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Dans la littérature et l'Histoire
Publié dans La Nouvelle République le 13 - 11 - 2018

Elle s'est libérée elle-même, par son courage, son goût du risque et ce, malgré le mépris et l'exploitation inhumaine dont elle a été l'objet, depuis les origines.
«Un homme de ta condition sociale ose parler de la femme, dans un village où les traditions sont l'affaire des sages», tels sont les propos d'un vieux barbon n'admettant aucune transgression et s'adressant sur un ton de colère à un jeune professeur qui venait de faire une conférence sur l'émancipation de la femme devant un nombreux public. Cela a eu lieu bien avant la révolution et à une époque où on avait du mal à admettre les filles sur les bancs de l'école. On peut ajouter que c'était de la prémonition. Heureusement qu'il y a eu la guerre de libération à laquelle un grand nombre de femmes se sont sacrifiées corps et âme.
Ainsi en participant à la libération du pays, la femme algérienne s'est libérée d'elle-même du joug colonial et du joug de l'homme dominant depuis la nuit des temps. Ceux qui ont vécu l'enthousiasme qui a suivi la libération en 1962, doivent se rappeler du geste symbolique fait par la femme en jetant son voile traditionnel de la soumission, pour rentrer dans le monde moderne. Et à partir des années qui ont suivi l'indépendance, elle a confirmé ses qualités de guerrière, à l'école, au lycée, puis à l'université où elle a décroché des diplômes par sa ténacité dans le travail, malgré son état d'infériorisée par rapport aux garçons.
La femme dans la littérature
C'est grâce à sa persévérance dans le travail qu'elle a acquis un niveau suffisant qui lui a permis d'avoir une plume facile et un style personnalisé. Des femmes écrivains, l'Algérie en a eu beaucoup en arabe et en français. Celles-ci sont de la nouvelle génération et ont dû affronter des montagnes de difficultés, mais jamais elles n'ont eu à renoncer à leur projet de se libérer du carcan des traditions rétrogrades ou du joug de l'homme oppresseur. Beaucoup d'éléments féminins ont même décroché ou mérité des diplômes de haut niveau universitaire. C'est le cas de Nadia Mohia, sœur du mathématicien Mohia, devenu dramaturge malgré lui.
Nadia est titulaire d'une thèse de doctorat en psychopathologie et psychanalyse soutenue à l'université de Paris. Elle mérite pleinement le titre pour avoir été l'auteur d'une quarantaine de publications internationales. On ne connaît pas tous les noms des femmes de plume célèbres, que celles dont on n'a pas cité le nom nous excusent ! Celles qui nous viennent à l'esprit parce qu'elles reviennent souvent sur les pages de journaux sont : Fatéma Bakhaï, Nina Bouraoui, Leïla Sebbar, Nadia Agsous. Et il y en a beaucoup d'autres qui ont réussi à s'imposer par l'écriture, à l'image de Aïcha Lemsine avec son roman «La chrysalide» édité dans les années 70.
A côté de ces écrivaines de la nouvelle génération, il y a les pionnières de la littérature algérienne à l'exemple d'Assia Djebbar, seule Maghrébine élue à l'Académie française, et plusieurs fois proposée au prix Nobel de littérature qu'elle mérite pleinement mais qu'elle n'a pas obtenu pour des raisons sûrement politiques. Elle est d'origine algérienne. Assia Djebbar a une production immense et très diversifiée dans le genre romanesque, poétique, cinématographique, après obtention d'une agrégation d'histoire à Paris Sorbonne. Ses romans dans leur grande majorité ont privilégié le sort et le devenir de la femme en Algérie.
