Résumé : La matrone n'arrivera pas à débarrasser Zineb de son fardeau. Cette dernière gisait inanimée dans une flaque de sang. Sa mère tentera de la réanimer sans faire appel à un médecin. Ma mère lui prépare une bonne soupe et une tisane qui lui permirent de reprendre pied deux jours plus tard. Cependant, le problème persistait. Zineb ne pouvait garder le bébé. À cette époque, je me trouvais dans une autre ville du pays pour des stages de perfectionnement, et je n'ai eu écho de toute cette histoire que lorsqu'un télégramme me parviendra pour m'apprendre le décès tragique de ma jeune sœur. En effet, à bout de nerfs, et voulant débarrasser le famille de ce déshonneur dont elle en était l'instigatrice, Zineb se coupera les veines dans la nuit. Au petit matin, ma mère ne découvrira d'elle qu'un corps glacé et rigidifié. Le coup sera bien dur pour la famille. Après l'enterrement, ma mère, submergée par le chagrin et les remords, sombra dans la dépression. Houria tentera tant bien que mal de tenir le coup pour s'occuper d'elle et supporter sa peine. Mon père, après ce drame, s'étant rendu compte enfin qu'il avait une famille, ne quittait plus la maison. Il voulait se faire pardonner son irresponsabilité, mais c'était déjà trop tard. Seule ma grand-mère gardait dignement son air fier et résigné. Elle croyait fermement au destin et acceptait son sort. "La richesse mal acquise ne profite jamais. Je savais que cet argent allait nous perdre", ne cessait-elle de répéter. Yahia et son épouse Nashida, en amis fidèles, nous rendaient souvent visite. Nashida cuisinait pour nous et demeurait des heures au chevet de ma mère pour lui tenir compagnie et l'aider à dépasser ce cap critique. Quant aux autres, c'est-à-dire les nouveaux amis que nous pensions avoir, nous ne les avions vu que le jour de l'enterrement de Zineb. La plupart d'entre eux étaient venus par curiosité, et pour enrichir leurs sujets de conversation. Les spéculations allaient bon train et chacun avait sa version à relater. Mais une chose était certaine : personne n'était réellement au courant de la vérité, et c'était bien ainsi. Du moins, l'honneur de la famille était sain et sauf. Quelques semaines passent. Ma mère émergeait de son chagrin. Elle avait perdu du poids et tenait difficilement sur ses pieds. Néanmoins, cela faisait plaisir de voir qu'elle reprenait le dessus sur ses émotions. Houria se lancera dans le boulot. Elle s'était associée à l'une de ses amies pour lancer un salon de coiffure dans le quartier. De mon côté, je reprends le chemin des stages et des formations dans différents instituts. Je ne travaillais pas encore à proprement parler, mais je tentais de me maintenir à flot en collaborant dans quelques quotidiens, question d'affûter ma plume. Après quelques mois loin des bars et des jeux de hasard, mon père donnait des signes d'impatience. Il s'ennuyait et tournait en rond dans la maison, sans but précis. Puis, n'y tenant plus, il renouera avec ses anciennes fréquentations et reprendra le chemin des brasseries. À chacun de mes retours à la maison, je croise le regard triste de ma mère, qui me renseignait amplement sur ses états d'âme. Aussi loin que remontent mes souvenirs, je ne me rappelle pas l'avoir vue aussi abattue. (À SUIVRE) Y. H.