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Scientifiques et militants en appellent à l'Unesco
Publié dans La Nouvelle République le 20 - 03 - 2017

Des défenseurs de l'écosystème marin sont venus jusqu'à Paris pour demander à l'organe culturel de l'ONU d'intervenir pour sauver ce site.
La Grande Barrière de corail se porte très mal. Quelques scientifiques et militants sont venus d'Australie jusqu'à Paris pour lancer cet appel en guise de piqûre de rappel à destination des membres de l'Unesco, l'Organisation des nations unies pour la science, l'éducation et la culture. Si le rapport publié vendredi 10 mars leur est d'abord destiné, c'est que ce joyau de la nature est classé, par leurs soins, au Patrimoine mondial de l'humanité depuis 1981.
A travers eux, les membres de l'ONG EarthJustice accompagnés du cabinet d'avocat Environmental Justice Australia espèrent pouvoir être entendus du gouvernement de Camberra. Il est urgent que celui-ci agisse en faveur de la protection du plus vaste récif corallien au monde. Long de 2 600 kilomètres, celui-ci borde la côte nord-est du pays dans l'Etat du Queensland.
Tourisme et charbon, le paradoxe du Queensland
Déjà en mauvais état, la Grande Barrière est menacée par le développement des énergies fossiles, auquel les autorités australiennes n'ont pas renoncé. Les auteurs du rapport dénoncent les feux verts donnés à l'exploitation de nouvelles mines de charbon, en particulier le « méga-projet » du groupe indien Adani à Carmichael.
Les émissions de gaz à effet de serre qui émaneront de cette mine pourraient s'élever à 79 millions de tonnes par an, soit plus que la ville de New York. Et il est prévu de réaliser des infrastructures supplémentaires pour exporter le minerai : l'extension d'un port en particulier menace directement l'écosystème marin.
« La Grande Barrière de corail devrait figurer sur la liste du patrimoine naturel mondial en danger ! lance Noni Austin, avocate pour l'environnement et coordinatrice de projets pour Earthjustice. L'Unesco a le pouvoir et la responsabilité d'agir, elle devrait user de son influence sur les gouvernements pour les inciter à respecter leurs engagements, assure-t-elle. Cette institution internationale a défini des critères qui devraient conduire au déclassement. Dans notre rapport précédent de 2015, nous avons montré que la Grande barrière en remplit cinq. »
Ce risque aurait pu l'inciter à changer d'attitude vis-à-vis du récif. Pour un pays développé comme l'Australie en effet, perdre le prestigieux label de l'Unesco constituerait un affront. Or, à la surprise générale, en mai 2016, la Grande Barrière ne figurait pas sur la liste des sites classés au Patrimoine Mondial de l'Humanité actuellement menacés.
93 % des coraux ont blanchi
La question du changement climatique ne semble pas avoir plus d'impact sur la politique de l'Australie, bien qu'elle se soit - modestement - engagée dans l'Accord de Paris à réduire ses émissions de gaz à effet de serre. Le pays base toujours son économie sur les énergies fossiles. Même l'attrait touristique de la Grande Barrière ne semble pas faire le poids face au charbon. Cette merveille naturelle fascine pourtant : elle reçoit la visite de près de 2 millions de touristes par an, ce qui génère environ 3,5 milliards d'euros de revenus.
« En mars 2016, 93 % des coraux du récif ont blanchi et 22 % sont morts, témoigne David Karoly, de l'université de Melbourne, expert des questions climatiques. C'est le pire épisode de blanchissement jamais observé ». La situation s'empire. Le WWF vient d'annoncer que le récif subit actuellement une quatrième vague majeure de blanchissement. Les responsables de ce désastre sont connus : activités anthropiques polluantes, réchauffement de l'eau et acidification des océans.
Les colonies de polypes - ces petits animaux marins sédentaires qui constituent le récif corallien - sont très sensibles à la température de l'eau. Lors de coups de chauds, comme celui dû à El Nino en 2016, ils expulsent les algues qui vivent dans leurs tissus. Or cette symbiose est vitale. Sans les algues, les polypes sont incapables de produire les squelettes osseux qui forment le récif. Seule leur carcasse blanche persiste alors.
A l'est de l'Australie, c'est tout l'écosystème marin qui est gravement menacé. Les 1 500 espèces de poissons qui évoluent en symbiose avec les 400 espèces de coraux de la Grande Barrière seraient inévitablement affectées par l'extinction du récif. « Cela représente une perte inestimable de biodiversité » souligne le chercheur.
