Habitat: vers la distribution d'un million de logements avant 2024    Nécessité de consolider le front interne pour faire face aux défis de l'extérieur    Journée nationale des SMA: des activités variées dans les wilayas de l'Ouest du pays    Sahli: les réalisations de l'Algérie en termes d'équilibres financiers sont louables    Sécurité alimentaire: appel à mettre en œuvre les recommandations des assises nationales de l'agriculture    Le Président de la République félicite les étudiants algériens lauréats du Concours international des technologies    Une antenne d'une société de désinformation sioniste installée au Maroc    La performance sportive requiert une meilleure gestion du stress chez les athlètes    Cyclisme: Laagab s'adjuge la 27e édition du Grand prix de la ville d'Oran    Le rôle des SMA dans la protection des composantes de l'identité nationale salué    Mahfoud Ghraba plébiscité à la tête du parti de l'Union nationale pour le développement    Célébration du 28ème anniversaire de la création du HCA    Foot/ Coupe de la Confédération Young Africans-USMA : le trophée passe par un bon résultat à Dar Es-Salaam    L'élimination des mines antipersonnel, l'autre combat du continent africain    Secousse tellurique de magnitude 3,0 dans la wilaya de Bejaia    Des pluies orageuses attendues samedi et dimanche sur plusieurs wilayas du pays    Armée sahraouie : nouvelles attaques contre les forces d'occupation marocaines dans les secteurs de Haouza, Farsia et Aousserd    18e Andaloussiates El Djazair : Belle prestation de l'association "Maqam" de Constantine    Le directeur de l'Armement du ministère italien de la Défense reçu au MDN    Le gaz et l'argent du blé    Gazoduc reliant le Nigeria à l'Europe: Un projet rentable    Le premier groupe s'envolera ce 2 juin: 24 vols pour les hadjis à partir de l'aéroport d'Es-Sénia    Imitation et contrastes    Guelma et Tipasa: Deux enfants périssent dans les intempéries    Energie: Du nouveau pour le raccordement au réseau de gaz    Tlemcen: Renforcer la démocratie participative    Coupe d'Algérie: Aujourd'hui à 18h00: NC Magra-CR Belouizdad: Qui aura l'honneur d'animer la finale ?    Les Moines de Tibhirine : le message qui sauve    Arguments Tranchants    Coupe d'Algérie (Demi-finales)- Après la domiciliation des deux matches: JS Saoura-ASO Chlef aura bel et bien lieu à Oran    France: un «plan d'urgence» pour les banlieues    Le chant du monde    Ligue 1: MCO: le wali d'Oran confirme la venue d'Hyproc en fin de saison    Sahara occidental, Palestine, Ukraine…: L'Algérie et le Portugal sur la même longueur d'onde    Traversées du désespoir    Ali Ghediri, l'adversaire le plus dangereux pour le système    L' "islamophobie d'atmosphère" : les ressorts d'une vieille obsession    Le syndrome de l'ennemi extérieur, le paravent des dictatures arabes    Historique 3e place pour le JSC Ouled Adouane    Visite du président de la République au Portugal pour approfondir la coopération économique entre l'Algérie et le Portugal    La Médiation de la République œuvre à réduire les délais de traitement des requêtes    Les efforts se poursuivent pour assurer la pérennité du service public    Un nouveau texte pour définir les mécanismes de prévention et d'intervention    Coupe d'Algérie – Demi-finales : Tirage au sort ce lundi soir    La concrétisation des projets de développement vise à créer un équilibre régional    Hommage à Zahouania et Houari Benchenet    Une évidence    Trois terroristes se rendent aux autorités militaires à Bordj Badji Mokhtar    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.



"Quand je prends la caméra c'est pour témoigner"
BAHIA ALLOUACHE, REALISATRICE, À L'EXPRESSION
Publié dans L'Expression le 02 - 04 - 2015


