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Elle célèbre soixante ans de règne
Elisabeth II, une reine de velours dans une démocratie en béton
Publié dans Liberté le 27 - 05 - 2012

La reine d'Angleterre est populaire dans son pays. 80% de la population est favorable au maintien de la monarchie qu'elle dirige depuis plus d'un demi-siècle. L'exemple britannique montre que la royauté est soluble dans la démocratie, a condition d'en accepter les règles du jeu. Portrait d'Elisabeth II.
Et c'est parti ! Les bibelots à l'effigie de la reine inondent les vitrines et les présentoirs des magasins de souvenirs de Londres et de tout le pays. La tête couronnée d'Elisabeth II et son sourire très maternel sont plaqués sur des millions d'assiettes et de tasses à thé que ses sujets les plus fidèles auront plaisir à conserver, en bonne place, dans une desserte.
Les Britanniques aiment leur monarque. Un sondage Ipsos vient de révéler que 80% sont favorables au maintien de la monarchie, une des plus anciennes dans le monde et dont la représentante officielle célèbre, cette année, soixante ans de présence sur le trône. Cet anniversaire répand un parfum de joie sur le royaume, déprimé par la crise économique. Comme les noces princières de William (petit-fils d'Elisabeth II) et de Kate Middleton, il y a un an, les réjouissances visent à faire un peu oublier aux Anglais les durs aléas de leur quotidien. Un faire-part national invite d'ailleurs l'ensemble de la population à prendre part aux festivités, en concoctant son propre programme. Ne se faisant pas prier, des milliers de gens prévoient d'agrémenter le congé spécial jubilé de diamant, entre le 2 et le 5 juin, de bals de quartiers colorés. Au menu de ces kermesses royales, des préparations culinaires, comptant parmi les plats favoris de la reine, seront servis à table. Les ménagères revisiteront à l'occasion the Coronation Chiken, une recette de poulet d'inspiration indienne, cuisinée pour le dîner d'intronisation d'Elisabeth II en 1952. En guise de dessert, des scones, biscuits fourrés de crème des Cornouailles, devront régaler le palais des fêtards.
Et ils seront des millions. En témoigne le nombre impressionnant de demandes pour la fermeture de voies à la circulation, reçues par de nombreuses municipalités, de la part d'habitants de quartiers, partisans de la big fiesta. Un seul imprévu, la pluie, risque de gâcher les fameuses Street Parties. Mais peu importe. Habitués aux caprices de leur climat, les Anglais sauront improviser des solutions de rechange. Au pire, ils s'installeront devant leurs écrans pour suivre la diffusion, sur la BBC, du programme des cérémonies royales. Des chaînes de télévision étrangères, grisées par le succès de la retransmission du mariage princier en avril 2011, comptent aussi offrir à leurs téléspectateurs des séquences d'évasion, dans le monde scintillant et enchantant de la famille Windsor. Certes, avec sa bouille de grand-mère bienveillante et ses toilettes, un peu Kish, la reine ne ressemble en rien à Kate Middelton. Mais elle est tout aussi captivante. Pour d'autres raisons. Si la jeune et belle épouse de William représente le visage moderne et glamour de la monarchie, la reine est son ossature. Bien que dépourvue de tout pouvoir politique, elle est en rien un souverain d'opérette. Ses sujets l'apprécient pour ses qualités d'abnégation et de courage.
En accédant au trône à l'âge de 25 ans, à la suite du décès de son père, le roi Georges VI, elle s'est engagée à servir les Britanniques du mieux qu'elle put. Pour beaucoup, elle est le ciment de la nation. Chaque année, à Noël, elle s'adresse à ses sujets à la télévision pour leur prodiguer des conseils de sage, sur les valeurs familiales ou le patriotisme. Aucun parti politique et personne parmi les 16 ministres qui se sont succédé au 10 Downing Street, depuis le début de son règne, n'ont remis en cause la monarchie. En Grande-Bretagne, les républicains sont une infime minorité. Sans demander la fin de la royauté, certains réfractaires se contentent de jaser sur le train de vie des Windsor, jugé comme trop onéreux pour le contribuable et plein de fioritures. Des fonds publics, connus sous le nom de “liste civile”, et des subventions sont alloués par le parlement au palais royal, pour pourvoir la plupart des dépenses de la reine, dont les visites d'état, les engagements officiels et l'entretien des résidences royales. Le montant de cette liste est fixé par le Parlement pour une période de 10 ans.
