"Afin d'éviter tout amalgame, je tiens à rappeler qu'il ne s'agit pas du procès du DRS ou des généraux. Mon devoir est de défendre avec professionnalisme un homme réduit au silence qui réclame justice, sans entrer dans d'autres considérations qui sortent du domaine professionnel et des droits de la défense", écrit Me Aït Larbi. Il est en passe de devenir, toutes proportions gardées, le nouveau "Jaques Vergès". Comme son aîné disparu, il y a quelques années, et affublé du vocable d'"avocat de la terreur", Me Mokrane Aït Larbi, avocat de la défense du général Hassan, ex-bras droit du général Mohamed Mediène, dit Toufik, condamné par le tribunal d'Oran à cinq ans de prison, une peine qui divise une partie de l'opinion, semble faire sienne cette célèbre répartie de l'époux de Djamila Bouhired lorsqu'on lui reprochait de défendre certains personnages à la réputation sulfureuse : "Le médecin soigne le malade, pas la maladie." "Afin d'éviter tout amalgame, je tiens à rappeler qu'il ne s'agit pas du procès du DRS ou des généraux. Mon devoir est de défendre avec professionnalisme un homme réduit au silence qui réclame justice, sans rentrer dans d'autres considérations qui sortent du domaine professionnel et des droits de la défense", écrit Me Aït Larbi. Pour la seconde fois depuis le verdict du tribunal d'Oran, l'avocat revient sur le procès qui est loin d'avoir livré ses secrets. Autant que les motifs ayant conduit à l'incarcération de celui qui fut l'un des bras droits du général Toufik. Dans une déclaration rendue publique hier, Me Mokrane Aït Larbi dénonce une "campagne de dénigrement et de fuites organisées" dont fait l'objet le général Hassan. "Au moment où il est privé de la visite de ses avocats, le général Hassan fait l'objet d'une campagne de dénigrement et de fuites organisées. Ce n'est pas à moi de faire une mise au point sur des questions qui sortent du dossier, mais j'invite ses détracteurs à un minimum de retenue", écrit Me Aït Larbi qui rappelle s'être retenu de "s'exprimer sur le fond du dossier" à l'issue du verdict. On l'aura compris : l'allusion est ici nette à l'endroit d'une chaîne de télévision privée, réputée proche du cercle présidentiel, qui est alimentée régulièrement de "tuyaux" et dont l'objectif est de détruire tous ceux qui ne cadrent pas ou ne rentrent pas dans les plans des "maîtres de la cour". Elle vise probablement aussi un haut responsable des services, toujours en exercice et qui se serait exprimé sous un pseudonyme dans les colonnes du journal El Watan, il y a une semaine, en divulguant quelques facettes du parcours du général Hassan ou encore sa proximité avec le général Toufik. "Malgré l'insistance de plusieurs journalistes, mon refus de communiquer sur le fond de cette affaire est sans appel. Cette position n'a pas été dictée par la crainte de poursuites disciplinaires ou judiciaires, mais par des impératifs de sécurité des citoyens", dit-il. En évoquant des "impératifs de sécurité", Me Aït Larbi ne fait pas que se conformer à une règle en vigueur dans le métier, mais suggère qu'il détient des informations qui, si elles venaient à être rendues publiques, risqueraient "d'ouvrir une véritable boîte de Pandore", d'autant que le dossier porte sur des affaires de sécurité et d'espionnage. Me Aït Larbi affirme, cependant, que les accusations qu'on tente de coller au général Hassan, pour justifier a posteriori sa condamnation, sont dénuées de fondement. "Toutefois, je me fais le devoir de préciser que, contrairement à ce qui a été dit, le dossier n'a évoqué à aucun moment, de l'ordre de poursuite au procès, ‘la détention illégale d'armes, la création d'une organisation criminelle ou l'attaque terroriste de Tiguentourine'. C'est un scénario hollywoodien." Le poids des témoignages de Nezzar et Toufik Même les chefs d'inculpation pour lesquels le général Hassan a été condamné, — "destruction de documents" et "infraction aux consignes" — ne résistent pas à l'analyse juridique impartiale, observe l'avocat. "Concernant la première inculpation, il s'agit de notes personnelles et le service ne s'est jamais plaint de la disparition de documents (...). Concernant l'infraction aux consignes, il s'agit de la gestion administrative et sécuritaire d'un dossier top secret et je n'en dirai pas plus", dit-il. Et l'avocat de soulever deux questions sur lesquelles il s'était appuyé pour réclamer une demande de liberté provisoire à son client. Une demande, à l'évidence, restée sans suite. La première : "les consignes générales données à ‘la troupe' sont-elles applicables aux services spéciaux et à cette affaire ? La deuxième : le général Hassan a-t-il agi dans la gestion de ce dossier conformément aux consignes de sa hiérarchie ?". Comme tout le monde a pu le lire et à Aït Larbi de le rappeler, les réponses à ces deux questions ont été récemment apportées par de grands responsables de l'institution militaire, en l'occurrence l'ex-ministre de la défense, Khaled Nezzar, et le désormais ancien patron des services, le général-major Toufik. Pour l'un "les consignes générales données aux troupes ne s'appliquent pas aux services secrets" et pour l'autre le général Hassan a "traité ce dossier dans le respect des normes et en rendant compte aux moments opportuns". Ces nouveaux éléments seront-ils, pour autant, pris en compte par qui de droit ? En tout cas cette affaire du général Hassan est symptomatique "qu'il y a quelque chose de pourri au royaume du Danemark", pour reprendre Shakespeare. K.K.