Ligne ferroviaire Saïda-Tiaret-Tissemsilt : Le projet sera-t-il livré cette année ?    Belmadi s'exprime sur l'avenir de Guardiola avec Man City    Inter Milan-Milan AC : Les compositions probables    Ligue 1: Le programme des rencontres de la 10ème journée    Charfi répond aux «petits» partis    Attar insiste sur le développement de la pétrochimie    La première session du Cnes «nouveau» se tiendra en février    Aït Ali rencontre les représentants de la filière    Inquiétudes sur l'offre et le prix des viandes    La patrie d'Armstrong et la dignité des peuples : un challenge existentiel    L'Afrique du Sud appelle Biden à annuler la décision de Trump    Rome attend du Caire une collaboration "complète"    Revoilà les manifestations du pain au Soudan    L'Algérie demande de faire toute la lumière sur ce drame    Huit activistes condamnés à 10 000 DA d'amende    Le ministre de l'Enseignement supérieur chahuté par les étudiants    Report du procès en appel de Zoukh au 6 février    Leknaoui à la rescousse    Isla de retour, forfait de Rebiai    L'Entente face au révélateur Médéen    La rue assaillie par les mécontents    Faible mobilisation des travailleurs    Un mort et trois blessés    "Le rapport Stora est loin de la réalité"    Des gargotes pour les haltes solitaires    Lupin ou la consécration des séries télévisées européennes    Dans un mur de la chapelle, le message attendait depuis 165 ans    Mesures à l'encontre des coupables    Mémoires sur le mouvement syndical algérien    Le monde en bref...    MO Béjaïa : L'ère Karouf a commencé    Des figures historiques oubliées par l'école de la République    Jean-Philippe Ould Aoudia : Mémoire, vérité et réconciliation    CNAS Alger : Appel à la déclaration annuelle des salaires (DAS 2020)    Paroles d'un porte-parole    Culture : Le sociologue Liess Boukraa s'est éteint    Hadjer Ben Boubakeur. Chercheuse en musicologie : «C'était risqué pour le régime algérien de contrecarrer la musique hirakiste»    ANSEJ, JEUNES, EMPLOIS ET PERIMETRES POIGNANTS    «Salaire dérisoire» et «prime Covid-19 non perçue»: Protestation des communaux devant le siège de l'APC    Football - Ligue 1: Duels des extrêmes à Tlemcen et Alger    Constantine: 20 policiers morts du Covid-19 dans la région Est    Examens nationaux: Près de 2 millions d'élèves inscrits via la plateforme du ministère de l'Education    Des histoires à raconter    Atteinte à la vie privée des enfants: Des télés privées menacées de poursuites judiciaires    Mohamed Charfi défend le principe des 4 %    258 nouveaux caset 3 décès en 24 heures    Le nouveau directeur de l'éducation installé    La justice se déjuge    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.





Un projet qui risque le naufrage
le port d'el-hamdania lancé dans la précipitation
Publié dans Liberté le 29 - 11 - 2020

