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Témoignage inédit et émouvant sur Matoub Lounès
Mokrane chemim raconte...
Publié dans L'Expression le 18 - 04 - 2021

C'est la première fois que Mokrane Chemim livre ce témoignage poignant sur Matoub Lounès. Mokrane Chemim est l'un des 24 détenus du printemps berbère. Il est l'un des plus anciens militants de la cause berbère. Ecrivain aussi, il est l'auteur de plus de dix livres aussi bien en français qu'en tamazight. Comment a eu lieu la première rencontre entre Chemim et Matoub. Mokrane Chemim se souvient comme si cela datait d'hier qu'il était à la recherche d'un porte-voix, un jeune chanteur pour se rapprocher du grand public. Nous sommes au milieu des années 70, en pleine clandestinité. «Par l'intermédiaire d'une jeune collégienne, soeur d'un ami de Taguemount Azouz, j'ai pu apprendre l'existence d'un jeune qui habitait juste à proximité du collège et dont le père y travaillait comme cuisinier. Elle me donna les coordonnées avec nom et prénom». Mais le jeune chanteur en question, s'étonna Mokrane Chemim, était introuvable sur la liste des artistes kabyles, il était encore inconnu au bataillon. «Des semaines et des mois passèrent jusqu'au jour où, chacun de notre côté, nous entendîmes l'appel du devoir, la voix des ancêtres et les cris étouffés d'une nation sans droits et sans Etat», ajoute l'ancien détenu du printemps berbère. Et arriva enfin la première rencontre par pur hasard. Un hasard qui a bien fait les choses.
Le début de l'aventure
«Tout commence dans un café bien connu de Tizi Ouzou, Le Novelty, en cette année de 1977, par le plus grand des hasards. Accompagné par l'ami Mouh Achour (Achour Belghezli, également faisant partie des 24 détenus du printemps berbère, Ndlr), nous rentrons au café et nous nous installons à la même table qu'un jeune homme que nous ne connaissions pas et qui semblait perdu au milieu d'imprimés qu'il remplissait. Au cafetier de service, nous demandons des cafés et nous engageons une discussion comme à l'accoutumée et parlons de tout et de rien», se souvient encore Mokrane Chemim. Et d'enchainer: «Le jeune étant très pris par la paperasse, je tente de poser un regard sur les imprimés et je parviens à comprendre ses motivations: il sollicitait une adhésion à l'Office national des droits d'auteurs». Mokrane Chemim confirme: Cheikh Al-Hasnaoui et Dahmane El-Harrachi étaient ses artistes préférés. Et viennent les nom et prénom: Matoub Lounés, de 1977. «J'engage la discussion avec lui, nous étions presque du même âge et le courant semble bien passer. Et c'est le début de notre aventure et nous tenterons de faire de ce jeune le porte-voix de notre cause. Humblement, simplement, sans prétention aucune», souligne Mokrane Chemim.
Militant engagé
Ce dernier révèle d'autres détails: «Je lui remets un petit vocabulaire de nouveaux termes à introduire dans les textes de ses chansons et qui entrent dans le cadre de l'épuration de la langue amazighe en remplacement des mots d'emprunt aux langues étrangères. Parmi ces termes nouveaux, nous retrouvons certains dans la chanson «Azul s tmurt d idurar s ljemla» éditée en 1978. Il semble que c'est la première fois que le terme azul est utilisé dans un texte chanté». Par la suite, Mokrane Chemim et son groupe de militants engagés et courageux, organisaient des galas pour faire connaître Matoub Lounès au grand public, notamment à Ath Douala et à la Maison de la culture de Tizi Ouzou. «Tous nos amis y assistaient pour lui prodiguer soutien et encouragements par des applaudissements nourris à l'entame de chaque chanson. Il devait également se produire à la cité universitaire de Ben-Aknoun, mais pour cause de maladie, nous l'avions remplacé par un autre chanteur. À l'animation, il y avait Boukrif Salah (un autre parmi les 24 détenus du printemps berbère, NDLR) et moi-même», ajoute l'auteur de «Adar itedu s azar». Ce dernier évoque une autre époque, celle des soirées animées par Matoub, tard dans la nuit, en équipe, et au cours desquelles ils se déplaçaient vers la sortie du village «Ichardiwen» (Ath-Douala) à un endroit retiré et sans aucune gêne pour nulle habitation. Matoub Lounès au mandole, Mouh Achour à la percussion et Mokrane Chemim s'occupait de la supervision. «Les déplacements étaient assurés par Mouloud B., taxieur de son état et qui habitait le même village que Mouh Achour, Aguemoun (Ath-Douala). Quelques amis du village Ichardiwen, village natal de ma mère, assistaient à ces soirées», se souvient encore Mokrane Chemim, auteur aussi du livre Les graines de la violence.
Combat identitaire
Ce dernier rappelle que tout au long de leurs nombreuses et fréquentes rencontres, il inoculait à Matoub Lounès, à toutes petites doses, le «venin» de l'engagement politique au service du combat identitaire. «Je l'entretenais des nombreux sujets qui me préoccupaient dont la question de la langue, l'assassinat de Abane Ramdane, de Krim Belkacem apparaissent vite dans le corps de ses chansons», ajoute le même militant dévoué et sincère, de l'avis unanime de tous ses compagnons. «Du petit chanteur de fêtes de villages, Matoub Lounès devient en un temps record l'idole de toute la nation. Il avait aussi ses défauts comme tout humain. Et même, il avait quelques signes prémonitoires sur son devenir», enchaine Mokrane Chemim en faisant référence aux chansons du Rebelle de ses tout débuts et dans lesquelles il prédisait sa propre mort.
«Nos chemins se sont rencontrés et ne se sont jamais séparés. Tout au long de la première moitié de la décennie quatre-vingt (1980) on se voyait presque quotidiennement et c'est ainsi qu'il s'est impliqué dans toutes les actions que j'entreprenais dont la campagne pour la libération des militants connus sous le nom de «poseurs de bombes: lui à la chanson et moi à l'engagement», rappelle Mokrane Chemim qui a décidé enfin de livrer ce très précieux témoignage après des décennies de silence par modestie bien sûr. Tous ceux qui connaissent Mokrane Chemim, de près ou de loin, savent à quel point ce dernier est humble. Mais grand militant. Honnête et incorruptible.


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