Assia Djebar, qui nous a quittés en février 2015, est la plus grande romancière algérienne et maghrébine. Après une carrière flamboyante d'écrivaine hors pair, Assia Djebar a été élue à l'Académie française. Depuis 2015, l'Algérie a lancé le Grand Prix du roman Assia Djebar pour rendre hommage à cette dernière de fort belle manière. Assia Djebar est l'un des piliers de la littérature algérienne aux côtés de Mohammed Dib, Kateb Yacine, Mouloud Feraoun, Rachid Boudjedra, etc. Depuis ses premiers pas en littérature, remontant aux années cinquante, jusqu'à quelques mois avant son décès, Assia Djebar n'a pas cessé d'écrire et de publier des romans et des nouvelles sans que sa source d'inspiration ne tarisse. Au fil de cette riche carrière, Assia Djebar est devenue une référence incontournable de notre littérature et de la littérature francophone de manière générale. Le fait d'être la première écrivaine nord-africaine à avoir été élue à l'Académie française plaide aussi en faveur de ce statut de romancière exceptionnelle dont jouit Assia Djebar. C'était et 2005 et cette élection dans une institution aussi prestigieuse que l'Académie française n'est qu'un aboutissement logique et naturel du génie littéraire d'Assia Djebar et un couronnement de tout le travail intellectuel qu'elle a mené durant toute sa vie. C'est un honneur pour notre pays que le nom d'Assia Djebar figure désormais aux côtés d'écrivains mythiques comme Alexandra Dumas, Marguerite Yourcenar, Amin Maalouf et même Victor Hugo. Assia Djebar a honoré la littérature algérienne par ses nombreux romans où les femmes occupent toujours les premiers rôles. Grâce aux Editions Barzakh, son tout premier roman «La soif», édité en 1957 est désormais disponible en Algérie. C'est son deuxième roman, sorti une année après «La soif» et intitulé «Les impatients» qui sera le premier succès littéraire d'Assia Djebar qui en signera bien d'autres par la suite à l'instar de «Les enfants du nouveau monde» et «Les alouettes naïves». Il s'agit d'oeuvres directement inspirées et très imprégnées par la Guerre de Libération nationale. Assia Djebar a ouvert une brèche dans les années 70 en réalisant les films «La nouba des femmes du mont Chenoua» et «La zerda ou les chants de l'oubli». Le premier a reçu le Prix de la critique internationale à Venise en 1979 alors que le second obtint le Prix du meilleur film historique au Festival de Berlin en 1983. Assia Djebar renoua vite avec l'écriture romanesque et publia une série de grands romans et de recueils de nouvelles dont «Femmes d'Alger dans leur appartement», «L'amour, la fantasia», «Le Blanc de l'Algérie», «La Femme sans sépulture». Mais l'un de ses romans phares demeure «Loin de Médine». Ce livre a été édité en 1991 et il représente le plus grand succès d'Assia Djebar. Dans une analyse de ce roman, l'écrivain Lounès Ghezali souligne:«Des femmes avec une certaine liberté d'entreprendre, se mêlent à l'histoire. Longtemps réduites par les différents historiens à des fonctions secondaires et sans importance, Assia Djebar, elle, tente d'élever leur rôle. Elle démontre que ces femmes de l'aube de l'islam ont contribué largement à l'histoire. Et ce sont elles-mêmes, ces femmes de Médine, assignées de surcroît à des tâches pas des moindres puisqu'elles usent de leur légitimité de femmes, de mères et de raouyates (entremetteuses) qui parlent dans ce livre». Traduits dans de nombreuses langues, les romans d'Assia Djebar sont étudiés dans plusieurs universités du monde. Assia Djebar a également collectionné les grands prix littéraires un peu partout dans le monde. Elle a été primée en Italie, en Allemagne, aux Etats- Unis, en France, en Belgique... En Algérie, le plus prestigieux prix littéraire porte son nom depuis 2015. Il est décerné chaque année en trois versions (amazighe, arabe et française) aux meilleurs romans de l'année choisis par un jury de spécialistes.