Plus que l'alimentation en eau potable qui n'absorbe qu'un infime pourcentage des ressources hydriques, l'agriculture constitue le véritable challenge en Algérie. Cette dernière devant consommer au bas mot, 70% des ressources en eau disponibles, est la plus menacée dans un contexte de sécheresse accrue. C'est ce que rappelle Brahim Mouhouche, professeur à l'Ecole supérieure d'agronomie(Cinq-Maisons). Il déplore le manque de pluviométrie, causé notamment par l'anticyclone des Açores qui n'est décidément pas favorable à notre pays, car menaçant les cultures céréalières, particulièrement. Intervenant sur les ondes de la Radio nationale, dans l'émission matinale «L'invité de la rédaction», le professeur Mouhouche invite à repenser l'approche de l'agriculture et à réviser le mode d'arrosage. L'agriculture doit opter pour les techniques modernes et adopter l'arrosage smart, explique-t-il, en recommandant de «passer à l'irrigation intelligente et automatisée, pour ne donner aux cultures que ce dont elles ont besoin, au moment opportun». Interpellé sur l'usage à l'irrigation d'appoint, cet expert rappelle que la rationalisation de l'eau obéît à des paramètres précis qu'il faut absolument maîtriser. Il ajoute qu'il faut fournir l'eau aux produits agricoles qui la valorisent, tout en reconnaissant que ce choix qui obéît à la marge bénéficiaire générée par les récoltes est d'une logique économique implacable, car ne donnant pas l'avantage aux céréales par exemple. Arguant que 1m3 d'eau produit jusqu'à 6 kg de tomates et seulement 500 g de blé... L'expert conseille ainsi d'intégrer une vision économique dans le choix des cultures en favorisant l'usage de l'eau pour les productions agricoles rentables. Il préconise à ce titre d'orienter les cultures gourmandes en eau, mais peu rentables vers le sud du pays, où la ressource hydrique est disponible (nappe albienne), et de prévenir «l'utilisation de cette ressource non renouvelable doit obéir à des règles strictes, y compris pour la gestion de la salinité de cette eau qui peut altérer la terre et la rendre stérile». Après un hiver particulièrement généreux en précipitations, le mois de mars 2023 aura été sec. Ce manque chronique de pluies réveille l'instinct de vigilance face au spectre de la sécheresse. Les pouvoirs publics, notamment, multiplient, désormais, les actions pour anticiper les risques. L'on annonce çà et là une tendance baissière du niveau de remplissage des barrages, aussi l'heure est à l'économie de l'eau, particulièrement dans l'agriculture, où, les techniques d'irrigation et autres formules d'arrosage permettent d'épargner substantiellement les ressources hydriques.