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Témoignage
Publié dans La Nouvelle République le 21 - 04 - 2013

«La révolution algérienne restera toujours une histoire à la richesse infinie et aux péripéties insoupçonnables, dont les acteurs connus et le plus souvent méconnus, voire inconnus, auront été les véritables artisans de sa portée, de ses succès, de son retentissement jusqu'à la libération finale du pays».
Comment parler de tortionnaires sans parler de ceux qui ont armé leur bras qui leur donnaient carte blanche et feu vert, qui couvraient leurs crimes qui permettaient à leurs délires racistes de dépasser les actes les plus barbares d'une sauvagerie stupéfiante. Le moudjahid Boudjemâa Annabi témoigne sur les techniques de torture de Roger Fleury, si ce dernier soupçonnait quelqu'un de militantisme, il le pressait jusqu'à la dernière goutte. A l'entrée de la salle de torture, il nous disait : «Dieu et Mohamed laisse-les dehors, ici c'est la France». Il nous passait un manche de pioche sous les jambes et nous entravait les mains à chaque pied, nous plaçait une planche qu'on mettait dans l'eau de sorte que le bout e la planche nous cisaillait le bas de la tête. Un tortionnaire était à la tête du supplicié, l'autre à ses pieds. Il fermait la bouche du prisonnier avec un chiffon, il en faisait de même pour les yeux et disait : «Si tu veux parler, tu n'as qu'à lever un doigt de la main ou nous faire signe du pied». Et ils commencent à frapper le prisonnier avec des bâtons spéciaux. Après les coups de bâtons, le supplicié est passé à l'électricité. «Je levais mon doigt uniquement pour avoir un instant de répit et la torture reprenait». Bref, une torture sauvage qui ferait parler une pierre. Quand ils n'obtenaient pas de résultats, le prisonnier était conduit au bassin d'eau. On l'entend, un tortionnaire de chaque côté de la planche, on le met dans l'eau, ils se munissent d'un tuyaux d'eau et du savon. On te répète : «Si tu veux parler, tu n'as qu'à lever le doigt ou le pied», puis on le laisse la tête surnagée. Le plus fort des tortures, c'est après minuit. Le sanguinaire Roger Fleury ramène son chien et lui ordonne de mordre le prisonnier là où il veut : au cou, au ventre, au pied, etc. Un moment, le chien tire et eux de leurs côtés frappent, puis le retournent pour encore frapper encore puis s'asseyent sur lui, s'allument des cigarettes pour le brûler aux yeux, au visage et toute la partie supérieure. Puis commencent à le taillader avec une lame gilette et lui disent : «Tu avoues ou non ! Tu lèves ton doigt uniquement pour te reposer» et ils recommencent. «Connais-tu Bousmaha, ou un tel de l'ALN qui ramasse les fonds, le ravitaillement, où se réunissent-ils». Qui vient chez Roger Fleury peut dire que le colonialisme dans son ensemble l'a torturé. «Je suis resté 15 jours sous la torture». C'est toujours après minuit que Roger Fleury tuait. S'il appelait l'un d'entre nous à cette heure, nous savions que c'était la fin pour lui et que nous ne le reverrons plus jamais. Il se levait, nous disait : «Adieu mes frères et vive l'Algérie libre et indépendante». Un autre témoignage d'un moudjahid en l'occurrence, Kaddour Ferrah, arrêté en janvier 1959, a eu un frère tué, il nous relate l'importance de Roger Fleury dans le réseau des renseignements qu'il a implanté. «Il avait des renseignements suffisants concernant la ville de Berrouaghia». Ils m'ont arrêté, après une action où nous avions tué un harki. Ils avaient arrêté mon frère, puis moi, ils m'ont montré le cadavre mutilé de mon frère et m'ont dit : «Tu parles, sinon tu vas subir le même sort que lui». Je leur ai dit : «Je suis entre vos mains, faites ce que bon vous semble». Juste à côté, une cave a été aménagée en espèce de four, où étaient brûlés les prisonniers. C'est là que les patriotes étaient ébouillantés. La veille, huit militants y ont été tués. Nous avons été vendus et nous avions beaucoup de chefs d'accusation, c'est pour cela que nous avons été emmenés par la police judiciaire de Médéa, c'est ce qui nous a sauvés. Parmi les chouhada de la veille, je peux citer Abdelkader Abbas, Boualem Bendriss, Djillali Mahdjoub, Ali Mokhtar Benkaoud, Ali