Je suis très liée à mon pays
Ex-journaliste, elle est la digne fille de son père, Merzak Allouache. Elle était présente récemment avec son premier long-métrage Cinéma Chkoupi, au Festival international du film oriental de Genève, où il a obtenu le Fifog d'or dans la section «Une certaine image», prix qui porte le nom de Mohamed Bayoumi (fondateur égyptien du premier institut du cinéma au Moyen-Orient). Un film drôle qui a comme toile de fond politique le voyage du président de la République en France pour se soigner et la trame sociale, la dispute d'un couple qui tente d'utiliser cette actualité pour tisser un scénario, en dépit de toutes les embûches... Un film cocasse, courageux, mais malicieux aussi et honnête. Petit bout de femme, mais grande par l'esprit est Bahia Allouache avec laquelle nous nous sommes entretenues juste après la projection du film.
L'Expression: Tout d'abord, j'aimerai comprendre une chose. Pourquoi une jeune qui n'a pas grandi en Algérie s'attache à faire des films liés à ce pays, en employant même un langage populaire, local algérois, comment avez-vous été amenée à penser à ce genre de sujet?
Bahia Allouache: Tout d'abord, il faut savoir que je suis née en Algérie. J'ai fait une partie de mes études là-bas. Et je me suis très liée à ce pays. J'ai l'impression d'y être encore plus liée depuis que je voyage et suis entre Paris et Alger. Cela me donne d'autant plus de recul pour observer la situation et me poser des questions sur ce qui se passe. Peut-être que si j'y vivais vraiment tout le temps, durant toute l'année je serais plus préoccupée par la survie au quotidien et les difficultés, alors que là j'ai ce recul, c'est une chance. Aussi, j'aime beaucoup le cinéma contemplatif, esthétique. Quand je prends une caméra j'ai envie de témoigner. Mon film, même s'il a plein de défauts, j'ai envie que les gens se disent, dans dix ou 20 ans, en le voyant: «Ah c'était comme cela Alger en 2013? Tiens! les jeunes parlaient comme ça? Ils avaient ce genre de préoccupations? Il se passait ça!»
Dans votre film, il y a l'idée de dénoncer ce qui ne tourne pas bien en rond en Algérie, voire dans le milieu cinématographique. Le fond est politique. En cela, il plaide pour la liberté de circulation des idées et d'expression des artistes, c'est pourquoi, il me fait beaucoup penser à Normal, le film de votre père, de par sa structure formelle également. Mais l'idée qui se dégage ici, à mon sens, me semble-t-il, est l'amour que vous portez avant tout au cinéma. Qu'en pensez-vous?
L'histoire du président n'est en effet, qu'un prétexte. Oui, c'est vrai que pour moi le cinéma c'est la quintessence du moyen d'expression. Quand on a la chance de pouvoir en faire, c'est magnifique. C'est vrai qu'en fonction des pays on a des barrières différentes. En Algérie on peut dire que c'est la censure, en France ce sera l'argent et d'autres barrières qui sont très dures à surmonter. Ce film, en fait, je ne l'ai pas construit avec l'idée de dire une chose précise ou de dire que la liberté d'expression est très importante. J'avais envie de partir de cette actualité, quand le président est parti se soigner en France et il y est resté quelques mois. Cela m'a rendu perplexe. Cela m'a fait réfléchir. Il me semble qu'on a de très grands médecins, de très grands hôpitaux, on a de l'argent pour soigner les grandes personnalités et puis, ensuite, j'avais envie de faire une comédie. Je n'avais pas envie d'utiliser le côté dramatique pour parler de ça. Cela ne devait pas, non plus, être le centre de mon film mais j'avais envie plutôt de parler beaucoup plus de cinéma. C'est mon premier long-métrage, il y a beaucoup de choses qui s'imbriquent.
Pourquoi avoir choisi de faire une fiction en la déclinant dans un film qui parle justement d'une même histoire quasiment, illustrée par un scénario un peu brouillon...
Parce qu'il y a aussi cette histoire de couple. D'un côté on a un jeune cinéaste algérois un peu rebelle qui a envie de faire un film politique et de l'autre, on a sa femme qui en a marre d'attendre la pension alimentaire, mais c'est elle qui sait écrire et a le talent de l'écriture finalement. Et elle se venge. Petite vengeance chez un couple dans un contexte particulier. C'est quelque chose d'universel. Ce n'est pas propre aux Algériens.
Vous abordez les rêves de la jeunesse en citant dix recommandations ou commandements. Un truc un peu farfelu.
Oui, il s'agit de se dire si jamais demain j'avais la possibilité de devenir président voici les réformes les plus folles que j'aurais envie de mener. Donc il y a un peu de tout. De la réforme concernant le pétrole à d'autres petites choses comme décréter le samedi journée du shopping et de la joie de vivre.
Un mot sur la production de votre film...
Le film a été financé par Baya Films Production qui est ma propre boîte.
Le choix des acteurs s'est fait comment?
Certains sont des amis, des connaissances, après, comme c'est un film qui n'avait pas beaucoup d'argent, j'ai fait travailler des gens par exemple qui étaient à la production, notamment comme Serge Leido qui était mon directeur de production. Bachir Derrais aussi a accepté en toute amitié de participer à mon film, il connaît mon père, donc voilà...
Vous dénoncez la mauvaise gestion des scénarios par les commissions de lecture et la censure qui va parfois avec, mais vous chargez aussi le public à qui vous imputez une certaine responsabilité dans l'interprétation qu'il fait des films et que vous caricaturez aussi...
C'est toujours difficile, en effet, quand on est réalisateur, auteur ou un peintre notamment. On fait quelque chose avec des intentions mais une fois qu'on la donne au public, chacun l'interprète à sa manière et c'est sa liberté. Le public est évidemment libre de comprendre les choses. Mais dans mon film on ne sait pas si ce que ces gens sont en train de regarder est un bon film ou un mauvais film. C'est aussi juste une occasion de rigoler un peu.
Dans votre court-métrage Une journée ordinaire vous abordez les premières élections algériennes après le «printemps arabe» marquées d'un fort taux d'abstention et là vous revenez avec une histoire liée au président de la République. Pourquoi cet entêtement si l'on peut dire?
Parce que ce sont des choses qui m'intéressent, qui m'interpellent. J'ai besoin d'être ancrée dans la réalité de mon pays. Quand je dis «Cinéma chkoupi» je parle aussi de mon film à moi. Car il faut avoir un peu de recul et de l'autodérision. Le cinéma c'est beaucoup d'argent, de l'investissement mais ce n'est pas que du cinéma. C'est fait pour faire plaisir aux gens et un peu les pousser à réfléchir et c'est tout. C'est une chance quand on arrive au bout du projet donc.


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.