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Quelles perspectives de coopération énergétique?
La crise ukrainienne impacte les relations entre L'Algérie et l'UE
Publié dans L'Expression le 19 - 03 - 2022

Nous sommes à l'ère de la mondialisation avec l'interdépendance des économies. Ainsi pour 2021, 40 à 50% des importations européennes de gaz naturel, 20 à 25% des importations européennes de pétrole et globalement la Russie, ce sont environ 40% des importations européennes de combustibles solides (le charbon principalement). Pour la Russie, les exportations énergétiques représentent la moitié des exportations de matières premières et la moitié des exportations énergétiques russes sont dirigées vers l'Union européenne, soit environ 125 milliards de dollars et 8,5% du PIB russe et les exportations de pétrole vers l'Union européenne représentent plus de 100 milliards de dollars pour la Russie, soit environ 7% du PIB. Menacé par une crise pétrolière sans précédent, l'Occident est amené à trouver des alternatives sûres où l'Algérie retient toute l'attention des pays importateurs de cette source d'énergie, notamment l'Espagne, l'Italie et la France parallèlement avec des négociations avec la Norvège, les Pays-Bas et les Etats-Unis. C'est que l'Europe reste un partenaire clé pour l'Algérie comme en témoigne la structure du commerce extérieur de l'Algérie pour 2020. L'Europe reste un partenaire clè pour l'Algérie comme en témoigne la structure du commerce extérieur de l'Algérie pour 2020, en attendant un bilan complet des échanges pour 2021, avec 48.5% des importations et 56.8% des exportations pour 2020. Durant cette conjoncture particulière de la crise avec l'Ukraine, l'Europe est dépendante de plus de 26% pour le pétrole et plus de 40% de la consommation de gaz,une situation qui a fait flamber le prix du pétrole qui a été coté le 11 mars 2022 10h GMT, à 111,28 dollars pour le Brent et pour le Wit 107,44 dollars et le cours du gaz a été de 345 euros le mégawattheure mardi 8 mars, soit un record historique pour ce qui constitue la référence en la matière, le TTF Néerlandais.
Le Medgaz vers l'Espagne
La coopération énergétique entre l'Algérie et l'Union européenne est basée sur un protocole spécifique (voir nos contributions nationales et internationales sur la flambée des prix du pétrole et des denrées alimentaires (www.google.com mars 2022). La première destination du gaz algérien reste le marché européen, essentiellement l'Italie (35%), l'Espagne (31%), la Turquie (8,4%) et la France (7,8%).
Sans compter la part du GNL représentant 33% des exportations, pour les canalisations nous avons le Transmed via l'Italie, la plus grande canalisation d'une capacité de 33,5 milliards de mètres cubes gazeux via la Tunisie, avec en 2021 une exportation d'environ de 22 milliards de mètres cubes gazeux, existant une possibilité, au maximum, il ne faut pas être utopique ayant assisté à un désinvestissement dans le secteur, donc sous réserve de l'accroissement de la production interne d'un supplément à court terme, au maximum de ¾ milliard de mètres cubes gazeux, de 10 à 11 à moyen terme. Nous avons le Medgaz directement vers l'Espagne à partir de Beni Saf au départ d'une capacité de 8 milliards de mètres cubes gazeux qui, après extension depuis février 2022, la capacité ayant été portée à 10 milliards de mètres cubes gazeux et le GME via le Maroc dont l'Algérie a décidé d'abandonner, le contrat s'étant achevé le 31 octobre 2022, d'une capacité de 13,5 milliards de mètres cubes gazeux. Mais, il faut être réaliste, Sonatrach est confrontée à plusieurs contraintes: des contrats de gaz fixes à moyen et long terme dont la révision des clauses demande du temps; le désinvestissement dans le secteur rendant urgent la promulgation des décrets de la nouvelle loi des hydrocarbures pour attirer les investissements étrangers; la forte consommation intérieure qui risque à l'horizon 2025/2030 de dépasser les exportations actuelles, dossier lié à la politique des subventions sans ciblage, dossier sensible qui demande un système d'information en temps réel et la maîtrise de la sphère informelle qui contrôle, selon les propos du président de la République, entre 6000/10.000 milliards de dinars, soit entre 33 et 47% du PIB.
La déclaration récente du P-DG de Sonatrach a été mal interprétée car elle contient des nuances que la presse internationale n'a pas mis en relief, je le cite «les appoints en gaz naturel et/ou en GNL vers l'Europe sont tributaires de la disponibilité de volumes excédentaires après satisfaction de la demande du marché national, de plus en plus importante, et de ses engagements contractuels envers ses partenaires étrangers».
3000 heures d'ensoleillement
Pour renforcer les liens énergétiques entre l'Algérie et l'Europe existent donc six axes directeurs supposant un partenariat gagnant-gagnant:premièrement développer le partenariat dans les énergies traditionnelles qui resteront encore pour longtemps dominantes dans le bouquet énergétique entre 2022/2030 supposant une loi des hydrocarbures attractive pour attirer l'investissement; deuxièmement, relancer le projet Galsi, gelé, d'une capacité entre 8/10 milliards de mètres cubes gazeux via l'Italie et alimentant comme prévu la Corse; troisièmement, la possibilité d'exploiter le pétrole/gaz de schiste (A.Mebtoul- Direction du dossier pétrole et gaz de schistes «risques et opportunités» pour le gouvernement 2015, 8 volumes 980 pages, assisté de 20 experts, où un volume a été consacré aux nouvelles mutations énergétiques mondiales horizon 2030 dont les axes du futur mix énergétique). Selon les statistiques internationales, l'Algérie possède le troisième réservoir mondial avec environ 20.000 milliards de mètres cubes gazeux.
