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Inam Bioud
PORTRAIT…
Publié dans Liberté le 11 - 09 - 2011

Poétesse, peintre, traductrice de haut niveau, lettrée en somme ayant deux défauts rédhibitoires en Algérie : c'est une parfaite bilingue qui adore la langue arabe sans complexe et ose même la déclamer dans ce qu'elle a de plus poétique et, et oui il faut bien le dire hélas, c'est une femme, “cet enfant malade et douze fois impure”, comme le scandait Musset, faux dur qui était l'esclave amoureux de Georges Sand, femme libre qui le dominait des pieds, de la tête et même, ne craignons pas de le dire, du reste, essentiel dans ce genre de relation, on l'aura bien compris. Sûr? Sûr. Circonstances aggravantes : elle est une femme de caractère. Tout pour la brûler sur le bûcher des vanités de quelques mâles en goguette qui ne voient la femme qu'en fatma soumise à leur bon plaisir. Mais voilà, cette femme qui pense être l'égale de l'homme et, pour son malheur, supérieure à beaucoup, est distinguée par la Ligue arabe pour être responsable de l'Institut supérieur arabe de traduction (Isat), le premier du genre. Inauguré en grande pompe à Alger sous les feux de l'ENTV en 2005 par le chef du Gouvernement lui-même, le ministre de l'Enseignement supérieur et, cerise sur le gâteau, Amr Moussa himself, l'Isat avait pour tous un caractère d'établissement officiel reconnu au plus haut sommet de l'Etat. Ah ! Il fallait entendre les speechs enflammés des officiels, on frissonnerait d'amour pour cet établissement. Les jeunes licenciés algériens fous de traduction qui voulaient parfaire leur niveau ont jubilé. Enfin, ils vont bénéficier d'une formation consacrée par un master après un cursus de deux ans avec les meilleurs spécialistes étrangers en la matière. C'est ainsi que l'Isat devint très vite l'institut phare de la traduction du monde arabe. On vint de partout pour s'abreuver à sa source : Liban, Yemen, Irak, Tunisie, Syrie, Egypte...Et puis, après deux ans d'études de haut niveau, les lauréats découvrent avec stupeur que leurs diplômes ne sont pas reconnus par le ministère de tutelle dont le premier responsable, on se rappelle, a inauguré leur école et a été présent lors de la cérémonie de remise des diplômes. On plaisante? Si seulement. Ubuesque cette situation qui prêterait à rire si elle n'était pas dramatique pour 6 promotions de jeunes Algériens et Arabes. Le comble, c'est qu'à chaque cérémonie de fin d'année, les ministres algériens sont présents, apportant ainsi leur caution a un institut qu'ils ne veulent pas reconnaître par ailleurs en dépit de plusieurs demandes de Amr Moussa. Jugez de la position inconfortable de Inam Bioud qui a constitué tous les dossiers demandés par le ministère de Harraoubia, elle a même usé ses souliers, usant aussi ses oreilles à écouter les vaines promesses de reconnaissance de l'institut pour qu'au bout du compte, elle se retrouve au point de départ. On lui a exigé 100 documents? Elle les a fournis. On lui a demandé de prendre son mal en patience? Elle a patienté six ans. On lui aurait demandé la lune, elle l'aurait apportée, un poème à leur gloire, elle l'aurait écrit. Où est le problème alors? “Peut-être moi”, s'est-elle sans doute dit, tant elle ne comprenait pas les refus non motivés de la tutelle. Sa belle chevelure noire de poétesse est devenue grisonnante par la faute des clercs qui jubilent en bloquant les autres. Elle s'arracherait les cheveux si elle ne craignait pas de faire plaisir aux bureaucrates. La question qui se pose est la suivante : pourquoi ce blocage incompréhensible d'un institut de haut rang? S'il gêne quelque part-et pourquoi gênerait-il- pourquoi l'avoir domicilié à Alger ? Il eut fallu laisser les Marocains et les Tunisiens l'accueillir et faire de lui le pole de rayonnement de la traduction plutôt que cet institut fantôme qui n'a ni siège ni reconnaissance en Algérie. A-t-on le droit de jouer avec l'avenir des jeunes Algériens et l'image de l'Algérie? Alors que le monde arabe fait sa mue, il reste encore en Algérie des mutants d'une espèce rare dont la raison d'être est de fermer tout espoir aux jeunes Algériens. En 2003, Inam Bioud avait publié un beau roman qui avait pour titre : Les poissons s'en fichent. Elle ne connaissait pas encore certains bureaucrates du département de Harraoubia…
H. G.
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