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Le parcours du combattant pour...un sachet de lait
AVOIR DU PISTON CHEZ L'EPICIER OU SE LEVER AUX AURORES...
Publié dans L'Expression le 30 - 04 - 2014


Les commerçants ne le vendent qu'aux «clients»
Les files d'attente devant les magasins refont leur apparition donnant un petit air nostalgique de l'époque du socialisme... Comme à l'époque des Souks El Fellah.
Ça recommence! Au grand dam des citoyens, le sachet de lait se fait encore désirer au point de devenir rare! Après une accalmie, la crise qui a secoué le pays en début d'année refait surface en faveur de la grève de la laiterie Colaital de Birkhadem. Depuis presque une semaine, le très convoité sachet de lait est porté disparu dans beaucoup de quartiers de la capitale. On cite entre autres, Alger-Centre, Belouizdad, Bachdjarah, El Achour, Kouba, Aïn Naâdja... dont les habitants nous ont fait part de leur désarroi face au manque de ce sachet qui est plus que vital. Les files d'attente devant les magasins ont ainsi refait leur apparition donnant un petit air nostalgique de l'époque du socialisme...
Ainsi, depuis le début de semaine, les populations des quartiers touchés par ces tensions s'astreignent à un parcours du combattant quotidien pour trouver un sachet de lait, que l'on ne peut obtenir qu'après une attente éprouvante dans de longues files formées devant les épiceries de quartiers, parcimonieusement approvisionnées. Certains citoyens sont mêmes obligés de se réveiller aux aurores pour espérer avoir du lait. C'est le cas à Belouizdad où les commerçants se font livrer le lait à 4 h du matin. Ainsi, pour de nombreux habitants du quartier, la prière d'El Fadjr laisse place à la chasse au...lait. Dès leur sortie de la mosquée, ils accourent vers les magasins pour y faire la queue afin de permettre à leurs enfants de boire du lait quand ils se lèveront le matin. «Que voulez-vous que l'on fasse, on n'a pas le choix. Il faut bien ramener du lait à la maison», rapporte avec désarroi Amar en train de patienter devant l'épicier de son quartier.
Ahmed, lui, perd son calme. Il ne comprend pas comment qu'en 2014, qui plus est dans un pays qui «dort» sur plus de 190 milliards de dollars de réserves de change, ses citoyens ne trouvent pas de lait! «C'est un scandale! On n'a pas demandé de l'or, mais juste un...sachet de lait», peste-t-il. Ahmed n'est pas le seul à perdre son calme dans cette chaîne humaine très matinale. Comme à l'époque des Souks El Fellah, ces interminables queues ont même provoqué des rixes à l'entrée de ces commerces! Perdus devant une telle situation, les commerçants se retrouvent malgré eux arbitres dans leurs magasins qui se transforment en rings. Cette rareté a fait que le lait se vend désormais sous la table. Les commerçants ne le vendent qu'aux «clients». Comme c'est le cas chez Djamel. Disposant de deux entrées dans son magasin, cet épicier de quartier a trouvé la solution. «Je me fais livrer le lait par la porte de derrière et je ne le vends qu'aux clients», avoue-t-il. «Que voulez-vous, je ne le fais pas de gaieté de coeur, mais ce n'est pas de ma faute, on ne nous livre qu'un jour sur deux», explique-t-il. Djamel n'est pas le seul à vendre le lait avec la «maârifa». Plusieurs autres commerçants font de même. Pour ceux qui n'ont pas de «piston» chez l'épicier du coin, ils se voient donc obligés de se rabattre sur le lait en brique dont le prix est le triple de celui en sachet ou en poudre. Toutefois, d'autres commerçants n'arrivent pas à cette solution «extrême» mais sont obligés de limiter à deux ou trois le nombre de sachets de lait par personne. «C'est pour que l'on puisse servir tout le monde. On n'a pas le choix, les quantités sont limitées, on ne veut priver personne, mais on est obligé de rationner...», explique de son côté, Tarek, épicier à Aïn Naâdja.
«Mais les clients ne comprennent pas cela. Ils ne pensent qu'à leur propre personne. Et on rentre souvent en conflit avec eux, quand on n'est pas en train d'essayer de les calmer quand ils se cognent entre eux», ajoute d'un air désabusé ce commerçant qui affirme que cette vente du lait en sachet est un service qu'il rend aux clients. «Vous savez, le dérangement est plus grand que le profit. On gagne à peine 1 dinar sur chaque sachet de lait. Il serait plus intéressant pour moi de vendre le lait en brique qui, par ailleurs, s'écoule comme des petits pains. Mais je suis un Algérien, et je pense à mes compatriotes dont le pouvoir d'achat est de plus en plus en berne. Alors je continue à le vendre...», rapporte-t-il.
«Mais je ne pense pas continuer à le faire encore longtemps. Beaucoup de mes collègues on arrêté de le vendre, et j'y songe vraiment. J'en n'en peux plus de me bagarrer avec mes clients...», avoue t-il. AU XXIe siècle, au pays du million et demi de martyrs, les citoyens ne trouvent pas de lait à boire! Un paradoxe pour un pays qui a prêté 5 milliards de dollars au FMI. Le lait a tourné, mais le peuple ne l'a pas encore goûté...


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