L'inaccessible estime des islamistes, la gratitude due à ses amitiés orientales, la chevauchée permanente et planétaire à la recherche de la reconnaissance de ses pairs, la maîtrise familiale de la rente et les préparatifs d'une retraite dorée, mais toujours repoussée ont occupé le plus clair de ses quatre premières années de son règne. Voici le Président réveillé, à moins d'un an de la fin de son mandat qu'il voudrait le premier, mais pas le dernier, comme on se réveille d'un cauchemar : le second mandat ne va plus de soi. Il s'en va battre campagne dans la précipitation. Et en pleine canicule. Mais l'argument fait défaut, car l'argument pour un responsable sortant qui ne veut pas sortir c'est son bilan. Il ne peut tout de même pas se prévaloir du retour de la peste, du rationnement de l'électricité après celui de l'eau, de ses insouciantes randonnées aériennes, de la panne économique intégrale, du douteux montage Orascom, de la gestion tribale des ressources nationales pour justifier son désir de renouveler l'expérience. Même la forfaiture de la concorde civile n'a pas payé : l'acharnement assassin des terroristes islamistes est intact. Le mandat de Bouteflika a été accidentellement marqué des records en série de revenus pétroliers. L'argent, malgré une économie à l'arrêt, n'a donc pas manqué et, à l'évidence, des sommes faramineuses ont filé au Golfe et en Europe, en particulier par l'entremise de stratagème d'Etat que constituait la méthode Khalifa. Et au lieu de faire amende honorable au bout de quatre ans de gaspillage et de prévarication, la même coterie veut récidiver. Bouteflika part en campagne sans bilan et sans programme, mais, semble-t-il, fort d'une certitude : ce qui vaut pour Shorafa et Depardieu devrait valoir pour les Algériens. Sauf que ces derniers sont trop nombreux pour être sucrés individuellement. Ils seront donc séduits “en gros”, par wilayas entières, par clubs entiers (MOC, CSC, ESS) par confréries entières (zaouïas), par organisations entières (ONEM). Là où il arrive, les chèques pleuvent. Priez pour qu'il passe près de chez vous. La famille régnante vient de privatiser le Trésor public. Nous voici, deux siècles en arrière, en plein Etat makhzen ! Cette pratique de sultan qui consiste à faire passer des dépenses publiques, improvisées et sournoisement liées, pour des largesses personnelles donne la mesure de l'affaissement de l'Etat. Plus de un milliard de dollars passent en dix-huit mois la frontière en toute clandestinité, mais en toute aisance et l'Assemblée nationale, élue pour veiller aux intérêts du peuple, n'en est toujours pas émue. Pas un député n'a suggéré une commission d'enquête qui, en d'autres occasions, a été proposée pour des broutilles. C'est que nos élus aussi savent qu'ils doivent leurs gages à cette même prodigalité qu'ils sont censés combattre. Le fonctionnement des institutions tourne à la collusion, si l'on considère la passivité de toutes les instances (justice, institution monétaire, Assemblée, Sénat…) face aux scandales quotidiens de gestion des intérêts publics. Dans les institutions du système, on a appris à répondre aux libéralités du chef en fermant les yeux ; voilà qu'on veut apprendre aux foules à donner de la voix avec de l'argent. M. H.