Les experts estiment primordial de revoir la conception de ce mégaprojet en réalisant des études plus fines qui prendront en considération tous les aspects liés à l'environnement, au patrimoine, à l'histoire et à l'économie...
Le ministre des Finances, Aymen Benabderrahmane, a affirmé jeudi dernier que le mégaprojet du port du Centre d'El-Hamdania à Cherchell sera lancé dès le début de l'année 2021. Ce projet fait partie, selon lui, des "priorités de l'Algérie nouvelle". Cette décision fait certainement suite à l'instruction du président de la République qui a chargé au mois de juin dernier le Premier ministre de "prendre de nouveau contact avec le partenaire chinois et d'étudier le projet sur de nouvelles bases transparentes pour le soumettre une seconde fois au Conseil des ministres, dans un délai maximum de trois mois".
De manière affirmative, le ministre indique que "toutes les procédures liées à ce projet ont été parachevées au niveau du secteur ministériel". Ce n'est évidemment pas l'avis de nombreux experts qui soutiennent mordicus que ce mégaprojet n'est pas encore mature. Pis encore, la décision politique avait été prise le 30 décembre 2015 sans qu'aucune étude soit réalisée.
En réalité, ce mégaprojet n'a été précédé par aucune étude avant que les dirigeants du pays ne décident de son implantation à l'est de la commune de Cherchell. Ce qui reste étonnant, voire inconcevable, c'est que le ministère en charge du mégaprojet avait saisi les directions de la wilaya de Tipasa en date du 16 février 2016, c'est-à-dire bien après la décision politique, pour recueillir les informations inhérentes à l'impact de ce mégaprojet sur l'environnement naturel (mer, forêt, littoral, faune, flore), l'agriculture, la forêt, les centaines d'habitations des citoyens érigées à l'intérieur du périmètre, le tourisme, les monuments culturels et historiques ! le Conseil des ministres, sous l'ère de Bouteflika, n'avait pas respecté toutes les lois relatives à la stratégie de préservation, la protection et la valorisation du littoral, la protection de l'environnement dans le cadre du développement durable, les différents schémas nationaux d'orientation et de planification qui s'inscrivent d'une manière cohérente avec le SNAT (schéma national de l'aménagement du territoire).
L'expert Abdou Benachenhou, ancien cadre du secteur pétrolier et ex-président de l'Association de protection de l'environnement, trouve inadmissible qu'aucun ministre impliqué dans la réalisation de ce mégaprojet "n'ait daigné effectuer une visite sur le site choisi pour découvrir sa splendeur paradisiaque sur lequel sera érigé ce projet. Il s'agit à l'époque des ministres de l'Environnement, de l'Aménagement du territoire, de la Culture, du Tourisme, des Transports et des Travaux publics". Pour cet expert, l'on a laissé faire les Chinois.
Autrement dit, la désignation du site pour l'implantation du port à El-Hamdania a été laissée au seul choix des Chinois. Ce choix va malheureusement sacrifier une des plus belles plages d'Algérie, qui disparaîtra à jamais pour tous les habitants des 5 wilayas : d'Alger, de Blida, de Médéa, d'Aïn Defla, de Tipasa, et ceux qui viennent du sud du pays. "Les patrimoines forestier et archéologique ne seront pas épargnés. On a l'impression que la disparition de ces patrimoines ainsi que celle des zones historiques laissent indifférents nos responsables et ne leur pose aucun problème", constate M. Benachenhou. La construction de ce mégaprojet fera disparaître une partie de notre histoire. Pourquoi les Chinois ont-ils choisi la grande plage d'El-Hamdania pour implanter leur mégaport ? s'interroge l'expert. "Pas de plage, pas d'estivants sur l'autoroute. Ainsi, l'autoroute sera réservée exclusivement au transport de leurs conteneurs vers l'Afrique", répond-il.
Le maintien du site choisi à l'est de la ville de Cherchell signifie la disparition de deux zones d'extension touristique (El-Hamdania et Oued Bellah) et leurs plages qui s'étendent sur une superficie de 142 000 m2. Ce qui fera disparaître aussi les criques, les 3 000 ha à haute valeur agricole et le patrimoine forestier, la faune et la flore, avec le déplacement et le recasement de plusieurs centaines de familles rurales dans d'autres régions. L'on doit évoquer aussi la menace de disparition des sites archéologiques visibles, des 24 canons du XVe siècle, immergés et la maison du célèbre musicien Mohamed Iguerbouchène, enfin la pollution marine suivie par la mise à mort de sa faune et sa flore halieutique.
Au-delà de ces aspects environnementaux, écologiques et historiques, ce mégaprojet révèle au grand jour les véritables intentions et appétences des Chinois. La Chine ambitionne de faire la conquête de l'Afrique pour ses matières premières et ses richesses. Cette conquête d'une partie de notre territoire, telle qu'envisagée par les Chinois, se fait à vrai dire, souligne Abdou Benachenhou, avec notre accord, puisque l'exploitation du port d'El-Hamdania avec ses zones industrielles, sera confiée aux Chinois après sa mise en service, pour une durée de 35 ans sans que l'Algérie ait un droit de regard.
Avec notre argent aussi, ajoute-t-il étant donné que le coût du projet qui s'élevait initialement à 3,6 milliards de dollars a été réévalué à près de 6 milliards de dollars comme l'a affirmé le ministre des Transports. Il sera financé par un prêt de la Chine à l'Algérie. Le dossier des Chinois était bien ficelé. Si l'on tient compte de toutes ces contradictions et ces irrégularités, le site d'El-Hamdania n'est pas le mieux indiqué pour implanter un mégaprojet de ce type. Il est encore temps d'éviter la destruction de ce site paradisiaque naturel, estime M Benachenhou.
Il existe d'autres sites plus judicieux en Algérie, à l'exemple de l'ouest de Ténès, pour désenclaver cette région restée vierge à ce jour et lancer une véritable industrie. Ce projet, faisant partie "de la nouvelle route de la soie" décidée par les Chinois, servira de mégaport de "transit" qui va surtout leur "permettre le transbordement des marchandises sur des navires courants accessibles à tous les ports d'Europe, pour optimiser ainsi les coûts du transport des marchandises fabriquées en Chine en les rapprochant des clients européens et africains, l'Algérie n'ayant pas la vocation de pays exportateur, à part les hydrocarbures", avoue-t-il. Ce n'est certainement pas la soie qui va transiter par ce port, mais plutôt les produits made in China.
Pour le choix du site, l'expert suggère celui d'un rivage de la mer peu profond. "C'est ainsi qu'on peut récupérer de la mer toute la surface nécessaire à la réalisation de ce mégaport qui va recevoir des cargos de plus en plus géants. Le tirant d'eau de ces cargos étant important, le volume impressionnant de déblais à récupérer du fond va permettre l'avancée sur la mer", explique-t-il. Par cette méthode, on ne touche pas à un mètre carré de surface agricole et on n'empiète pas sur le patrimoine forestier.
Vu ce principe, le choix de la plage d'El-Hamdania (plage mythique pour l'ensemble des habitants de 5 wilayas à la fois) sera une erreur grave pour ce projet, car très vite on atteint des profondeurs. Il est de ce fait primordial de revoir la conception de ce mégaprojet en réalisant des études plus fines qui prendront en considération tous les aspects liés à l'environnement, au patrimoine, à l'histoire, à l'économie... Ces études sont impératives pour ne pas commettre les mêmes erreurs que celles du projet de l'autoroute Est-Ouest dont les conséquences négatives demeurent encore visibles sur le terrain à chaque fois qu'un phénomène naturel se produit.
Badreddine KHRIS


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.