C'est le Sénat qui commence le ballet parlementaire, officiellement aujourd'hui. Il se prononcera dans les prochains jours sur la résolution déposée par Obama sur le bureau de la commission des Affaires étrangères. Un premier vote important est prévu pour demain 11 septembre. Le compte à rebours pour le président US a commencé hier à Washington. Les parlementaires, de retour de vacances, se penchent sur la Syrie. Afin de "punir" le régime syrien pour l'utilisation présumée d'armes chimiques, Barack Obama demande le feu vert du Congrès, une décision qu'il a prise tout seul contre l'avis de ses conseillers, et qui sera lourde de conséquences. Il est sur le fil du rasoir car rien n'indique qu'il obtiendrait gain de cause. "Notre pays sera plus fort avec votre accord et nos actions n'en seront que plus efficaces", a-t-il supplié les élus du Sénat et de la Chambre des représentants. Et pour faire davantage de pression sur eux, il s'adresse aujourd'hui à la nation américaine pour essayer de les retourner. Les Américains dans leur large majorité ont exprimé leur désaccord à l'initiative d'Obama, rafraîchissant sa mémoire sur les déconvenues de son prédécesseur. Le locataire de la Maison- Blanche a beau jurer que son opération n'a rien à voir avec les équipées de W. G. Bush en Afghanistan et en Irak, ses électeurs démocrates et républicains, eux, restent persuadés que les Etats-Unis n'ont plus à faire de guerres hors de chez eux, surtout pas dans les pays arabo-musulmans. La Constitution ne l'obligeait pas à exiger l'aval du Congrès avant de déclencher une action militaire, mais au plus bas dans les sondages, Obama était contraint de demander ce vote pour sa crédibilité, chez lui et à l'étranger. Le débat qui a débuté à Washington sera le plus important de la législature américaine dominée par les républicains. Ce Congrès a déjà bloqué beaucoup de projets du président. Mais cette fois-ci, ce n'est plus la guerre des tranchées entre républicains et démocrates, les lignes idéologiques ont explosé, faisant émerger de drôles de coalitions. Parmi les adversaires des frappes, des républicains ultra-conservateurs proches du Tea Party et des démocrates anti-guerres qui ont déjà voté contre l'intervention en Irak ou en Libye. Même les parlementaires des deux bords habituellement plutôt interventionnistes estiment là que des bombardements de Damas favoriseraient les djihadistes syriens, se demandant "si l'opération armée est vraiment dans l'intérêt de la sécurité nationale américaine". En outre les "coûts exorbitants" de la guerre en Afghanistan et en Irak hantent de nombreux esprits. Beaucoup se posent d'ailleurs la question de la "crédibilité des Etats-Unis sur la scène internationale". Peut-être que les sénateurs seront magnanimes car à majorité démocrates mais à la Chambre des représentants, Obama est certain de ne pas connaître de répit. Les républicains, majoritaires au congrès, ont dit tenir compte de leurs propres électeurs défavorables à de nouvelles guerres au Moyen-Orient. Et il y a aussi les libéraux chez les démocrates qui sont contre la guerre, comme Janice Hahn qui rappelant que des armes chimiques avaient déjà été utilisées en d'autres occasions, sans que son pays n'intervienne, engage Obama à trouver une réponse à la question suivante : "Y a-t-il un autre moyen de tenir Assad pour responsable ?" Un refus des parlementaires représenterait une énorme claque pour Obama qui s'est personnellement investi dans ce dossier. Deux options s'offriront à lui : soit il mène des frappes malgré le refus des élus qu'il a lui même sollicités. Soit il se plie à la volonté du Congrès, ce qui risque de compromettre sa crédibilité sur la scène nationale et internationale. Israël pour qui Obama mouille son tricot dans cette affaire de frappes contre Damas est inquiet d'"un affaiblissement de la force de dissuasion américaine au Proche-Orient" s'il n'arrive pas à mobiliser une majorité au Congrès et dans le monde en vue de ses frappes contre la Syrie. Netanyahu a dit qu'un feu vert du Congrès est loin d'être assuré : la probabilité que les Etats-Unis mènent des frappes contre la Syrie est maintenant inférieure à 50 %, selon lui. Il sait de quoi il parle, sachant tout le poids des lobbies juifs à Washington. Israël a assuré Netanyahu a pris des précautions militaires face à d'éventuels débordements sur son territoire. À l'ouverture de la réunion hebdomadaire de son gouvernement, il a parlé de "la tempête" autour d'Israël. Le piège dans lequel s'est enfermé le président américain inquiète également les autres alliés de Washington dans le Moyen-Orient. Les pays du Golfe qui partagent avec Jérusalem l'inquiétude de voir l'Iran chiite se doter de l'arme nucléaire, s'interrogent sur ce qu'il restera du parapluie US si le Congrès américain assénait une gifle à Obama. La Russie, confortée par le niet du G20 à Saint-Pétersbourg, boit du petit-lait. "De plus en plus d'hommes politiques, d'hommes d'Etat, partagent notre opinion selon laquelle un scénario de force mènera à une explosion du terrorisme en Syrie et dans les pays voisins, et à un important flux de réfugiés", a encore averti le chef de la diplomatie russe, Lavrov, à l'issue de son entretien avec son homologue syrien, ajoutant que Damas était toujours prêt à des négociations de paix. Une rencontre qui a eu lieu alors que le président américain Barack Obama ferraillait avec son Congrès pour le convaincre du bien-fondé d'une nouvelle intervention militaire au Moyen-Orient destinée à punir le régime Assad, qu'il juge responsable d'une attaque chimique meurtrière menée le 21 août près de Damas. Moscou, soutien indéfectible du pouvoir syrien, s'oppose à toute action militaire contre Damas et s'est aussi montré très sceptique sur la responsabilité du régime syrien dans l'attaque chimique. Le président russe a réclamé la semaine dernière que des preuves convaincantes soient présentées à l'ONU. D. B Nom Adresse email