Mais étant un dossier complexe, cela nécessite comme l'a souligné le président de la République algérien de lourds investissements et un dialogue social et des nouvelles techniques appropriées autres que celles existantes de la fracturation hydraulique, afin de protéger l'environnement et ne pas polluer les nappes phréatiques dans le sud du pays, quatrièmement, nous avons le gazoduc Nigeria-Europe via l'Algérie d'une capacité d'environ 33 milliards de mètres cubes gazeux, toujours en négociation, mais dont la faisabilité ne peut se faire sans l'accord de l'Europe, principal client évalué à environ 20 milliards de dollars en 2020, pour une durée de réalisation minimum de cinq années.
C'est la solution la plus durable où avec le réchauffement climatique, le monde devant accélérer la transition énergétique en améliorant la sobriété et l'efficacité énergétique les techniques modernes permettant d'économiser 30 à 40% de la consommation et le développement des énergies renouvelables devant combiner le thermique et le photovoltaïque dont le coût de production mondial a diminué de plus de 50% et il le sera plus à l'avenir.
Sécurité et énergétique
Pour l'Algérie, avec plus de 3000 heures d'ensoleillement par an, l'Algérie a tout ce qu'il faut pour développer l'utilisation de l'énergie solaire et à travers des systèmes de connexions? peut être un grand exportateur d'énergie vers l'Europe, sixièmement, selon les experts, horizon 2030/2040, est le développement de l'hydrogène pour le transport et le stockage des énergies intermittentes et pourrait aussi permettre de produire directement de l'énergie tout en protégeant l'environnement, l'hydrogène en brûlant dans l'air n'émettant aucun polluant et ne produisant que de l'eau.
Un débat important le 09 mars 2022 de 20-22h auquel le professeur A.Mebtoul a été invité en présence de plusieurs ministres, ambassadeurs, P-DG de groupes et experts sur les différents acteurs de la sphère énergétique face à la crise ukrainienne avec une conférence débat animée par l'ambassadeur d'Arabie saoudite à Paris,le docteur Fahad M. Al Ruwaily dont j 'ai eu avec lui un long entretien. Lors du débat, je suis intervenu pour insister sur le fait que l'Algérie est un acteur stratégique en matière sécuritaire et énergétique au sein de l'Opep, pour la stabilisation de la région et que la coopération Algérie/Europe,dans sa démarche d'évaluation réclamée ne vise nullement à remettre en cause l'Accord, d'association mais, bien au contraire, à l'utiliser pleinement dans le sens d'une interprétation positive de ses dispositions permettant un rééquilibrage des liens de coopération, l'objectif étant de favoriser un partenariat gagnant-gagnant, l'Europe ne devant plus considérer l'Algérie uniquement du point de vue d'un marché. Du côté européen, on évoque des possibilités de discussions «constructives, des relations bilatérales prometteuses aussi bien dans le domaine sécuritaire, de l'énergie que dans d'autres secteurs. Aussi, malgré ces divergences conjoncturelles, il s'agit comme je l'ai souligné il y a quelques années lors d'une conférence, à l'invitation du Parlement européen à Bruxelles, de dépassionner les relations. Sur le plan géostratégique, plusieurs rapports entre 2018/2021 de l'Union européenne saluent les efforts de l'Algérie en matière de sécurité et de défense où les tensions au niveau de la région influent par ricochet, sur l'Europe. L'effort continu, de modernisation des équipements, ainsi que les nombreux effectifs de sécurité dont l'Algérie dispose, ont permis au pays de contrer de façon efficace les menaces terroristes. Sur le plan socio-économique, existant un lien dialectique entre sécurité et développement, l'essence du blocage réside en Algérie au système bureaucratique que je qualifie de terrorisme bureaucratique. Aussi, l'Algérie doit lever les contraintes d'environnement devant favoriser l'épanouissement de l'entreprise, seule source de création de richesses, permanentes et son fondement la valorisation du savoir.
Cela implique une gouvernance rénovée donc à la refonte de l'Etat dont les fonctions nouvelles tenant compte d'une économie ouverte qui ne peut être celle d'un Etat jacobin, impliquant de grands pôles économiques régionaux pour une participation plus citoyenne. Tous les accords qu'a signés l'Algérie pour une zone de libre-échange avec l'Europe, le monde arabe, et l' Afrique ont pour fondement à terme les baisses tarifaires qui sont un manque à gagner à court terme du fait du dégrèvement tarifaire, mais pour bénéficier des effets positifs, sinon les effets pervers l'emporteront, l'on devra faire le ménage au sein de l'économie algérienne afin de dynamiser les sections hors rente.
*Professeur des universités, expert international


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