L'Alg�rie n'est pas encore qualifi�e pour la Coupe du monde, mais personne ne s'en soucie. Ce qui nous importe c'est de battre l'Egypte ou l'emp�cher de se qualifier. Une seule victoire sur ce redoutable adversaire et c'est l'enchantement ! Tout un peuple s'est lev� comme un seul homme pour exprimer la joie du triomphe. Oubli�es les quinze derni�res minutes de suspense au cours desquelles la rencontre aurait pu basculer. Oubli�e la panique qui s'est empar�e, durant ce dernier quart d'heure, de nos d�fenseurs suppl��s par la maladresse providentielle des Egyptiens. Comme d'habitude, un simple match de football a dissip� le d�sespoir ambiant en d�montrant � Karl Marx que le foot pouvait avantageusement remplacer la religion comme opium des peuples. Nous avons donc fait notre moisson de pavot sur le gazon du stade de Blida. Le chef de l'Etat y est all� de son couplet qui a fait se rengorger Sa�dane, l'entra�neur de l'�quipe nationale, et lui a fait croire au miracle. Au moins, a-t-il, appris qu'avec du c�ur et de la volont� un groupe comme celui-l� pouvait r�aliser des prouesses. A condition, bien s�r, de ne pas se disloquer durant le dernier quart d'heure. Bon ! Ne boudons pas notre plaisir ! Merci � tous les joueurs, et surtout au petit Ziani(1) qui a surclass� co�quipiers et adversaires, de la t�te et des �paules, si j'ose dire ! Merci aussi � cette cons�ur de la radio qui a commis un lapsus r�v�lateur en assimilant les Egyptiens � des fruits(2), la suite n'ayant pas prouv� le contraire. En tout �tat de cause, les Egyptiens n'ont pas �mis de protestation officielle, � ma connaissance. Ce qui aurait montr� qu'en plus de la mauvaise foi habituelle des vaincus, ils avaient un noyau de susceptibilit� mal plac�. L� o� ils avaient le droit de protester, par contre, et avec la plus extr�me v�h�mence, c'est contre l'humour graveleux de certains de mes compatriotes. Dire que si l'Egypte est la m�re de l'univers (Oum-Eddounia), l'Alg�rie en est le p�re (Baba'ha), c'est sado-macho. Nous sommes l� devant un v�ritable attentat public � la pudeur, commis devant 45 000 spectateurs, multipli�s par mille � la t�l�vision. Les Egyptiens nous pardonneront, peut-�tre un jour, de les avoir battus � Blida, surtout s'ils ont l'occasion de prendre leur revanche. Mais cette histoire de couple g�niteur de l'univers, ils ne sont pas pr�s de l'oublier. Et qu'on ne vienne pas m'expliquer que �Baba'ha� est pris ici au sens de �Chef�, �Patron�, �Leader� et que son inventeur l'a fait spontan�ment et en toute innocence. Je dirais, � la place des Egyptiens, �fakou !�. J'ai suffisamment arpent� les rues d'Alger pour savoir distinguer les propos ouat�s et innocents dans le flot des vulgarit�s et des dialogues malsonnants qui se d�versent sur la chauss�e. Cependant, je ne me serais pas risqu� � heurter l'orgueilleuse virilit� de mes compatriotes sans cette vid�o vers laquelle des amis m'ont guid� sur Internet. Le document, vieux de plusieurs semaines, montre un d�bat ordinaire sur une cha�ne satellitaire arabe, la LBC(3), en l'occurrence. L'animatrice recevait sur la cha�ne libanaise l'�crivain saoudien Abdallah Ibn Bakhit, connu et d�cri� dans le royaume pour ses id�es progressistes. Ce dernier, parlant du lib�ralisme et de la la�cit�, a interrog� ceux qui combattent la la�cit�. Voici ce que �a donne, tel que retranscrit sur Memri TV(4) : �Que pensez-vous de la situation des musulmans de l'Inde ? dit-il et il r�pond : �En Inde, les musulmans repr�sentent une minorit�. C�est la la�cit� qui a prot�g� les musulmans de l�Inde de la tyrannie de la majorit�, les Hindous et les autres. Si l�Inde n�avait pas adopt� un syst�me politique la�que, vous verriez le sang de nos fr�res musulmans couler dans les rues de l�Inde. Cela est valable pour la