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Chanderli, Vautier, Hamina et les autres...
Publié dans Le Temps d'Algérie le 11130

Si des artistes algériens avaient participé à de grands films bien avant l'indépendance, tels que Himoud Brahimi (Momo) qui avait joué dans «Tarzan», le compositeur Mohamed Iguerbouchene qui avait signé la musique de «Pépé le Moko», certains comme Djamel Chanderli, René Vautier et Lakhdar Hamina se préparaient déjà à utiliser leurs caméras comme des fusils.
En effet, en 1957, quatre ou cinq djounoud (qui tomberont pour la plupart au champ d'honneur) se constituent, après avoir appris des
rudiments du métier, en équipe de tournage cinématographique. Cette équipe va produire quatre émissions pour la télévision, qui seront portées à la connaissance de l'opinion internationale par le canal des télévisions des pays socialistes. Parmi ces émissions spéciales, on retient Cellule cinématographique de l'ALN, un document spécial sur le rôle des infirmières de l'ALN, des images d'une attaque des moudjahidine contre les mines de l'Ouenza (Tébessa), fief de la colonisation. Le cinéma algérien entame alors son organisation par la constitution d'un comité de cinéma (lié au GPRA) puis par la création d'un service du cinéma du GPRA. C'est pour la mise sur pied d'un service du cinéma de l'ALN. Pour des raisons de sécurité et de conservation, les négatifs des films tournés dans les maquis sont évacués vers l'ex-Yougoslavie, pays ami solidaire de la cause du peuple algérien.
Ainsi se créent les premières archives du cinéma algérien. Les premières réalisations : en 1956-1957, Les réfugiés, court métrage de 16 mm réalisé par Cécile Cujis (tourné en Tunisie). Ce film valut à son réalisateur deux années de détention dans les prisons françaises.
1957-1958, L'Algérie en flammes, court métrage de 16 mm en couleur réalisé par René Vautier, produit par R.Vautier et la Defa (RDA). En 1958, Sakiet Sidi Youssef, court métrage réalisé par Pierre Clément. 1960-1961, Djazaïrouna, long métrage basé sur des images de Une nation, l'Algérie, réalisé par R.Vautier en 1955 et des images de Djamel Chanderli prises au maquis. Réalisation docteur Chaulet, Djamel Chanderli et Mohamed Lakhdar Hamina, produit par le service du cinéma du GPRA. En 1961, J'ai huit ans, court métrage réalisé par Yann, Olga Le E. Masson et R.Vautier. La préparation du film fut confiée à Frantz Fanon et R.Vautier. Producteur : le comité Maurice Audin. Yasmina, court métrage réalisé par Djamel Chanderli et Mohamed Lakhdar Hamina, produit par le service du cinéma du GPRA. La voix du peuple, réalisé par Mohamed Lakhdar Hamina et Djamel Chanderli, produit par le service du cinéma du GPRA. Les fusils de la liberté, réalisé par D. Chanderli et M. Lakhdar Hamina sur un scénario de Serge Michel, produit par le service du cinéma du GPRA. 1960-1961, Cinq hommes et un peuple, réalisation R. Vautier.
Les films français dressaient généralement un portrait caricatural des Algériens
Quant au cinéma colonial, il servait soit à justifier les politiques établies, soit à gagner la sympathie des Algériens. Le colonisateur empêchait le développement de l'industrie algérienne au profit de la production française et faisait obstacle à l'édification d'une industrie nationale de production de films. Bien qu'une quinzaine de films fussent tournées par année, il n'y avait aucune industrie sur place et toute la post-production était faite en France. Ces films dressaient généralement un portrait caricatural des Algériens et des Arabes en général. Les personnages arabes étaient sans profondeur, interchangeables et intemporels, et étaient toujours joués par des acteurs français. Le film Le Désir (1928) d'Albert Durec, qui aborde le sujet de la polygamie, est un parfait exemple de l'approche superficielle du cinéma. C'est pour cette raison qu'on peut dire que le cinéma algérien est né après l'indépendance. Tout d'abord, il voulait faire la rupture avec le cinéma colonial qui montrait l'Algérien comme un être sans parole et évoluait dans des décors et des situations «exotiques», comme l'avaient fait les premiers peintres qui avaient accompagné les militaires français. Le tableau «Les femmes d'Alger dans leur appartement» de Delacroix est très significatif pour le colonisateur. Le cinéma algérien est né avant tout pour témoigner d'une volonté d'existence de l'Etat-nation. Les nouvelles images correspondent au désir d'affirmation d'une identité nouvelle.
