L'étau s'est resserré sur les officines qui autrefois s'adonnaient au vu et au su de tous à la vente de médicaments importés illégalement. C'est ce que nous avons pu constaté, hier, lors d'une tournée effectuée à Alger au niveau de nombreuses officines pour voir si certains «médicaments cabas» étaient toujours disponibles. Une virée qui, faut-il le rappeler, intervient après près d'un mois de «la déclaration de guerre» lancé par le ministre de l'Industrie pharmaceutique, Ali Aoun, contre les cambistes des médicaments. «Je n'arrive toujours pas à trouver, une pommade cicatrisante pour les yeux. J'ai fait le tour des officines de la capitale pour soulager le mal de ma fille. En vain», peste Karima, une mère de famille rencontrée devant une pharmacie. L'interlocutrice n'est pas la seule ayant été orientée vers les officines qui vendaient des médicaments importés sous le manteau. Le constat est, en effet, largement établi que les princeps importés, hors circuit officiel, ne sont plus disponibles. Dans un passé récent, 48 heures suffisaient pour donner suite aux commandes. Chose qui est devenu, aujourd'hui, «impossible» répliquent les vendeurs. Cet état de fait persiste depuis quelques jours déjà. L'écroulement de ce mal qui a failli gangrener le secteur névralgique de la santé est palpable. Il confirme en parallèle et avec évidence, la tension qui se fait ressentir sur la disponibilité de certains médicaments, dont les génériques, qui sont presque quasiment introuvables sur le marché. Le premier responsable du secteur a démenti «la pénurie qui touche des médicaments». Selon le ministre de l'Industrie pharmaceutique, Ali Aoun, «il ne s'agit que d'une question de pression enregistrée quant à certains médicaments, comme les antibiotiques». Dans ce sillage, le ministre Ali Aoun a haussé le ton en faisant état de l'ouverture d'une enquête, et en soulignant que «chacun doit assumer sa responsabilité». Contacté par nos soins, le président du Syndicat national des praticiens de la santé publique (Snpsp), le Dr Lyes Merabet, dira qu'«on est à peu près sûr au moins 300 molécules, qui soit ne sont pas disponibles, soit sont en rupture». «Les ruptures d'approvisionnement perturbent la prise en charge, et remettent en cause l'efficience des traitements que nous préconisons pour nos malades», s'est-il désolé. Cela, avant d'ajouter que «nous avons des médicaments pour les cancéreux qui manquent, et de ce fait des protocoles sont perturbés faute de disponibilité de médicaments. Puisque, si l'une des molécules prescrite pour que la cure ait un sens, manque le résultat ne peut pas être atteint». «C'est clair que le cabas nuit à la santé publique et l'économie, mais la solution est dans la production, la maîtrise et la gestion des stocks», a-t-il enfin souligné. D'autres solutions s'imposent, à l'instar de la nécessité d'uniformiser des listes de médicaments à prescrire, et à mettre à jour en cas de rupture de stock, observée au niveau national ou international. C'est la démarche adoptée en tout cas par la tutelle. L'accent a été mis en septembre dernier sur le rôle «central» que peut jouer l'Observatoire national de veille sur la disponibilité des produits pharmaceutiques, en coordination avec le ministère de la Santé, pour informer et sensibiliser les médecins, afin d'éviter la prescription de médicaments retirés du marché ou temporairement indisponibles. C'est ce qui a été souligné dans un communiqué rendu public par le département d'Ali Aoun, en marge de sa rencontre avec une délégation du Bureau national du Syndicat national algérien des pharmaciens d'officine (Snapo), conduite par son président Messaoud Belambri. L'option portait sur l'orientation «des prescriptions vers d'autres alternatives thérapeutiques pour mettre fin au désarroi des patients et leur permettre d'entamer leurs traitements dans la sérénité», avait souligné le même document.