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"On n'a pas droit à l'erreur!"
TOURNAGE DE BEN M'HIDI, DE BACHIR DERRAIS, EN TUNISIE
Publié dans L'Expression le 08 - 12 - 2015

Scène de torture de Larbi Ben M'hidi alias Khaled Benaïssa
«On a travaillé sur les photos d'archives, interviewé tous les survivants qui ont connu Ben M'hidi, noté plein d'anecdotes au sein de sa famille, on a fait un travail énorme», a fait savoir le réalisateur.
«Par devoir de mémoire, à Ben M'hidi, à ceux qui aiment le cinéma, je ne peux pas faire bâcler un film. Quand on fait un film sur Ben M'hidi on est responsable. On n'a pas le droit de ridiculiser notre histoire ni ce grand personnage de la Révolution algérienne. Le problème avec le cinéma algérien d'aujourd'hui est qu' il se fait avec des moyens dérisoires. Ces films sont tellement mauvais que personne ne veut les voir ni les acheter ni les exporter. Aujourd'hui, on a mélangé le social avec le travail...
Les commandes ont tué le cinéma. Il n'y a pas d'exigence. Les Américains quand ils font un film historique ils mettent 4 à 5 ans pour le finir. Je suis anticonformiste. Je mettrai les moyens qu'il faut et prendrai le temps qu'il faudra pour le faire. Qu'on ne compte pas sur moi pour faire un film bidon. Quand on a plus de 20 ans d'expérience dans le cinéma on ne peut pas se permettre de faire n'importe quoi!» dixit Bachir Derrais!
Voilà un homme déterminé, qui sait très bien ce qu'il veut. Parallèlement aux Journées cinématographiques de Carthage que nous avons couvertes à Tunis, la semaine dernière, nous avons profité de notre séjour pour contacter l'auteur de Dix millions de centimes et aller assister à un après-midi du tournage de son nouveau film autour de la figure emblématique de Larbi Ben M'hidi. Il n'était pas question pour nous de louper ce tournage historique qui a valu plein de tracasseries par ailleurs, à notre producteur et réalisateur qui adore les challenges.
Des tracasseries bugétaires et bureaucratiques
Pour les besoins de ce grand film qui a bénéficié d'une aide de 50 milliards de centimes, alors qu'en vérité il coûterait le double, Bachir Derrais ne pouvant tourner en Algérie faute de plateau de tournage conséquent et respectable, a dû s'envoler pour la Tunisie où il a élu domicile durant plus de deux mois dans Ben Arous, à Cartago Films, dans les fameux studios de Tarek Benamar qui n'est plus à présenter. Ainsi, l'équipe du film nous recevra avec grand plaisir, consciencieuse et méticuleuse. Elle refera chaque scène plusieurs fois pour contenter tout le monde et veiller à pallier la moindre imperfection de l'image sur écran.
Parmi les membres de cette foisonnante équipe on peut relever le nom de Nadjib Oulbsir qui s'est déjà distingué comme étant un très bon acteur dans les films Normal de Merzak Allouache et Cinema Chkoupi de Bahia Allouache. Troquant sa casquette de comédien, on le retrouve ici comme premier assistant de Bachir Derrais. «Il fait un travail énorme avec moi sur ce film. Il a un avenir radieux c'est lui qui supporte le film avec moi» nous confie le réalisateur...
Ce film, qui est destiné à l'exportation, sera d'ailleurs exploité dans une version en noir et blanc et une autre en couleurs.
Sur le plateau, beaucoup de monde veille au grain. Notons que pour les besoins du film, tous les décors nécessaires ont dû être reconstitués et ce, sur les 10 hectares que compose cet espace. Soit 80% de décor du film ont été tournés à Tunis. On compte 200 décors, notamment ceux des années 1930 et 1940 à Biskra où Ben M'hidi a passé son enfance et son adolescence. Toute une ville a été reconstituée, entre la ville arabe et la vieille ville européenne. Biskra et ses vieux quartiers, ses boulevards, la poste, les vitrines de ses magasins, son cinéma, son théâtre, sa boulangerie, sa librairie etc, mais aussi Alger, la Casbah, des intérieurs de maisons...
«On a travaillé sur les photos d'archives, interviewé tous les survivants qui ont connu Ben M'hidi, noté plein d'anecdotes au sein de sa famille, on a fait un travail énorme. L'écriture du scénario qui a été faite par Mourad Bourboune, puis réécrite par Abdelkrim Bahloul, a duré une année et demie.» A notre arrivée, l'équipe de tournage s'affairait à filmer une scène de torture du prisonnier Ben M'hidi campé par l'acteur Khaled Benaïssa. Celui-ci était interrogé par un Français qui joue le rôle de l'un des officiers proches de Bigeard.
Le lieu où nous étions représentait le sous-sol de la caserne d'El Biar où se trouvaient justement les bureaux de Bigeard. Un autre moujahid était torturé à côté, tandis que Ben M'hidi jurait que l'Histoire sera juge et que la liberté de l'Algérie viendra un jour... Une scène émouvante d'autant plus que Ben M'hidi est censé avouer où se trouvent ses compagnons moujahidine, après avoir été piqué et drogué pour dire la vérité, alors qu'il demeure farouchement conscient et digne...