Grande- Bretagne �galement. Sans syst�me la�que, les Britanniques ne prot�geraient pas les musulmans sur leur sol. L'animatrice : vous pensez donc que la la�cit� a sa place (dans la soci�t�). Abdallah Ibn Bakhit : oui. Dans des endroits comme le Liban, o� la soci�t� n�est pas homog�ne, l�existence d�un syst�me la�que est indispensable. C�est vrai pour l�Inde �galement. Mais en Arabie saoudite, par exemple, ce syst�me n�est pas n�cessaire, car 100% des citoyens sont musulmans. L'animatrice prend ensuite un appel t�l�phonique en provenance de Riyadh, en Arabie saoudite, et �manant d'un certain Abou Sara. Au d�but, le ton de l'intervenant est mod�r�, voire laudateur envers Ibn Bakhit, � un tel point que celui-ci se laisse prendre. Ce qui donne � peu pr�s ceci : Abou Sara : �d�abord, permettez- moi de vous remercier, vous et votre invit�. Je le remercie de toujours se montrer honn�te. Il n�y a rien de mal � �tre progressiste, ma s�ur. J�ai une question � poser � votre invit�. L'animatrice : oui, t�chez d��tre bref. Abdallah Ibn Bakhit : je vous �coute. Abou Sara : Vous �tes un homme, un vrai. Abdallah Ibn Bakhit : merci. Abou Sara : J�aimerais vous �pouser et vous b...� L'animatrice, confuse devant ce d�rapage verbal inattendu et inhabituel, s'excuse aupr�s de l'�crivain qui r�pond, nullement d�contenanc� : �Maintenant, vous savez ce que c'est qu'un islamiste�. Ceux qui croient pouvoir mettre en doute la v�racit� de ces r�pliques n'ont qu'� se reporter � la vid�o, dont le lien est indiqu� en alin�a. En ce qui concerne Abdallah Ibn Bakhit, il faut savoir qu'il a �t� d�clar� apostat par les th�ologiens saoudiens, dont le c�l�bre cheikh Louha�dane. Celui qui avait propos� de condamner � mort les propri�taires de certaines cha�nes musicales, comme le groupe Rotana, justement d�tenu par le prince Walid Ibn Talal. Jusqu'� la fin de l'ann�e 2008, Ibn Bakhit �crivait r�guli�rement dans un des grands quotidiens saoudiens, Al-Jazira. Il y pourfendait les exc�s d'institutions comme la ligue de d�fense de la vertu et il prenait des positions tr�s critiques et tr�s hardies sur certains faits de soci�t�. Ainsi, � ceux qui justifiaient la polygamie par la n�cessit� de lutter contre le c�libat des femmes, il avait r�pondu : �La femme saoudienne a envie de vivre et non pas seulement d'assouvir un besoin sexuel, comme le pensent ces obs�d�s du sexe. Ils pr�tendent que c'est mieux pour une femme d'�pouser un homme d�j� mari� que de rester c�libataire, qu'en savent-ils. Or, je ne connais pas beaucoup de Saoudiennes qui se conteraient de n'avoir droit qu'� une petite �bouch�e� du corps de leurs maris�. En d�cembre dernier, le quotidien Al-Jazira a mis fin � la collaboration de Abdallah Ibn Bakhit sous pr�texte de renouvellement et de rel�ve des g�n�rations. Cette tentative de r�duire l'�crivain au silence a �t� salu�e comme une victoire prodigieuse par tous les fondamentalistes saoudiens et autres. Depuis, il a retrouv� un espace d'expression dans un autre quotidien Al-Ryadhet il est m�me repris sur le site internet de la cha�ne d'Etat Al-Arabia. Qui dit mieux ? A. H. (1) Ah si son p�re pouvait jouer aux dominos aussi bien que lui joue au football ! (2) En fait, par glissement s�mantique elle a parl� des �Verts� (Khoudhar), c'est � dire l'�quipe nationale qu'elle a associ�e machinalement aux �fruits� (Fawaki'h), le cher duo de nos march�s. (3) Cette cha�ne lanc�e durant la guerre civile par Samir Geagea, chef des Forces libanaises (milice chr�tienne) a �volu�, petit � petit, pour devenir une des meilleures cha�nes satellitaires arabes. Depuis cinq ans, le prince saoudien Walid Ibn Talal en est devenu l'actionnaire majoritaire, mais sans apporter de bouleversements notables dans ses programmes. (4) http://www.memritv.org/clip/e n/2135.htm