Stève Karier, applaudi chaleureusement par une assistance subjuguée par sa prestation Ce que le dictateur n'a pas dit est le monodrame d'un ex-dictateur qui, dans sa solitude désespérée, s'invente des conversations. Un beau spectacle que les adeptes du 4e art ont pu suivre dans la soirée de samedi dernier à la grande salle du théâtre régional de Béjaïa dans le cadre de la 6e édition du théâtre professionnel de Béjaïa. «Dans mon rêve d'enfant, j'ai rêvé de devenir chef de gang, voilà je suis devenu chef d'Etat» c'est la confession d'un dictateur à la fin de son règne. Un texte et la mise en scène de Meriam Bousselmi, une Tunisienne ayant vécu la révolution du Jasmin, le monologue évoque avec beaucoup de finesse une confession maladive d'un dictateur. Un spectacle complet de la Tunisienne Meriam Bousselmi qui a vécu le changement énorme en 2011 avec la révolution et magistralement interprété par Stève Karier, un excellent comédien applaudi chaleureusement pendant et à la fin de présentation par une assistance subjuguée par sa prestation. Dans cette pièce unique, la parole est donnée au dictateur qui commence sa conversation solitaire au début avec un air hautain, sauf que l'homme est blessé au fond de lui-même car il s'est senti à la fin de son règne... incompris. Dans ses confessions, le dictateur assène quelques vérités: «Ce n'est pas à moi qu'il faut en vouloir, j'incarne ce que le peuple réclame c'est lui qui décide. Personne n'a osé contester ma démarche, je suis un leader-né, il faut que je commande pour être moi-même....j'ai fait ce que je voulais faire et faites autant.» Pour l'auteure et metteuse en scène, Meriem Bousselmi, ce monologue «Ce que le dictateur n'a pas dit», est écrit sur la base de quelques questionnement relatifs à ce que voudrait réellement dire un dictateur une fois déchu. «Ce qu'il devrait dire, n'est pas évident. Et si nous le faisons parler, qu'a-t-il à nous dire? Le monologue est une tentative de lui extirper quelques mots et d'interroger ces trois différents registres du non-dit. Personnage mystique, même déchu, le dictateur continue à intriguer. Son silence n'est pas synonyme d'absence. Bien au contraire, c'est à partir de sa chute, qu'un dictateur devient l'objet d'un débat public duquel il est exclu. C'est la règle: «Tout dictateur connaît les mêmes mesures de la parole: d'abord, on parle à sa place. Ensuite, quand il parle, plus personne ne parle. Enfin, tout le monde parle et lui ne dit rien.» Côté scénographique, le décor est planté dès la levée du rideau sur le spectacle. Dans un noir profond, un décor simple et austère où se déroule la pièce, rehaussé par la présence imposante du fauteuil. Un fauteuil rouge captivant digne de l'allure du maître qui le détient. Un travail artistique unique en son genre, en somme.