La dégradation de la Grande Barrière illustre de façon spectaculaire la catastrophe qui touche en fait une grande majorité des récifs coralliens autour du globe. David Karoly prévient que cette situation critique pourrait entraîner leur disparition massive d'ici 2050. Il glisse cependant une note d'espoir : un réchauffement climatique limité à 1,5°C maximum permettrait peut-être aux coraux de retrouver leur vitalité. « Mais cette résilience, affirme-t-il, ne pourrait opérer que sur un très long terme, sur des centaines d'années. Au regard des décisions politiques, la situation risque d'empirer tout autour du globe avant de s'améliorer ». Peut-être.
Année noire pour la Grande Barrière de corail
Dans sa partie nord, le joyau australien a perdu 67 % de ses coraux sous l'effet du réchauffement des eaux. L'année 2016 s'est avérée catastrophique pour la Grande Barrière de corail, au large de l'Etat du Queensland, dans le nord-est de l'Australie. En mars et avril, elle a été victime du pire épisode de blanchissement de coraux jamais enregistré. Un phénomène provoqué par la hausse de la température de l'eau.
Les scientifiques étaient peu optimistes, mais espéraient que des coraux pourraient s'en remettre et survivre. On sait désormais que la partie nord de la Grande Barrière a été dévastée sur 700 kilomètres : elle a perdu en moyenne 67 % de ses coraux en quelques mois, selon le Centre d'excellence pour les études sur les récifs coralliens de l'université James-Cook dans le Queensland.
« Dans les zones les plus affectées, les coraux qui étaient très colorés sont devenus très blancs lors du blanchissement. Ceux qui sont morts sont maintenant ternes, marrons. Ce ne sont plus que des squelettes et on se croirait dans un cimetière », décrit Terry Hughes, directeur de ce centre de recherche. La partie nord de la Grande Barrière est la plus touchée. Il y a un an encore, elle était au contraire la plus intacte, car elle se trouve au large d'une zone peu habitée et donc à l'écart des activités humaines comme l'agriculture. A Lizard Island, où travaillent des chercheurs venus du monde entier, entre 75 % et 90 % des coraux sont morts.
Quatrième épisode de blanchissement ?
La Grande Barrière de corail, longue de 2 300 km, est le plus grand ensemble corallien du monde. Elle est inscrite au Patrimoine mondial de l'humanité. Avec la mort des coraux, de nombreux animaux perdent leur habitat, ce qui affecte l'ensemble de l'écosystème. Par chance, le blanchissement n'a pas touché aussi violemment les parties centrale et méridionale de la Grande Barrière, par ailleurs les plus touristiques. En moyenne, 6 % des coraux blanchis sont morts au centre et seulement 1 % dans le sud, selon le centre de recherche.
Le blanchissement est dû à une hausse durable de la température de l'eau. Au nord, elle a atteint des records : jusqu'à deux degrés de plus que les températures maximales estivales, selon Terry Hughes. Cette hausse provoque l'expulsion par les coraux des algues qui leur donnent leur couleur et leurs nutriments. Le premier épisode de blanchissement à grande échelle a eu lieu en 1998 et le second en 2002.
Le réchauffement climatique est accusé d'être à l'origine de ce phénomène, aussi bien par les ONG, les scientifiques que le gouvernement australien. Il faudra au moins dix ou quinze ans pour que de nouveaux coraux remplacent ceux qui n'ont pas survécu au blanchissement, selon les scientifiques. Mais un quatrième épisode de blanchissement pourrait compromettre ce long processus.
La Grande Barrière ne souffre pas seulement du blanchissement : elle a déjà perdu la moitié de ses coraux en trente ans, principalement dans le sud et le centre. Les activités agricoles nuisent à la qualité de l'eau, à cause de l'écoulement des engrais dans la mer. Cela favorise le développement d'une étoile de mer invasive, l'acanthaster, qui fait des ravages dans les récifs coralliens.
Insatisfaction
La Grande Barrière de corail attire jusqu'à 2 millions de touristes par an et rapporte environ 5 milliards de dollars australiens (3,5 milliards d'euros) chaque année. L'Australie s'est engagée en 2015 à protéger ce joyau dans un plan qui prévoit toute une série d'actions d'ici à 2050. Plus de 2 milliards de dollars devraient être investis avant 2025, notamment pour améliorer la qualité de l'eau. Mais cela ne satisfait pas les scientifiques et les ONG. Ils reprochent à ce plan de ne pas répondre à la première menace pesant sur la Grande Barrière : le changement climatique.
« Nous pensons qu'un plan crédible doit d'abord s'attaquer au réchauffement climatique. Cela commence par une interdiction des mines de charbon », a déclaré Shani Tager, de Greenpeace. Mais l'Australie, deuxième exportateur mondial de charbon, continue de défendre la plus polluante des énergies fossiles. Canberra devrait exposer son plan à l'Unesco, jeudi 1er décembre, pour informer l'agence onusienne des progrès réalisés. En juillet 2015, la Grande Barrière de corail avait évité de justesse un classement dans le « patrimoine en péril » de l'Unesco. Mais c'était avant cette année noire.


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