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La trappe historique
Publié dans Liberté le 07 - 07 - 2013

Dans le monde dit arabe, la successivité est invariablement la même : la dictature prépare lentement mais sûrement l'avènement du pouvoir islamiste. En puisant les arguments de la répression des démocrates dans la spécificité islamique, les dictateurs des pays musulmans entretiennent le capital idéologique des forces islamistes : la primauté du sacré sur le rationnel.
Le piège est prêt : le jour où le peuple, parvenu à la limite de ce qu'il peut supporter de souffrances, se révolte, les gourous et leurs troupes sont prêts. Leurs armes : l'effet fascinant du discours sacré, leurs armées de fanatisés, la discipline de secte. Leur méthode : la mystification, la terreur et le clientélisme. Leurs chances : le désert culturel et politique que la dictature a auparavant soigneusement réalisé, la misère sociale qui fait de pans entiers de la société une proie du clientélisme "caritatif", la recherche d'un pouvoir "divin" qui, seul, pourrait prévaloir de la toute-puissance du dictateur à déposer.
Ainsi, le peuple, au moment même où il entreprend de se libérer d'un ordre militaire ou policier sévère, se livre à une secte. Il ne met généralement pas longtemps pour se rendre compte qu'il vient d'arracher sa liberté à un autoritarisme pour la mettre entre les mains d'un autre.
Aucun pays où ce qu'on appelle "le Printemps arabe" n'a échappé à cette logique : tous ont eu à éprouver l'opportunisme des islamistes partout prêts à s'adjuger le fruit de ces "révolutions". Ils rééditent, en quelque sorte, à leur compte, la stratégie des forces militaro-baathistes au lendemain des indépendances de ces Etats.
Le paradoxe des "révolutions arabes" est dans ce fait que des populations, leurs jeunesses en particulier, qui se sont soulevées pour abattre des régimes qui leur ont confisqué leur liberté, voient ensuite subtilisée l'autorité politique par une idéologie totalitaire. Or, par nature, la conception théocratique de l'ordre social est totalitaire.
L'histoire de la démocratie, c'est l'histoire de la libération de la sécularisation de la gestion de la cité et de la fin de la prégnance de l'ordre religieux sur l'ordre civil. La démocratie s'est consolidée ensuite comme état de négation des ambitions totalitaires de toute idéologie. Enfin, la démocratie cultive la liberté de la personne qui compose avec ses concitoyens ; l'idéologie a pour objet la communauté, dans laquelle la personne se fond et disparaît comme être politique.
En Algérie, les islamistes n'ont pas attendu d'accaparer les pleins pouvoirs pour dévoiler leurs intentions totalitaires ; l'Egypte a éprouvé, à son tour, l'aversion naturelle des idéologies aux libertés civiles. En Libye, les islamistes sont en train de barrer, par la violence, la route à tout projet de modernisation nationale. En Tunisie, la confrontation entre la révolution du Jasmin est condamnée à affronter l'hégémonie "confrérique". Et quand François Hollande prétend que "l'islam n'est pas incompatible avec la démocratie", il fait acte de profession de foi politicienne malvenue pour le représentant d'un pays qui sait ce que la démocratie doit à la laïcité.
Non, la religion, quand elle veut s'imposer comme ordre social, est incompatible avec la démocratie. Et c'est dans cette trappe historique que le monde dit arabe est en train de se débattre.
M. H.
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