Quelques jours avant le début, prévu pour hier, des concertations dans les secteurs de l'éducation, le ministre annonçait “une évaluation objective et perspicace des étapes franchies afin d'établir un diagnostic qui sera mis à la disposition des membres de la corporation sur la situation actuelle que connaît notre école". Et d'ajouter ensuite cette seconde formule méthodologique passe-partout : “Ce dernier (diagnostic) portera sur les points forts et l'évolution enregistrée au double plan qualitatif et quantitatif pour cibler, enfin, les points faibles et lacunes qui ont entravé la bonne application de la réforme." Baba Ahmed n'est donc pas arrivé avec sa feuille de route, comptant certainement la concevoir après cette semaine de consultations. Ou plutôt si ! Et il l'a confirmé hier, en marge de la clôture de la session parlementaire : l'on fera du Benbouzid à la place de Benbouzid. Pourquoi donc une semaine de consultations entre cadres et partenaires sociaux de l'Education, entre ceux-là mêmes dont la mission supposée est de concevoir la fonction d'Education nationale et d'en coordonner la mise en œuvre ? Probablement pour deux raisons. La première consisterait en ce que le ministre puisse légitimer le conservatisme de principe auquel est attaché le régime algérien, un conservatisme qui, depuis 1999, essentiellement, fait office de programme national : ne surtout pas toucher à ce qui ne marche pas, quitte à laisser la dégradation aller à son terme. On peut l'observer dans tous les domaines : dans l'économie frappée de panne chronique, dans l'administration figée à l'âge du système de parti-Etat, dans l'environnement livré à la prédation, dans le sport réfugié dans les terrains, dans la culture réduite à une activité de distribution de budgets, dans la santé décidément à l'abandon... La seconde raison serait celle qui consisterait à reproduire ce que Benbouzid avait déjà fait en 2003 : “Réformer sa réforme", pour ne pas avoir à en constater les effets funestes. La question étant de résoudre les contradictions d'une réforme, qui, en plus de dégrader l'enseignement et d'abîmer les esprits de générations entières, produit ses propres blocages ! Ainsi, par exemple, la “réforme Benbouzid", en marginalisant l'enseignement des langues étrangères, anglaise et française notamment, a-t-elle empêché la formation d'enseignants en langues, privant alors l'Ecole de cette ressource. Le problème s'est posé avec une telle acuité pour les régions du Sud et des Hauts-Plateaux qu'il fut même question d'y recruter... les retraités de l'enseignement. Il a été aussi question de dispenser les élèves de certaines régions des matières de langues, le français en particulier, aux examens. Ce genre d'accommodements a conduit le ministère de l'Education à concevoir l'idée de confiner les sujets du baccalauréat à une portion du programme de l'année ! Le programme de terminale correspond-il bien à la charge normale de l'année scolaire, ou, comme le proclament certains élèves, y a-t-il plutôt surcharge de matières ? Plutôt que de répondre à la question, le ministre préfère procéder par concessions, dévalorisant ses propres diplômes, déjà passablement dépréciés. Mais se console en retour en faisant du taux de réussite d'examens déclassés la mesure de la réussite de sa réforme, infiniment réformée. M. H. [email protected]