Le projet est sérieusement mis sur la table: l´Europe pense au soleil du Sahara pour se chauffer. Lundi dernier, rapporte le quotidien français Le Monde, un consortium regroupant notamment la Deutch Bank et Siemens, s´est réuni à Munich (Allemagne) pour réfléchir à la construction d´une centrale solaire géante en Afrique du Nord et au Proche-Orient en vue d´approvisionner l´Europe en électricité. Le projet qui porte le nom de «Desertec» a déjà été estimé à 400 milliards d´euros sur une période de quarante ans. L´idée sur un plan purement technique est réalisable. Des centrales thermiques solaires d´envergure plus modeste certes mais assez imposantes existent dans le désert californien, au Nevada et en Espagne. C´est sur ces centrales que le consortium s´appuie pour penser et voir plus grand. D´ailleurs et selon des experts, des miroirs paraboliques étalés sur une surface de 300 km² au Sahara suffisent pour couvrir les besoins en énergie de la planète tout entière. C´est dire que le projet est sérieusement envisagé. Tellement bien envisagé que les concepteurs étudient déjà comment faire baisser le prix du kilowattheure estimé aujourd´hui entre 10 et 20 centimes d´euro, contre 3 à 5 centimes d´euro pour le kilowattheure fossile ou nucléaire. Selon eux, il suffit d´agir sur certains composants comme des miroirs plus simples et des échangeurs thermiques plus performants ainsi qu´une fabrication en série qui pourraient faire baisser le prix de l´énergie solaire et même «être concurrentiel d´ici 10 à 15 ans». Les recherches dans ce sens ont d´ailleurs commencé. Des chercheurs suisses viennent d´annoncer avoir mis au point une nouvelle génération de cellules photovoltaïques. Des cellules encore plus efficaces et à moindre coût. La technique utilisée s´appuie sur l´adjonction d´un second colorant sur le système de cellules solaires «Gratzel» du nom de leur concepteur. Ceci pour l´aspect scientifique et technique. L´autre aspect non négligeable est d´ordre politique. Il s´agit de trouver la meilleure formule pour associer au projet les pays d´Afrique du Nord où seront implantés les capteurs tout en évitant «d´avoir le même problème de dépendance qu´avec le pétrole». Sans plus de précisions. Et c´est là qu´il faut se poser des questions sur la manière dont l´Europe compte s´y prendre. Angela Merkel, la chancelière allemande, et José Manuel Barroso, le président de la Commission européenne, semblent avoir leur idée sur ce point puisque tous deux ont fait l´éloge et encouragent le projet «Desertec». De grandes manoeuvres en perspective. Des manoeuvres auxquelles devraient d´ores et déjà se préparer nos dirigeants pour négocier au mieux de nos intérêts cet approvisionnement géant en énergie solaire de l´Europe à partir du Sahara. Sans oublier, bien sûr, que nous sommes également producteur de pétrole. Il s´agira pour nous de ne pas tuer cette «poule aux oeufs d´or» tout en tirant profit de la seconde «poule» qui s´apprête à voir le jour. Ce qui ne sera certainement pas facile à négocier. Surtout que les «armes» sont, pour l´instant, encore «aux vestiaires».