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Rush sur l'agence locale de l'emploi
BORDJ BOU-ARRERIDJ
Publié dans Liberté le 22 - 02 - 2022

Longues files, bousculades, lenteur de la procédure d'inscription..., les prétendants à l'allocation chômage sont contraints de subir une épreuve pour s'inscrire auprès de l'Anem.
Très tôt, hier matin, des chômeurs bordjiens ont pris d'assaut le siège de l'Agence locale de l'emploi (Anem) afin d'espérer une inscription sur la liste des bénéficiaires de la nouvelle allocation chômage. Suite à l'annonce du président Tebboune, l'afflux aux bureaux de l'Anem ont triplé, non pas pour chercher un travail, mais pour toucher l'allocation chômage que certains jugent "respectable" et d'autres "insuffisante".
Il est 9h. Quartier Koucha, en plein centre-ville de Bordj Bou-Arréridj, qui abrite les locaux de l'Anem. La foule est déjà là depuis 7h. Les chômeurs sont venus des quatre coins de la wilaya. Sur le trottoir, deux files se sont formées, l'une pour les femmes et l'autre pour les hommes. La plupart ne portent pas de masque et il n'y a aucun respect de la distanciation.
Il faut dire que cette agence, avant-hier, avait été prise d'assaut par une grande foule. Certains demandeurs dénoncent l'accueil qui reste limité et sans communication. "Ils auraient dû penser à un bureau d'orientation ou de régulation du flux, afin d'éviter ces longues heures d'attente", suggèrent-ils. Ces demandeurs sont soit des diplômés chômeurs, soit des demandeurs de titularisation, ou encore des chômeurs sans diplôme qui ne sont munis que de leur carte d'identité.
Des jeunes ont à la main le dossier d'inscription à déposer aux services de l'Anem, chacun se grouille pour ne pas rater l'inscription avant le mois de mars. Ils veulent être parmi les premiers à toucher cette allocation, en mars prochain.
"Nous ne voulons pas rater un mois de cette allocation", disent ces demandeurs. Avec le temps, le flux des chômeurs augmente. "Et recevoir toute la foule en cette journée est impossible car le rythme d'accueil est lent", dit ce père qui vient de déposer sa fille, titulaire d'un mastère 2 en communication.
"Je ne pensais pas trouver autant de monde. Je ne suis pas sûr qu'elle puisse passer aujourd'hui. Je vais rentrer et revenir la chercher en fin d'après-midi en espérant qu'elle aura eu la chance de rentrer aujourd'hui, sinon, je serai obligé de revenir demain, mais cette fois de bonne heure", ajoute-t-il.
Devant la porte de l'agence, des policiers affectés sur les lieux assurent l'ordre et font respecter la priorité. "Nous sommes là pour éviter tout débordement et faire respecter l'ordre", dit un des agents. "Ils sont ici pour éviter les débordements, comme ceux d'avant-hier", dira un des jeunes chômeurs qui, avant-hier, n'a pas réussi à entrer dans l'agence.
"Nous attendons depuis 7h et je pense que je n'aurai pas de chance aujourd'hui aussi car il y a beaucoup de monde avant moi et la cadence de réception est loin de satisfaire tout ce monde", a-t-il ajouté.
"Nous sommes exposés au froid glacial de la matinée et à la forte chaleur de la journée, sans pouvoir ni manger ni sortir de la file pour assouvir un besoin pressant, de peur de perdre notre place", dit un jeune chômeur, qui précise qu'il n'est pas sûr de passer devant l'employé de l'Anem.
La plupart les gens que nous avons rencontrés sur les lieux viennent mettre à jour leur dossier ou ajouter leurs noms aux listes des candidats à bénéficier de l'allocation chômage et d'autres pour se renseigner.
Discrètement, les langues se délient. "Nous voulons un gagne-pain permanent pour pouvoir survivre et espérer se marier et fonder aussi un foyer !", souligne un jeune rencontré dans la file d'attente.
"Sincèrement, cette allocation va juste me permettre de ne pas demander de l'argent de poche à des parents", dit Moussa, diplômé en biologie depuis deux ans, mais sans emploi. Une jeune fille, diplômée en droit, se demande si cette allocation de chômage durera dans le temps ou sera simplement occasionnelle.
"Les diplômés en droit n'ont pas beaucoup de débouchés, alors leur durée de chômage est plus longue", ajoute-t-elle. "Moi, j'ai 32 ans, je suis chômeur et père de 3 enfants. J'habite chez mes parents et je n'arrive pas à subvenir aux besoins de ma famille. C'est grâce à la retraite de mon père que mes enfants ne meurent pas de faim. J'ai besoin d'un emploi durable et non de 13 000 DA", rappelle ce père de famille. Il n'est pas le seul à préférer un emploi durable avec ces 13 000 DA.
Debout en face de l'agence, des parents observent la scène. "Nous aussi, nous souffrons de cette attente depuis 7h", dit cette mère venue avec sa fille depuis Djaâfra, à une cinquantaine de kilomètres au nord du chef-lieu de la wilaya.
"Ma fille a fait l'université. Elle en est sortie major de promotion. Mais depuis 4 ans, elle cherche un emploi. En vain", explique la maman qui a ajouté que même les demandes de mariage se font rares à cause du chômage. "Comment voulez-vous qu'ils fondent un foyer sans avoir un emploi ?", ajoute-t-elle.
Une autre maman, la mine défaite, explique que sa fille, même avec un diplôme universitaire, cherche n'importe quel poste. "Avec le salaire de son père, ouvrier dans une entreprise privée, nous n'arrivons pas à joindre les deux bouts. Nous sommes endettés et nous avons besoin de cette allocation chômage", tient-elle à nous dire.
Nous avons essayé de prendre les déclarations et les explications de la direction locale de l'Anem. En vain. "Le directeur est en réunion avec le ministre et les employés sont occupés", nous dit un agent de l'Anem qui a même refusé que nous parlions à la secrétaire ou à un des chefs de service.
En attendant l'ouverture de la plateforme numérique, le 25 février, annoncée par le ministre de l'Emploi, du Travail et de la Sécurité sociale, Youcef Chorfa, pour contacter les chômeurs inscrits à l'Anem, les nouveaux inscrits espèrent que les autorités revoient leur copie de l'obligation d'être inscrits comme chômeurs primo-demandeurs d'emploi auprès des services de l'Agence depuis au moins six mois.
"Nous sommes tous des chômeurs, inscrits ou pas à l'Anem. Il faut faire bénéficier tous les chômeurs", précise un groupe de jeunes. "Moi, j'attendais le concours de doctorat et en plus, il y a des centaines de chômeurs qui attendaient avant moi", explique ce jeune qui vient de soutenir.
Avant de quitter les lieux, des jeunes chômeurs nous ont invités à rester toute la journée avec eux pour vivre leur quête d'un emploi ou d'une aide. "Il est impossible d'améliorer les relations entre les individus et entre citoyens et administration, pour le bien de la société si on ne comprend pas les problèmes auxquels les autres sont confrontés", dit un passant qui ressent de l'empathie pour ces chômeurs.

Chabane BOUARISSA


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