Le 1er Novembre n'est pas un accident de l'histoire
Le film essaye d'expliquer que le 1er Novembre 1954 n'est pas un accident de l'histoire. Selon Benjamin Stora, ils se déploient d'abord dans le registre de la propagande, puis, progressivement, dévoilent des sujets de société. Le Vent des Aurès, tourné en 1965, raconte l'histoire d'un jeune qui ravitaille des maquisards, se fait arrêter, et que sa mère recherche désespérément dans les casernes, les bureaux, les camps d'internement. Les meilleurs films algériens ont été réalisés dans les années 1970. Chroniques des années de braise (palme d'Or au Festival de Cannes 1975), qui ne traite pas directement de la guerre d'indépendance, son récit s'arrêtant à novembre 1954, alterne scènes de genre (la misère de la vie paysanne) et recherche d'émotions portées par des personnages fragilisés (une famille emportée dans la tourmente de la vie coloniale). L'histoire du film commence en 1939 et se termine le 11 novembre 1954 et, à travers des repères historiques, essaye d'expliquer que le 1er Novembre 1954 (date de déclenchement de la Révolution algérienne) n'est pas un accident de l'histoire mais l'aboutissement d'un long trajet qu'entreprit le peuple algérien contre le fait accompli au lendemain du 5 juillet 1830. Patrouille à l'Est de Amar Laskri (1972), Zone interdite de Ahmed Laâlem (1972), L'Opium et le bâton de Ahmed Rachedi, Les enfants de Novembre de Moussa Haddad sont autant de titres. Selon les critiques étrangers, «le film, bien que produit par Yacef Saâdi, membre du FLN, fait preuve d'objectivité». La Guerre d'Algérie est restée longtemps un sujet tabou pour le cinéma en France, à l'exception de Jean-Luc Godard avec Le petit soldat (1963), interdit pendant plusieurs années. Il a fallu attendre la fin des années 1960 pour que des films plus francs, plus nets et accusateurs, signés par des cinéastes non français, apparaissent, comme Le vent des Aurès de Mohamed Lakhdar Hamina ou La bataille d'Alger de l'Italien Gillo Pontecorvo (tourné en 1966, interdit en France jusqu'en 1970).
La Bataille d'Alger
Ce film est une reconstitution de la bataille d'Alger de 1957, à l'occasion du soulèvement de la population algérienne musulmane par le FLN contre le pouvoir colonial français. Ce long métrage retrace principalement l'histoire de Ali La Pointe lors de la bataille d'Alger, soit la lutte pour le contrôle du quartier de La Casbah à Alger en 1957 entre les militants du FLN et les parachutistes français de la 10e division parachutiste du général Jacques Massu, par tous les moyens, y compris l'usage de la torture. Selon les critiques étrangers, «le film, bien que produit par Yacef Saâdi, membre du FLN, fait preuve d'objectivité». Le passé de délinquant du héros du film (Ali La Pointe), incarné par feu Brahim Hadjadj, est clairement présenté comme un homme d'action et pas du tout un intellectuel.
Son côté romantique transparaît principalement dans sa volonté de lutter sans concession (il est contre l'arrêt des attentats pendant la grève générale) et surtout par son sacrifice final, préférant la mort plutôt que la honte de la capture. Le film voit le jour en 1965, trois ans après la fin de la guerre d'Algérie, lorsqu'un des chefs militaires du FLN à Alger, Yacef Saâdi, propose au réalisateur italien l'idée d'un film basé sur son expérience durant la Révolution. Le film est tourné avec des non professionnels, à l'exception de Jean Martin dans le rôle du colonel Mathieu à la tête des parachutistes français.
A propos de certains films français sortis ces dernières années, comme Ennemi intime, le réalisateur Ahmed Rachedi nous dira que «l'auteur de ce film veut dire que la guerre d'Algérie, c'est la violence partagée des deux côtés… mais elle est inégale. Ils ont peut-être laissé 30 000 morts, nous, nous avons laissé un million et demi de chouhada, sans compter les 6000 villages qui ont été bombardés». A propos de la production de films sur l'histoire de l'Algérie, notre interlocuteur nous dira : «Tout d'abord, il n'y a pas beaucoup de productions, et lorsque les fonds sont montés avec le concours des pays étrangers, souvent ils imposent des conditions qui ne sont pas forcément en faveur de l'Algérie».
Et d'ajouter : «Beaucoup ont traversé notre pays, ils se sont voulus éternels, mais cette culture de résistance chez les Algériens, ils savent qu'elle existe. Elle est enfouie profondément en nous et nous l'opposons à toute forme de dépersonnalisation».


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