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«J'ai enseigné tamazight, clandestinement»
Djamal Arezki, écrivain, à L'Expression
Publié dans L'Expression le 19 - 04 - 2021

L'Expression: Pouvez-vous présenter votre parcours scolaire et littéraire à nos lecteurs?
Djamal Arezki: Je suis né en 1966 à Tazmalt. Au lycée, le seul qui existait à l'époque à l'échelle de la grande daïra d'Akbou, j'ai eu des contacts avec des jeunes de différentes régions qui ont joué un rôle important dans la suite de mon parcours en tant que militant, puis auteur. C'est durant la période du lycée que j'ai eu le déclic, la prise de conscience identitaire et la nécessité de la revendiquer en tant que militant par la suite au sein du MCB -Mouvement culturel berbère- J'ai par la suite participé au 2ème séminaire de 1989 à Tizi Ouzou où j'ai suivi pendant trois semaines un stage de formation en kabyle, encadré par Salem Chaker, Mme et M. Ahmed Zaïd et Rabah Kahlouche. C'était la première promotion des enseignants de tamazight. J'ai par la suite enseigné clandestinement pendant une année à Tazmalt. J'avais une dizaine d'élèves adultes. J'ai travaillé aussi avec les plus jeunes. Après le lycée en 1986, j'ai dû opter pour l'enseignement du français au moyen, situation familiale oblige, puis j'étais devenu inspecteur de français à partir de septembre 1998 à Bouira où j'ai été affecté jusqu'à 2017. Entre-temps, j'ai repris mes études dans une université en France pour faire d'abord une maîtrise en lettres modernes en 2004, puis un master 2 en sciences de l'éducation en 2009. J'ai entamé également une thèse de doctorat en anthropologie sociale à l'Ehess de Paris en 2013-2014 que j'ai suspendue pour faire en 2018, un master Meef (Métier de l'enseignement, de l'éducation et de la formation) second degré lettres, organisé conjointement par trois universités, à savoir Paris 8, Paris 13 et l'Upec (université Paris-Est Créteil).
Votre premier livre, Akal d wawal, a été écrit en tamazight et publié en 2009?
Sur le plan de l'écriture, j'ai publié mon premier recueil de nouvelles, Akal d wawal, en kabyle en 2009 chez Tira éditions. Puis, en 2010, parait en France Contes et légendes de Kabylie, aux Editions Flies France. En 2012, Bellil Yahia et moi avons publié, Mohand Saïd Amlikech (1812-1877), poète et résistant, chez Tira Editions. C'était à l'occasion du bicentenaire de la naissance du prince des poètes comme on le qualifiait à son époque. En même temps, l'association culturelle de Tazmalt qui porte son nom et dont j'étais secrétaire général, lui a consacré un grand festival culturel. Une année plus tard, un groupe d'enseignants du kabyle a décidé, sous la direction de notre ami et docteur en littérature, Nasserdine Ait Ouali, de converger ses efforts pour écrire un ouvrage collectif sur la pédagogie de projet et l'enseignement du berbère en Kabylie, Editions l'Odyssée, fruit d'une pratique pédagogique innovante et émancipatrice. Plus tard, j'ai renoué avec l'écriture en kabyle en traduisant Ussan n uzemmur, un essai de Rachid Oulebsir. Deux années après, j'ai fait paraitre, chez Tafat, dirigée par mon ami Tarik Djerroud, Fière Kabylie, contes, légendes et cosmogonie, 2017 (édition bilingue français-kabyle.
Est-ce qu'on peut savoir pourquoi avez-vous opté pour la langue amazighe quand vous avez décidé d'écrire pour la première fois?
Le choix de ma langue maternelle est dicté, à la fois, par la raison et le coeur: écrire dans sa langue maternelle est un fait de nature pour paraphraser Jean El Mouhoub Amrouche, c'est un appel du coeur. Ensuite, j'ai voulu contribuer à enrichir le paysage littéraire kabyle encore balbutiant. Le choix du kabyle est aussi une sorte de défi et d'engagement au sens sartrien du terme, mais aussi une revanche sur l'histoire dans la mesure où cette langue était frappée d'ostracisme pendant des siècles et ses locuteurs empêchés de la parler et de l'écrire. Je me souviens qu'au début des années 1970, quand j'entrais à l'école, le processus d'assimilation et d'acculturation battait son plein. Les enseignants nous empêchaient de nous exprimer dans notre langue et nous obligeaient à parler une langue qui nous est totalement étrangère et incompréhensible. Cela m'a profondément révolté et m'a laissé des séquelles psychologiques. Il existe des injustices qu'on arrive à digérer avec le temps, à pardonner peut-être, mais celles qui nous privent de notre droit naturel à parler notre langue sont indélébiles donc inexcusables, impardonnables.
