Annoncé officiellement, c'était un grand évènement, c'était un grand rêve qui dopait notre moral. L'Algérie, avec ses programmes industriels, ou plutôt d'industries industrialisantes, s'était fixé l'horizon 1980 pour atteindre le niveau économique de l'Espagne. On devait même fabriquer notre première voiture nationale, la Mina 4. 32 années plus tard, ni voiture, ni niveau de développement espéré. Ce n'est pas la fin d'un rêve, c'était la fin d'un grand rêve. On parlait beaucoup de socialisme utopique. Début des années 80, l'Algérie était trop loin d'atteindre le niveau officiellement fixé. Oui, hamdoullah, l'Algérie n'avait pas de problèmes, Heureusement d'ailleurs, car un pays qui n'a pas de problèmes n'est pas un pays. On dit que la décennie 80 est une décennie noire. C'est la résultante des deux décennies précédentes ou plutôt la suite logique. On avait enlevé toute chance que le privé existe et se mette sous le service du développement. Un enrichissement par l'investissement productif est sain. Maintenant l'enrichissement est acquis sur la base de la spéculation, des importations. Il n'y a pas de bourgeoisie industrielle comme en Europe, celle qui avait développé l'Europe. Non pas qu'il n'y eut pas eu de grandes réalisations, mais nous en sommes encore à travailler avec l'argent public. L'enrichissement d'un certain type de privés s'est fait sur la base de la dépense publique dans un contexte où il n'y a pas d'éveil sur la conscience de «contribuable». On voit que tout s'achète avec les devises provenant de la vente des hydrocarbures, ce qui ne fait pas bouger le «contribuable», c'est-à-dire nous. Le développement se fait par le privé, mais chez nous, il ne s agit pas d'un privé qui a acquis sa fortune sur la base de l'investissement mais sur la spéculation et fatalement, les réflexes vont vers les importations. Un importateur ne peut investir que dans ce qu'il sait, à savoir les importations.