Notre arrivée a coïncidé avec la fin du tournage sur ce lieu mythique qu'est le grand studio de Tarek Benamar où l'on a eu la chance de visiter son antre du cinéma. Juste après, l'équipe s'est envolée à Tozer, dans le Sud tunisien pour entamer le filmage des scènes d'arrêt dans les différentes villes (Annaba, Constantine, Oran, Alger) grâce à un vieux train, le mythique Lezard rouge de 1910 d'époque, restauré pour l'occasion. Quelques jours là-bas avant de rentrer au bercail, en Algérie pour quelques scènes supplémentaires... Souffrant de 13 mois de retard à cause des lenteurs bureaucratiques provoquées par l'ancienne ministre de la Culture, Khalida Toumi, et de l'Aarc a fait savoir le réalisateur, le film ne doit son salut fera-t-il remarquer qu' à la venue de Nadia Cherabi qui, professionnelle et relevant du domaine du 7e art, a compris la nécessité de tourner au plus vite d'autant que les décors étaient loués depuis deux ans. En vain.
Pour Bachir Derrais, ce retard s'est soldé par une perte monumentale d'argent que la production continue à payer faut- il remarquer, avec dépit sans pour autant baisser les bras. «Il faut un montage financier pour finir un film. On cherche encore les fonds. On s'arrête, on reprend, on cherche des fonds. On ne fait pas simplement un film sur Ben M'hidi, mais un film sur l'histoire algérienne. Ben M'hidi est l'acteur principal, mais le film raconte comment on a lancé cette révolution.
Belouizdad est très présent, Boudiaf aussi, Abane Ramdane, Krim Belkacem et plein d'autres moudjahidine, ce sont des rôles secondaires mais importants.» Et de renchérir: «Aujourd'hui, on paye les conséquences de 13 mois de retard à cause de l'Aarc. Ce film fait partie des catastrophes qu'a gérées l'Aarc. Khalida Toumi a mis en avant le film de L'Emir et a saboté pratiquement tous les autres films. Comme je disais ce que je pensais d'elle et j'étais l'un des rares à dénoncer sa politique 'catastrophe'' de la gestion de la culture, je l'ai payé chèrement. Mais nous allons le finir, nous sommes confiants. On a l'habitude.»
Bachir Derrais tient à relever tout de même cette précision de taille: «Le budget actuel est le même que celui des films contemporains. Tel celui de Rachid Bouchareb qui a fait Hors-la-loi avec 20 millions d'euros. Ce qui est très loin du budget de Ben M'hidi», et de renchérir: «Aujourd'hui, notre budget correspond au smig d'un film en France. J'ai produit le film de Bahloul, il y a 15 ans, Le Soleil assassiné, avec le même budget que j'avais il y a 15 ans en France. Pourquoi j'ai tardé? Car je ne voulais pas bâcler. Ben M'hidi est un symbole. Ou on le fait bien ou on ne le fait pas. On fait un film exportable ou pas. Je ne fais pas un film local. Mais un film pour ceux qui ne connaissent pas la révolution.
C'est un film de cinéma basé sur des faits réels... On parle du côté humain. Il n'y a pas de scènes de guerre. On montre des jeunes simples qui se sont révoltés contre le colonialisme. Ils sont huit. C'est un film sur la Résistance. Il n'y a pas de maquis, ni de bataille, cela se passe dans les villes. Des gens qui activaient dans la clandestinité...»
Une équipe professionnelle déterminée
Pour entamer le tournage il a fallu, nous apprend -on, 23 mois de préparation. 150 acteurs participent à ce film. On citera entre autres Tarek Hafid dans le rôle de Rabah Bitat, Mourad Oudjit dans le rôle de Mustapha Benboulaïd, Fethi Nouri dans le rôle de Didouche Mourad, Samir el Hakim dans le rôle de Boudiaf et Idir Benaïbouche dans le rôle de Krim Belkacem. Il a fallu aussi 5000 figurants de Tunis, une centaine de techniciens, dont certains sont italiens, français, belges, tunisiens, algériens et américains.
«On n'a pas le droit à l'erreur. Nous avons l'obligation de faire un film dans les normes internationales. Nous en avons marre des films qui se tournent pour se montrer une fois ou se font jeter dans les tiroirs du ministère des Moudjahidine ou de la Culture. Ce n'est pas un film de propagande ni de commande, l'initiative est la mienne. Elle est née bien avant les films d'occasion.» Nous réitérera Bachir Derrais.
Pour rappel, le film Ben M'hidi est une production cent pour cent algérienne car le gouvernement a refusé que la France entre dans la coproduction. Ainsi, ce long métrage est cofinancé par la boîte de production de Bachir Derrais, Les films de la source, avec le concours du ministère des Moudjahidine, le Fdatic et l'Aarc du côté du ministère de la Culture. Gageons que le film sera achevé au cours de l'année 2016 pour être présenté d'ici le 1er novembre 2016. Mais pas que...


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