Le Hoggar, les Oasis, les paysages de Kabylie, la Casbah d'Alger, des scènes de la vie quotidienne aux quatre coins de l'Algérie : c'est à un voyage dans la mémoire du pays que nous invite Farid Mammeri à travers son exposition intitulée "Amonts, symbole du retour aux sources". Rencontré au siège de l'ACB (Paris 20e), l'enfant de Taourirt Mimoun a bien voulu accorder un entretien à Liberté. Liberté : Economiste de formation, on vous aurait attendu ailleurs que dans le monde des arts. Que s'est-il passé ? Farid Mammeri : J'ai travaillé à l'Inped, puis à la radio Chaîne 3. Mais une passion m'est restée de l'enfance. De 6 à 10 ans, je vivais chez mon grand-père maternel à Tizi Ouzou où j'étais scolarisé, avant de rejoindre le lycée El- Mokrani d'Alger. Mon grand père avait recueilli les peintures de mon cousin Azouaou qui a exposé dans les années 20 en France, au Luxembourg, en Espagne... C'était un peintre reconnu. Je baignais dans cette ambiance. Ma mère m'avait appris à dessiner. Je me suis amélioré au lycée. C'était un peu les beaux-arts avant la lettre, avec un excellent professeur. On avait des possibilités d'approfondir nos connaissances en dessin. Le passage du dessin à la peinture est tout naturel... La peinture est avant tout du dessin, après on peut passer à la peinture. La couleur peut déterminer la forme, donc on peut dépasser le dessin pour exprimer quelque chose. Avec les progrès de la photo, on peut se libérer du figuratif pour aller vers l'imaginaire, vers d'autres formes d'expression. La toile devient un moyen d'expression des sensations, des idées et des sentiments. Vous revendiquez-vous d'une école de peinture ? Non, mon école, c'est celle de la vie, l'école de ma culture : kabyle, algérienne, méditerranéenne, universelle. Se rattacher à une école, c'est revenir vers le passé, une école impressionniste ou abstraite... Comme on dit, l'art se nourrit de l'art. On assimile ce qu'on a connu, apprécié, puis on cherche sa voie ; j'explore des territoires nouveaux, chaque peinture est une découverte pour moi. Comment avez-vous réalisé votre vocation d'artiste peintre née durant votre enfance ? Avec des amis étudiants, on voulait greffer des peintures à nos textes poétiques et vice-versa. Puis chacun a suivi sa voie. Je suis passé de la poésie illustrée à des expositions de peinture au Mouggar, à l'Atlas, la galerie des Quatre colonnes... Blida, Boumerdès et Oran où j'ai été invité par Alloula. Un jour, vous avez décidé de partir... Je suis parti en 1993 comme tant d'autres intellectuels menacés par le terrorisme. En France, il était difficile de repartir de zéro, car les références et les repères sont différents des nôtres. J'ai d'abord commencé à travailler pour vivre, mais la peinture m'étant restée, je me suis remis à peindre et à exposer en France et aussi en Belgique.
Comment un peintre peut-il se faire connaître ? S'il trouve des galeries pour exposer. Des peintres ont connu la notoriété et la gloire alors que leurs œuvres n'ont rien de transcendant. Ils ont derrière eux des galeries, des médias ou des mécènes. Le marché de l'art peut aider, mais il est arbitraire. Des projets en Algérie ? Pourquoi pas ? Le pays est omniprésent dans mes toiles. On est toujours imprégné de notre propre culture qu'on essaie de restituer. Cette exposition est une promenade dans la mémoire de l'Algérie. Les compatriotes qui la découvrent vont replonger dans la culture du pays.