Ould Garmia et autres, sans oublier les trois condamnés en l'occurrence Boualem Lachemet, Mohamed Sahnoun et Attalah Mohri, exécutés un certain 14 juillet 1959 (le jour de la fête nationale française instituée en 1880) et surtout le cas du chahid Abderrahmane Khelladi, égorgé par Roger Fleury avec le couvercle d'une boite de conserve, crime qu'il a fait passer pour «suicide». Un autre témoin du Moudjahid Boukhari Driss : «La veille de Noël de l'année 1958, Roger Fleury a regroupé des jeunes couples français pour, dit-il, leur offrir un spectacle. Il a jeté un jeune militant algérien dans un fût d'eau bouillante». Un autre moudjahid Belkacem Fergani, prisonnier le 21 mars 1957, nous retrace les traits dominants de la personnalité de Roger Fleury. Combien a-t-il tué de citoyens ? «C'est un tortionnaire. On ne peut évaluer avec précision le nombre de tués de ses propres mains». Belkacem Fergani estimera que Roger Fleury agissait en marge des lois établies par l'administration. En dehors du fait qu'il inspirait la terreur, il utilisait la violence uniquement et a réussi à s'occuper, lui seul, des affaires des gens. Il ripostait, en procédant à des massacres collectifs. Beaucoup de prévenus revenaient sur leurs déclarations arrachées sous la torture, une fois devant le juge chargé d'instruire leur affaire. Faisant fi des lois de la justice, de la magistrature, Roger Fleury faisait ressortir le prévenu de chez le juge pour le ramener à la salle de torture, on le torturait sur place. Il rappelle les compagnons d'Ain-Boucif, torturés puis ramenés devant le juge et refusant toujours d'avouer ce qui leur était reproché. Roger Fleury les torturait de nouveau chez le juge ! Il s'en est trouvé qui ont avoué ce que Roger Fleury voulait qu'ils avouent et ont été condamnés à mort ou à perpétuité. Une telle situation a duré des jours à Ain-Boucif. Donc torture sur torture. La violence une seconde fois. Des officiers, d'autres autorités ne pouvaient rien contre lui. Ses tortures sont d'une cruauté particulière. Des brigades spéciales exécutaient de nuit les ordres de Roger Fleury. Ils prenaient des groupes de cinq, dix personnes ou plus, les emmenaient sur la route de Fernane, Mongorno, djebel Sebbah, c'est-à-dire dans les environs de la ville de Berrouaghia à la sortie ou l'entrée de la ville et les exécutaient. Les cadavres restaient exposés en ces endroits pour renforcer la terreur des populations. Nous avions plus peur de Roger Fleury que de la police judiciaire ou de la DST. venus de Médéa après une action de l'ALN. Roger Fleury choisissait lors d'une rafle un groupe et l'exécutait. L'armée qu'il avait constituée était difficilement estimable car «elle se manifestait surtout la nuit». Elle était composée d'européens et de harkis. Lui, le simple adjudant de gendarmerie, avait plus d'importance que les capitaines et officiers de l'armée française et inspirait plus de terreur. Il le savait et s'en servait. Il savait qu'il était soutenu par plus haut, c'est pourquoi, il agissait avec impunité. Il s'occupait des grosses affaires et là où il fallait faire disparaître les patriotes, les militants on faisait appel à lui de partout. Il était l'exécuteur des basses œuvres et très informé sur ce qui se passait dans la région. Roger Fleury aura recours par la suite à des nombreuses autres ruses de guerre. Pour tromper la confiance des populations, il usait des stratagèmes de l'ALN : il frappait de nuit aux murs et aux portes pour demander de la nourriture. Malheur à qui ouvrait ! Un autre témoin oculaire Abderrahmane Bentaleb, arrêté lors d'une rafle. Il parle très sobrement. Il se rappelle encore. «Ils m'ont emmené au centre Vigneau à Ben-chicao. Ce champ était une annexe de la gendarmerie de Berrouaghia. Roger Fleury inspirait une terreur telle que l'on n'osait pas le rencontrer et dans la rue on changeait de trottoir», et d'ajouter «aucune personne ne pouvait traverser le trottoir de la gendarmerie de Berrouaghia, il a même interdit aux Algériens demeurant tout près de la brigade d'ouvrir à jamais les persiennes des fenêtres donnant sur les locaux de la gendarmerie».

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