Les premiers groupes d'habitants des logements AADL, implantés dans le nouveau pôle urbain d'Ighzer Ouzarif, sur les hauteurs de la commune d'Oued Ghir, viennent de constater à leurs dépens l'échec de la politique de la ville mise en œuvre par les autorités publiques durant ces deux dernières décennies. Disposant d'un parc immobilier de 16 000 logements, toutes formules confondues, ce nouveau pôle urbain qui s'apprête à recevoir 80 000 habitants, selon les estimations des pouvoirs publics, souffre d'un déficit criant en matière d'équipements publics et de structures d'accompagnement. En effet, hormis trois écoles primaires qui devraient ouvrir leurs portes dès la prochaine année scolaire, aucun autre équipement public n'a été réalisé dans cette nouvelle ville. Une situation qui a d'ailleurs poussé les bénéficiaires des 3016 logements AADL, distribués le 15 mai dernier, à organiser, samedi 5 juin, leur première action de protestation sur le site. Outre ce déficit en matière d'infrastructures publiques, les premiers résidents de ce nouveau centre urbain se plaignent des odeurs nauséabondes et des fumées suffocantes qui se dégagent à longueur de journée de la décharge sauvage jouxtant le périmètre de leur cité. Il s'agit, en fait, d'un dépotoir à ciel ouvert qui reçoit quotidiennement les déchets ménagers de la commune d'Oued Ghir. C'est dire qu'en l'absence d'un centre de tri ou d'une déchetterie dans cette région, le problème de gestion des déchets ménagers se pose avec acuité et constitue un véritable casse-tête chinois pour les autorités locales. "C'est un problème qui dépasse les moyens de notre commune et les prérogatives de notre assemblée. L'implantation d'une déchetterie à Oued Ghir est une nécessité impérieuse, au regard du nombre d'habitants qui ne cesse de croître", affirme le président de l'APC d'Oued Ghir, Khaled Bestani. À noter que même le projet de la station d'épuration, prévu dans ce nouveau pôle urbain, demeure en stand-by. Les habitants protestataires, qui se sont mobilisés ce week-end pour un rassemblement pacifique sur le site de la décharge publique controversée, ont exprimé leur mécontentement quant à l'absence de moyens rudimentaires dans leur cité. Du coup, ils dénoncent la fuite en avant des autorités publiques qui peinent à achever les projets inscrits sur la fiche technique de ce pôle urbain. Ils réclament entre autres la réalisation en urgence d'une polyclinique, d'une sûreté urbaine, d'une agence postale, ainsi que les deux CEM, les deux lycées et les quatre autres écoles primaires prévus sur le site d'Ighzer Ouzarif. "Le comble, on n'a même pas pensé à dégager une assiette de terrain pour servir de lieu de sépulture aux futurs habitants de cette nouvelle agglomération", déplore-t-on. Les contestataires exigent en priorité la délocalisation immédiate de la décharge sauvage qui pollue leur environnement. Une doléance à laquelle les autorités locales n'ont pas de solution idoine, du moins dans l'immédiat, en l'absence d'un lieu adéquat pour accueillir un centre de tri des déchets ménagers. Il faut dire que depuis la fermeture du CET de Sidi Boudrahem en juillet 2018 par l'ex-ministre de l'Environnement et des Energies renouvelables, Fatma Zohra Zerouati, sous la pression de la population locale, la ville de Béjaïa et les communes limitrophes croulent sous les ordures ménagères, et le nombre de décharges sauvages ne cesse de se multiplier sous le regard complice des pouvoirs publics.