Le long métrage «Zeus», une coproduction algéro-portugaise, retraçant la vie de l'ex-président Manuel Texeira Gomès (1862-1941), a été projeté en avant-première, dans la soirée de mercredi dernier à l'Opéra d'Alger, Boualem-Bessaïah. Ce film, d'une durée de 1h58 minutes, raconte en trois étapes distinctes, le parcours de cet écrivain de génie, qui devient président du Portugal, puis finit sa vie en exil dans la ville de Béjaïa dont il est tombé amoureux. Le passage entre ces trois étapes qui défilent au fil du film est très bien réussi par le réalisateur. Dans un premier temps, le film raconte l'histoire de Gomès, président du Portugal. Une étape sombre où Manuel Texeira Gomès semble ne pas s'y plaire. Le téléspectateur pourra voir, en même temps, le premier voyage qui a mené Gomès dans le désert algérien, sous forme de rêves, mais qui sont, en réalité, ses premiers voyages dans le féerique désert algérien. Cet écrivain et poète de talent a passé 13 années (1910-1923) de sa vie comme ambassadeur du Portugal à Londres. Il est élu la même année président de la République du Portugal. Dès son installation, il forme un gouvernement de réformistes. L'écrivain mal-aimé Cette première partie raconte comment il s'est confronté à la junte militaire, aux gens de l'église, et aux parlementaires qui veulent avoir sa tête. Le seul reproche qu'on trouve à lui faire, est que ses œuvres littéraires traitent des sujets sensuels et érotiques. En décembre 1925, et à 65 ans, Gomès décide de jeter l'éponge, de tout quitter : sa résidence, sa famille, son peuple, son pays et ses collections d'art auxquelles il s'est attaché. Il part sans aucun papier pour ouvrir une nouvelle page blanche dans sa vie. Il prend le premier bateau en partance de Lisbonne. Ce fut le bateau de marchandise hollandais, «Zeus». Celui-ci le mène de l'autre côté de la Méditerranée, une mer qu'il aime tant. «Zeus» accoste dans la ville d'Annaba. Gomès y passe quelques jours, avant de rejoindre, par la suite, la ville de Béjaïa. Ebloui par le charme de la ville des Hammadites, il décide d'y séjourner pour une semaine à l'hôtel L'étoile. Il reste, dans le même hôtel, pour les onze dernières années de sa vie dans «la plus belle ville d'Afrique du Nord», comme il ne cessera de le répéter. L'acteur portugais Sinde Philipe, qui a interprété le rôle principal du film, a su s'adapter au personnage principal. Sa plus belle rencontre à Béjaïa fut Mokrane, rôle très bien interprété par le talentueux acteur algérien Idir Benaïbouche. C'est l'employé de l'hôtel, également muezzin, qui a accompagné Gomès d'une amitié sincère, jusqu'à son dernier souffle. La barbarie française Mokrane, qui le surnomme affectueusement «Dda Gomès», lui fait découvrir la beauté de l'âme des habitants de Béjaïa. Celui-ci qui ne saura jamais la fonction antérieure de son compagnon, le guide et lui fait découvrir la ville, ses marchés et sa population. Gomès découvre également, au hasard d'une rencontre dans la pâtisserie du coin avec deux vulgaires colons, le traitement de la population autochtone par les Français. A Béjaïa, il découvre ainsi la triste réalité des «indigènes» sous l'occupation barbare des Français. L'ex-président portugais a vécu les premiers balbutiements de la révolte populaire, qui a abouti à la Guerre d'Algérie. Gomès tient sa promesse d'ouvrir une nouvelle page blanche dans sa vie et la savourer pleinement. C'est, d'ailleurs, dans cette ville qu'il écrit son œuvre littéraire la plus retentissante, qui deviendra un chef-d'œuvre de la littérature portugaise. Il raconte son histoire avec son épouse, Maria Adelaïde. Les épisodes d'écriture sont racontés dans le film par des images qui plongent le téléspectateur dans une sorte de «film dans un film». Une histoire d'amour tragique, racontée par le réalisateur de la manière la plus décontractée et sans aucun complexe. Ce qui a donné lieu à des scènes intimes prolongées, et qui ont provoqué plein de toussotements au sein du public présent, mercredi, lors de la projection à l'Opéra d'Alger. Le film a nécessité une enveloppe d'un million d'euros. «Le travail de recherche sur le film nous a pris beaucoup de temps. Nous avons travaillé pendant huit années. Il n'a pas été facile pour nous de reconstituer la vie de Gomès en Algérie, car il n'y a pas beaucoup de données. Mais j'avais une grande volonté de le faire, et on l'a fait. Ce qui m'a le plus motivé, c'est ce geste, vraiment inouï, d'un président qui décide, d'un seul coup, de tout laisser et changer complètement de vie», dit le réalisateur portugais du film Paulo Filipe Monteiro, qui a tenu à saluer les autorités algériennes pour leur bonne collaboration.