Votre premier ouvrage est Akal d wawal paru aux éditions Tira de Béjaïa. Est-ce que vous pouvez nous parler de ce recueil de nouvelles, mais aussi de votre expérience dans l'écriture et la traduction?
C'est un livre composé de petites histoires du terroir que j'ai recueillies, pour la plupart, pour les soustraire à l'oubli. C'était donc un travail de sauvegarde en premier lieu. Ensuite, c'était pour faire face à un besoin: à l'époque j'étais inspecteur de tamazight à Bouira. L'enseignement de cette langue était encore embryonnaire; nous manquions de tout, y compris de supports pédagogiques. C'est alors que j'ai écrit Akal de wawal sous forme de nouvelles pour répondre un tant soit peu à ce manque. J'avais introduit quelques simples techniques d'écriture telles que les différents types de textes: descriptions statistique, itinérante, contrastive, historique...qui étaient au programme. Aujourd'hui encore, il parait que certains de mes textes figurent dans les manuels scolaires ou exploités dans les différents examens. Beaucoup d'enseignants les utilisent dans leurs classes aussi. Cela est encourageant. Ecrire en kabyle est une expérience enrichissante qu'il faut encourager car ce n'est que par la production écrite que nous pourrons développer et enrichir notre langue. Ensuite, cela permet d'instaurer et d'ancrer la tradition scripturaire qui fait défaut dans notre culture à forte tradition orale.
Vous écrivez aussi en langue française et êtes l'auteur du livre Contes et Légendes de Kabylie, publié dans le cadre de la collection «Aux origines du monde», à Paris. Parlez-nous de cette expérience.
Contes et Légendes de Kabylie est un recueil de contes, de légendes et de proverbes que j'ai traduit en français. J'ai été contacté par une maison d'édition appelée Flies France basée à Paris pour participer à une collection dite «Aux origines du Monde». L'éditrice d'origine russe et anthropologue de formation, a initié un grand projet: celui de recueillir toutes les légendes du monde dans une seule collection. C'est de cette façon que j'ai présenté les légendes kabyles, parues en 2010 à Paris. Ce livre qu'on peut trouver à la Fnac, se vend en France seulement, malheureusement.
On assiste ces dernières dix années à la parution de nom-breux romans en langue amazighe, comment expliquez-vous cette évolution notable?
Ecrire en tamazight est non seulement encourageant, mais souhaitable. Une langue vit par sa production littéraire. Tamazight, en tant que langue et culture, non officielle, donc non légitime, a toujours évolué en dehors des
cadres institutionnels, aussi bien pour la chanson que pour la production littéraire et romanesque. Depuis «la reconnaissance» de tamazight comme langue nationale et officielle sur papier, les institutions étatiques s'affairent plus à la contenir qu'à la développer. L'écrasante majorité des productions parues est à compte d'auteur. Il n'existe aucun soutien pour la promotion du livre amazigh. Il n'existe pas non plus de réseaux de distribution, à part quelques initiatives personnelles militantes. Ce qui est certain, c'est qu'il existe un réel potentiel humain prometteur. Pour que cette production soit de qualité, il nous faut des critiques littéraires comme le suggérait Nasserdine Ait Ouali dans l'étude qu'il a consacrée au roman amazigh intitulée: L'écriture romanesque kabyle d'expression berbère de 1946 à 2014, (L'Odyssée, 2015). C'est un pas très important vers une production de qualité. Je souhaiterai voir émerger d'autres critiques, d'autres études de ce genre, voire des institutions authentiques. Sur les plans quantitatif et qualitatif, N. Ait Ouali estime, à juste titre, dans son avant-propos que «la production de romans kabyles d'expression berbère n'est pas assez importante pour pouvoir parler dès à présent de roman kabyle: il se publie un roman par année en moyenne depuis trente-quatre ans même en comptant les textes qui ne présentent pas beaucoup d'intérêt d'un point de vue poétique ou esthétique pour en faire de véritables oeuvres littéraires.» Je pense que ce constat est juste puisque la jeune littérature kabyle est, comparativement à celle des pays à tradition scripturaire ancienne, embryonnaire. En dépit de cela, certaines productions sont vraiment prometteuses et de bon augure. Il y a aussi une nette amélioration sur le plan thématique puisque beaucoup d'auteurs tentent de sortir de la thématique identitaire pour explorer d'autres domaines de la vie tels que l'histoire par exemple, l'amour, etc. Cela la propulse dans l'universalité car le processus de l'écriture et de la création est enclenché depuis plus d'une trentaine d'années. C'est un processus irréversible malgré les conditions défavorables dans lesquelles évolue notre littérature.
