Un an après le départ de Benbouzid, le mouvement d'affaissement de l'enseignement connaît son couronnement. À voir l'épilogue spectaculaire de l'année scolaire, l'on peut se demander si son successeur n'a pas précipité le processus de désintégration dans laquelle l'Ecole était engagée depuis plusieurs années. La "réforme de la réforme", dont on voit mal la finalité et les contours, tant Baba Ahmed a fait preuve de discrétion, n'aurait-elle abouti qu'à mettre à nu les effets de plus de deux décennies de fuite en avant devant le déclin de la performance de l'institution scolaire ? On se demande à quoi a été occupée cette première année du nouveau ministre, sinon à quelques nominations ? Même les assises de l'éducation, programmées comme acte inaugural de son action, ont dû être reportées ! Les enseignants, visiblement détachés de la question pédagogique, sont empêtrés dans leurs revendications salariales et dans la guerre sourde entre le syndicat officiel et les syndicats autonomes qui lui contestent la gestion rentière du trésor du fonds social de l'éducation. Beaucoup d'entre eux compensent la démotivation et le déficit de rémunération par des occupations parallèles. Les parents ne réagissent que lorsque les grèves de professeurs contraignent l'Ecole à faillir à sa mission de garde d'enfants. Ils semblent ne considérer dans la scolarité que les diplômes qu'elle dispense, sans trop se soucier de leurs contenus. La réaction du président de l'Union nationale des associations des parents d'élèves est significative de l'imprégnation nationale de cette idée que seul compte le sésame, qu'importe qu'il soit mérité ou pas et qu'importe la manière par laquelle on l'obtient. Khaled Ahmed a appelé la tutelle à l'"organisation d'une session de rattrapage du baccalauréat et à la levée des sanctions imposées aux auteurs de tricherie", n'a pas trouvé d'autre argument que celui de "sauver l'année scolaire" et d'"apaiser le climat et mettre un terme à la violence et à la contestation des élèves non admis au baccalauréat". On y décèle un relent de chantage à peine voilé au désordre public, parfaitement en conformité avec les ressorts qui, ces derniers temps, animent l'action des autorités. S'il semble y avoir consensus entre les partenaires de l'entreprise éducative sur la possibilité de prospérer sur les ruines de l'Ecole, le premier constat qu'impose le scandale du baccalauréat 2013 est que l'Etat a été incapable d'organiser, dans les normes, une session du diplôme national qui, pourtant, se tient annuellement depuis l'Indépendance. La session du bac ainsi profanée, c'est un sanctuaire qu'on a violé. Cela veut dire qu'il n'y a plus de citadelle qui puisse échapper à la déliquescence nationale. Quand on observe que le directeur banalise un tel problème en imputant son exagération à la presse, quand on note que l'Assemblée nationale poursuit allègrement à expédier ses votes unanimistes sans même prêter attention au scandale, c'est que l'Etat n'a encore pris — ou ne veut pas prendre — la mesure de la ruine à laquelle notre Ecole a été menée. On a changé de ministre sans chercher à changer d'Ecole. Le résultat est que l'affaissement de l'institution s'est poursuivi. Tout compte fait, ce n'était pas l'Ecole de Benbouzid, mais l'Ecole de notre régime. Elle est condamnée à avoir l'avenir du régime. M. H. [email protected] Nom Adresse email