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Faut-il se méfier du Qatar ?
Publié dans La Nouvelle République le 18 - 08 - 2013

La «pièce d'or» qui survole plusieurs continents serait souvent trompeuse. Le Qatar, une marque qui séduit, provoque et donne une envie de se coller à elle et de bénéficier de son ombre.
Le Qatar a ses outils de marketing qu'il sait utiliser pour se faire imposer et convaincre ses partenaires. Faut-il jouer au pile ou face avec ce pays ? La question aurait pu être posée par le footballeur franco-algérien Zahir en litige avec son club d'Al-Jaish au Qatar, avant son engagement. Belounis, joueur de 33 ans, aujourd'hui trahi par son club, ne perçoit pas un centime depuis 21 mois (nous avions révélé dans l'une de notre édition son triste sort). Il vient de décider, malgré sa crise financière de confier son dossier à Me Franck Berton, un avocat de renom, lui qui s'était occupé de Florence Cassez lors de sa détention au Mexique. Zahir Belounis passe des nuits blanches. Il est pris en otage, plutôt séquestré au Qatar par son club d'Al-Jaish qui refuse de le payer depuis plus de deux ans. 2007 est l'année de son recrutement par le club de division 2 où il devient acteur et meneur de jeu très apprécié. Bloqué à Doha (Qatar) avec sa femme et ses deux filles, il continue de se battre pour récupérer son salaire mais pas à la manière que veulent lui imposer les Qataris qui le tiennent en otage, «je ne signerai aucun document que les dirigeants du club veulent m'imposer pour obtenir le bon de sortie de leur territoire.» Dans une interview accordée à un journal en mars 2013, il déclarait, «j'ai signé avec Al-Jaish en 2007. A la fin de mon contrat en 2010, j'ai dit aux dirigeants de l'époque que je partais. Ils voulaient que je revienne. J'ai accepté. J'ai fait part de mes prétentions et ils m'ont fait signer un contrat de cinq ans, avec un salaire revu à la hausse. Le club était en Division 2 avec l'ambition d'accéder en D1. Ce que nous avons réussi, j'étais alors capitaine de l'équipe. Pour le séduire et le faire jouer dans le cadre de la Coupe du monde militaire au Brésil prévue l'été 2011, il lui fallait la nationalité qatarie, ce qu'il obtient. Coup de théâtre à son retour de Viennes, les dirigeants décident de le retirer de la liste des joueurs retenus pour la Coupe du monde. Ils recrutent trois étrangers dont Karim Ziani (Algérie). «Quand je reviens, un peu inquiet, car seuls trois étrangers par club sont autorisés, on me dit qu'on va me prêter en D2, à Al-Markhya. A la fin de mon prêt, j'ai attendu et j'ai demandé à être payé», mais Youssef Dasmal, le directeur sportif d'Al-Jaish, déclare que sa situation vis-à-vis du club a été régularisée et qu'il a été toujours payé. «Faux ! J'ai un contrat valable jusqu'au 30 juin 2015. Ce contrat, ils ont réussi à me le subtiliser.» Menacé, sa fille non scolarisée, sa femme au bord d'une crise et un pays qui le «séquestre», Belounis se retrouve ainsi coincé à ce jour à Doha sans «permis de sortie» du territoire que délivre l'employeur. Le 23 juin dernier, le joueur rencontre, selon Jeune Afrique, le président français Hollande, lors d'une visite officielle au Qatar. Il l'assure que son dossier était suivi de près. «Je crois toujours à ce que m'a dit le président de la République qui s'était montré rassurant mais depuis notre entrevue, je n'ai pas eu de nouvelles. Mais entre l'intérêt économique français et Belounis, le choix est clair... En attendant, un autre cas similaire apparaît sur les médias. L'ancien international marocain Abdeslam Ouaddou livre, lui aussi, bataille au club Lekhwiya. Il décide de saisir la Fifa pour non-respect des obligations contractuelles de Lekhwiya, son ancien club au Qatar. La FIFA va même au secours de ce pays. La preuve : «On m'a appelé deux fois pour me dire que je m'attaquais à des gens puissants, que je devais faire attention», assure Abdeslam Ouaddou (34 ans). Mais ces menaces échouent devant un Maghrébin qui décide de poursuivre sa lutte jusqu'à obtention de ses droits auprès des deux clubs où il a joué, Lekhwiya et Qatar SC. «Les Qataris veulent se donner une image de respectabilité de château de sable. Ils investissent dans de nombreux pays, mais chez eux, les contrats ne veulent parfois pas dire grand-chose. Sous prétexte qu'ils ont de l'argent, certains pensent avoir tous les droits !», s'emporte-t-il. L'histoire avait pourtant bien débuté. «J'étais libre et Lekhwiya – qui appartient au Cheikh Tamim ben Hamad Al Thani, émir héritier du Qatar, Ndlr – m'a proposé en juin 2010 un contrat de deux ans, avec un an de plus au cas où on termine dans les quatre premiers. Nous avons été champions du Qatar, mais à partir de l'été 2011, ça a commencé à se compliquer.» Même scénario que Zahir Belounis, Ouaddou apprend qu'il est prêté au Qatar SC, un autre club de Doha également propriété de la famille Al Thani. «J'ai été déplacé plutôt que prêté, puisqu'il n'y a pas eu de document officiel disant que c'était un prêt ou un transfert. On ne m'a pas demandé mon avis. J'ai expliqué que j'étais venu pour jouer à Lekhwiya, on m'a répondu que l'ordre venait du cheikh Al Thani et qu'on ne discutait pas ses ordres», ajoute t-il avant d'enchaîner, «pendant un an j'ai joué et mon salaire était payé par Lekhwiya. Mais au début de la deuxième saison au Qatar SC, le club a engagé un Iranien et voulu se séparer de moi. C'est comme ça au Qatar : on vous jette pour un oui ou pour un non...» Ecarté de l'équipe première, obligé de s'entraîner seul sous le soleil de plomb de Doha pendant que le reste de l'effectif était en stage de reprise en Espagne, Ouaddou commence à ne plus percevoir son salaire à partir de juillet 2012. «J'ai déposé une plainte devant la Fifa. Ils ont menacé de ne pas m'accorder mon visa de sortie du pays, j'ai alors répondu que j'allais saisir la Fédération internationale des ligues des droits de l'Homme, et ils m'ont laissé partir, en me disant qu'à la Fifa, ils étaient puissants et que ma plainte mettrait cinq ou six ans à aboutir. Ils me doivent au total un an de salaire. Ce qui est fou, c'est qu'ils dépensent des milliards d'un côté pour leur business ou leur image, et de l'autre, ils ne sont pas capables d'honorer des contrats, où parfois, les sommes en jeu ne sont pas énormes.» Il assure par ailleurs qu'il n'est pas le seul joueur à voir ses droits contractuels piétinés, mais certains n'osent pas parler, de peur d'être bloqués là-bas. D'autres préfèrent partir, avec une petite indemnité et passer à autre chose. C'est ce qu'a fait notamment, Jean Godefroy, l'ancien préparateur physique français de Lekhwiya, remercié en octobre dernier lors de l'arrivée d'Eric Gerets et de son staff technique, qui a préféré accepter un chèque plutôt que de s'engager dans une procédure aussi longue qu'incertaine.»

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