines culturelles et civilisationnelles. Tout ce dont les Algériens ont été privés et qu'ils expriment aujourd'hui grâce aux réseaux sociaux mais aussi grâce aux luttes militantes et citoyennes sur ces terrains-là, avec la virulence de ceux qui ont toujours connu la privation de parole.
Le second niveau de polémique est interne à la sphère favorable à tamazight. Si on est comblé par cette victoire, certains regrettent qu'on n'ait pas choisi un personnage qui parle davantage à l'imaginaire national collectif.
Enfin, la polémique a touché les Etats. Puisque la Libye s'est sentie obligée de rétorquer à ceux qui remettent en cause l'amazighité de Chachnaq que le roi est bien d'origine amazighe et issu de la tribu libyque des Mâchaouach. On pourrait croire que de Chachnaq à Ouyahia, un chemin faramineux a été parcouru ? L'ère des pharaons n'est jamais achevée...
A. M.


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