En 2011, le palais de Buckingham a fait savoir qu'il réduisait son budget de fonctionnement de 5%. Cette coupe a été décidée par la souveraine, en solidarité avec ses sujets, dont la plupart doivent faire face à des mesures d'austérité drastiques. De tout temps, Elisabeth II s'est employée à paraître proche du peuple et à lui ressembler. Elle a engagé cette démarche quelques années seulement après son arrivée sur le trône, en invitant chez elle les caméras de la BBC pour la filmer dans son quotidien de mère de famille. L'ex-premier ministre travailliste Tony Blair raconte avoir vu la reine débarrasser la table et faire la vaisselle, après des repas auxquels il a été convié, dans l'une des retraites royales, à Balmoral, en écosse. En 1995, Elisabeth II n'a pas hésité à faire une entorse au protocole, en s'inclinant devant le cercueil de sa belle-fille, la princesse Diana. Les tabloïds avaient sans cesse ragoté sur les relations conflictuelles entre les deux femmes. Mais la reine était surtout navrée par les infidélités de son fils. Son divorce comme celui de son cadet, Andrew, l'attristeront. Anne, sa fille aînée, est également séparée de son époux. à chaque épreuve difficile, comme lors du décès de sa mère et de sa sœur Margaret en 2002, Elisabeth a su conserver un profil digne et noyer sa douleur dans les bains de foule ou elle plonge régulièrement, dans ses périples à travers le royaume et le monde. L'un des tout derniers l'a conduit en République d'Irlande. Ce voyage, le premier d'un souverain britannique depuis l'indépendance de ce pays du Royaume-Uni en 1916, a entériné la normalisation politique entre l'empire britannique et l'une de ses anciennes provinces. à cette occasion, la reine a pris soin du plus petit détail pour faire honneur à ses hôtes. Elle est arrivée à Dublin vêtue d'un habit vert, une des couleurs de l'emblème irlandais, et elle s'est prêtée, sans réserve, à de multiples cérémoniaux, rendant hommage aux victimes de la répression britannique au cours de la guerre d'indépendance.
Dans la presse britannique, le voyage royal a été qualifié de grand succès diplomatique. Cette façon qu'a la reine de promouvoir l'image de son pays, en se servant de sa propre effigie et de sa popularité, est visible partout dans ses pérégrinations autour de la planète. En soixante ans de règne, elle a accompli environ 250 voyages officiels qui l'ont mené dans 130 états, dont l'ensemble des pays du Commonwealth, dont elle est la souveraine. Cette organisation héritée de l'ère des colonies rappelle au monde que la Grande-Bretagne était cet empire immense où le soleil ne se couchait jamais. Aujourd'hui, bien que tous les anciens territoires sous domination anglaise aient obtenu leur indépendance, la quasi-totalité conserve un lien affectif avec la couronne. Beaucoup vont d'ailleurs prendre part aux festivités du jubilé de diamant. Pour mieux les associer à cet événement, la reine et sa famille ont entrepris des visites de courtoisie en Afrique, en Asie et en Amérique. Les têtes couronnées de la planète sont également partie prenante des réjouissances.
Pour marquer le début des festivités, Elisabeth II a organisé un déjeuner à Londres, auquel ont été conviés les représentants de monarchies diverses. Cet événement a néanmoins provoqué une petite indigestion dans la presse en raison de la présence controversée de certains souverains, comme l'émir oppresseur du Bahreïn et le roi polygame du Swaziland. Passé cet incident, les festivités ont repris leur cours. En guise de prélude, une parade royale, animée par 550 chevaux venus des quatre coins du monde, a été organisé le 13 mai au château de Windsor. Durant le week-end du jubilé, le programme festif comprendra une procession d'une flottille de 1000 bateaux sur la Tamise, dans le sillage de la barque d'apparat royal de la reine. Elisabeth II devra ensuite monter dans son carrosse pour un second défilé dans les rues de Londres. Des feux d'artifice devront couronner le jubilé, partout à travers le royaume. Les Anglais, qui auront trinqué aux cris de God save the Queen (Dieu sauve la reine), pourront alors aller se coucher, ravis de cet entracte qui s'est imbriqué dans leur quotidien sans fard.
S. L.-K.


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