Dans l'écriture romanesque en langue amazigh nous avons remarqué que les femmes-auteures occupent une place importante, à quoi est dû cela selon vous?
J'ai remarqué cela aussi. Je dirai que c'est bon signe et cela traduit le potentiel humain en sommeil qui n'attend que le déclic pour se manifester. Si ailleurs les droits des femmes se réduisent comme une peau de chagrin, et que les femmes sont non seulement réduites au silence, mais dépossédées de leurs corps, de leur conscience, et même de leur langue (au sens de l'organe), chez nous, émergent des femmes créatrices, des femmes auteures. C'est un motif à satisfaction. C'est un signe fort et prometteur qui contraste fortement et agréablement avec un environnement culturel, social et politique des plus hostiles. La libération viendra peut-être des femmes. De tous temps, celles-ci ont toujours joué des rôles décisifs. C'est par elles que passent le changement, les mutations. En outre, leurs productions n'ont rien à envier à celles de leurs collègues les hommes.
Nous commémorerons le 41ème anniversaire du printemps berbère, quel bilan pouvez-vous faire?
Avec du recul, je dirai que le printemps berbère était une vraie révolution dans la mesure où il a brisé bien des tabous, a libéré tout un peuple de la peur, a démystifié l'inviolabilité du parti unique, a cassé la chape de plomb imposée par le régime en place. En tant qu'adolescents à l'époque, nous étions fiers de porter cette révolution dans nos coeurs puis dans notre chair et dans nos tripes. Tafsut n 80 était un déclic formidable pour toute la jeunesse de la Kabylie et a des retentissements bien au-delà de la Kabylie. Ce qui se confirmera par la suite. L'histoire nous a donné raison. Le printemps berbère a aussi le grand mériteé de mettre à nu les faiblesses d'une dictature aveugle. Il a ouvert une brèche béante qui montre toute la laideur et le cynisme d'un régime miné de l'intérieur. Il y a une cohérence et une suite logique dans la lutte pour la recouvrement de la liberté. Le printemps berbère n'est pas né du néant; il est un sursaut atavique contre le déni identitaire et l'injustice et trouve ses racines bien antérieurement au Mouvement national pour remonter à l'époque de Massinissa et de Jugurtha. Idir l'a bien compris et l'a chanté avec brio. Il est l'aboutissement des milliers d'années de sacrifices pour l'amour de la liberté.
Avez-vous des projets d'écriture?
Etant de nature optimiste, je dirai que je travaille sur beaucoup de projets d'écriture aussi bien en kabyle qu'en français. J'ai déjà un recueil de nouvelles en kabyle, la suite de Fière Kabylie et un essai sur Taos Amrouche. C'est une réécriture de mon mémoire de maitrise en lettres que j'ai soutenu à l'université Paris 8 en 2004. Je compte aussi réécrire et enrichir le livre sur Mohand Saïd Amlikech avec mon ami Bellil Yahia. Sur le plan de la traduction, je suis contacté par un ami de longue date, Abdelaziz Yassad, pour que je lui traduise son roman La nuit de Noces, paru en 1986 à l'Enal. Un très bon roman, bien écrit du reste, je l'ai relu dernièrement, il me plait. Et si le temps me le permet aussi, j'ai envie de traduire le roman de Karim Akouche, La religion de ma mère. Nous en avons déjà discuté.


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