Malgré l'introduction dans le code 2016 de nouvelles dispositions visant à renforcer la protection des terres agricoles et tout un arsenal juridique des plus contraignants, les terres agricoles dans la wilaya de Tlemcen continuent de faire l'objet de détournement au profit de lotissements urbains illicites sans qu'aucun n'intervienne pour arrêter ce massacre. A la localité de Gouassir, relevant de la daïra de Remchi et située au carrefour de la RN 35 menant à Maghnia et Ghazouet, ce sont plus de 10 hectares de terres, des plus fertiles, qui sont transformés en un vaste lotissement individuel. Des dizaines de constructions y sont réalisées sur cette parcelle mitoyenne au village de Gouassir. Ce sont les agriculteurs qui ont tiré la sonnette d'alarme et affirment «avoir contacté les élus et responsables locaux sur cette dilapidation». Et d'indiquer «que ce vaste lotissement est illicite et ne dispose d'aucun permis de lotir, ni de construire». Nul ne comprend donc le silence qui entoure ce détournement des terres agricoles sachant que la loi d'orientation agricole de 2008 interdit l'utilisation des terres agricoles à d'autres fins qu'agricoles. A la commune de Chétouane, ce sont plus de 30 agriculteurs qui, dans une pétition signée, ont saisi le procureur général et les autorités locales, sur un massacre d'un verger de pruniers à l'exploitation agricole Djaâfri, située entre la ferme pilote de Saf-Saf et la commune de Chétouane. Ils affirment que ces arbres sont coupés et ont cédé la place à un vaste lotissement illicite. Ce verger s'étend sur plus de 30 hectares irrigués et s'est fait une réputation dans la production de prunes d'une qualité exceptionnelle. Dans leur pétition, appuyée par des photos faisant ressortir le massacre des arbres fruitiers, les agriculteurs mitoyens à l'exploitation Djaâfri accusent ouvertement les élus locaux de la commune de Chétouane de complicité et de déliquescence car, selon eux, «il est inadmissible qu'un massacre se produise sans qu'ils n'interviennent. C'est donc un silence complice». Et de souligner «que cette exploitation agricole a reçu beaucoup d'aides et de soutien de l'Etat dans le cadre des différents dispositifs lancés pour le développement de l'agriculture». A la commune d'Aïn Fezza, plus exactement de par et d'autre de la route menant à Tagma, ce sont des oliviers qui sont sacrifiés au profit de constructions illicites devant abriter certainement des unités industrielles au vu de la consistance des travaux. Il n'existe ni permis de lotir, ni autorisations d'urbanisation sauf la complaisance des élus locaux. La vente des lots agricoles s'est faite par simple écrit non officiel, c'est-à-dire chez un écrivain public. Face à tout ce massacre, les responsables sont interpellés car c'est tout l'avenir des terres agricoles qui est compromis. A noter que depuis l'indépendance à ce jour, et selon les statistiques du ministère de l'Agriculture, ce sont plus de 290.000 hectares de terres agricoles qui ont été détournés de leur vocation agricole.