Réviser une Constitution, Dieu que c'est long ! Tel serait le constat si l'on devait s'en tenir à l'éternité dans laquelle s'est enlisée la révision de la Constitution algérienne. Il est vrai que notre système de pouvoir est plus familier avec la préparation et l'exécution de coups d'Etat qu'avec la conception de structures d'encadrement d'une vie politique codifiée. Mais les différents régimes qui l'ont représenté ont eu l'heur de savoir se concocter le texte fondamental qui seyait à chacun d'entre eux. En gros, chaque président — excepté ceux qui n'ont pas duré — a eu droit à sa Constitution. Ainsi, Bouteflika a dû réviser le texte que lui avait légué Zeroual parce que, justement, celui-ci prévoyait une limitation du temps de règne. Voici, donc, bientôt deux ans que le régime “travaille" à élaborer les éléments d'une réforme constitutionnelle, “dans le sens de son approfondissement démocratique", nous a-t-on promis. L'œuvre semble bien laborieuse. Pourtant, quand il s'est agi de prolonger son règne, le même régime a su, en un tour de main, l'adapter à sa volonté de perdurer. Comme il a su, tout aussi facilement, adapter les lois sur les élections, les partis, les associations et l'information, à son désir d'accentuer son contrôle sur l'expression de la société. Mais la révision de la Constitution, solennellement annoncée et clairement définie comme acte de promotion démocratique de l'Algérie, n'en finit pas de piétiner. Sous prétexte de consultations techniques et politiques, l'initiative a fini par s'embourber. Le régime semble même encombré par une promesse faite avec l'arrière-pensée de contourner une zone de turbulences qu'il croyait conjoncturelle, engagement de circonstance pour une réforme qu'il a promis sans la souhaiter. La problématique est, en fait, simple : on ne peut connaître les fondements de la réforme constitutionnelle, si réforme il devait y avoir, avant de savoir si le régime en place perdurera au-delà de 2014 ou de connaître, le cas échéant, la nature du régime qui lui succédera. Car, dans notre système politique, l'on n'envisage pas de Constitution pour l'Algérie, mais pour le régime qui hérite de l'Algérie. Gageons, alors, que nous connaîtrons le nom du futur président, avant même de connaître les éléments du projet de réforme — hypothétique — de la Constitution. D'ailleurs, nous assistons directement — même s'il reste difficile d'en déchiffrer les enjeux — à la résolution de ce préalable, et ce, à travers les putschs entrepris avec précipitation dans les appareils de pouvoir. Ces empoignades tonitruantes autour des instruments partisans du pouvoir sont significatives de la férocité des batailles, habituellement plus discrètes. Il faut croire que la question de l'après-2014 est encore loin d'être résolue. Dans une telle situation, le projet de réforme n'a plus de raison d'être. Dans la culture politique nationale, la question se pose ainsi : “Une Constitution pour qui ?" Et non pas : “Une Constitution pour quoi ?" Dans un contexte où le pouvoir ne s'octroie pas par les institutions, mais s'arrache par le rapport de force, la notion de réforme n'a donc que le choix de s'effacer, au profit de la réalité de lutte de clans. M. H. [email protected]