Ses œuvres romanesques «Loin de Médine», «Femmes d'Alger dans leur appartement», «Nulle part dans la maison de mon père» (2009), «La femme sans sépulture» sont les plus marquantes de leur temps. Ce dernier roman est à coloration populaire, on a même pensée qu'il aurait été traduit de l'arabe ou du berbère. L'auteur y a mis en scène Zoulikha, une héroïne de la guerre d'indépendance. Le livre retrace son itinéraire de maquisarde. On l'a appelée mère des maquisards, portée disparue en 1957, après avoir été emprisonnée par les Français. La vie de ce personnage principal emblématique est devenue un point de convergence des conteuses venant apporter leur témoignage à son sujet. Et, compte tenu de son existence riche en péripéties et mouvementée, Assia Djebbar lui a consacré un film.
Au fil des siècles
Aussi loin que nous remontons dans le temps, nous découvrons le même sort réservé à la femme et à l'élément féminin d'une manière générale. On lui a imposé les tâches les plus ingrates qu'elle a eu à accomplir quel qu'ait été son état physique : malade, enceinte, bien portante, et dans l'anonymat le plus total. Les plus vieilles parmi les vivantes rapportent les propos de leurs arrière-grands-mères selon lesquels les femmes étaient tenues, hiver comme été, d'approvisionner la maison en eau, à l'aide d'une cruche sur le dos ou d'un autre ustensile porté à l'aller et au retour sur la tête. Aller chercher de l'eau à la fontaine, et quotidiennement, pieds nus et avec une seule robe sur la peau même en temps de neige ou de pluie battante, apporter à manger aux bêtes, nettoyer l'écurie, faire à manger, laver la vaisselle et le linge, faire des enfants, éduquer, ramasser les olives et les figues, planter des oignons et des pommes de terre, telles sont, si on n'en a pas oublié d'autres, les activités de la femme traditionnelle qui, en rencontrant la guerre de libération, a pris le fusil ou préparé à manger aux combattants de l'ALN.
On peut dire que nos vieilles d'antan étaient d'un courage qui frisait la témérité. Lalla Fatma N'soumer que les gens ont appris à connaître grâce aux livres qui lui ont été consacrés, aux articles de presse et au film, a dirigé des combattants engagés dans la lutte contre l'entrée des Français au 19e siècle. Des femmes combattantes, il y en a eu dans l'Histoire. On en a vu durant la guerre de Libération ; beaucoup sont tombées au champ d'honneur les armes à la main. La littérature populaire recèle de nombreux noms de femmes ayant joué un rôle essentiel. C'est le cas de Sherazade qui a mis fin à un cycle d'assassinats d'épouses d'une nuit, par un roi sanguinaire qui faisait du crime son jeu de prédilection.
Chaque matin, il donnait la mort à la reine d'une nuit et cela a duré des mois ou des années, rien de précis étant donné que cette femme conteuse, auteur des Mille et Une Nuits, n'a pas donné de détails concernant la durée de cette tuerie ludique d'un palais royal. S'était-elle inspirée de la réalité pour constituer des récits fictifs mais merveilleusement élaborés ? Sherarade a arrêté le processus de malédiction qui s'était abattu au Moyen-Orient d'une époque donnée, au lieu de subir le sort des reines qui l'avaient précédée.
Ses contes ont eu une vertu thérapeutique au profit d'un roi atteint d'un mal incurable : celui de tuer chaque matin la reine qui avait passé la nuit avec lui. Sherazade qui avait la chance d'être une excellente conteuse et qui possédait à la perfection l'art de bien parler, avait fini par maîtriser un sanguinaire passionné de crimes contre des jeunes filles innocentes, en lui racontant pendant mille et une nuits des récits merveilleux au terme desquels il finit par recouvrer sa santé mentale rendant à la reine sa dignité et sa qualité de compagne d'un couple royal dont elle a été l'auteure après avoir été l'auteure des contes.
L'instruction : une planche de salut pour les filles
La fille qui n'a jamais été scolarisée dans les décennies qui ont suivi l'année de l'indépendance, en zone rurale, a subi le sort de ses aînées qui n'ont connu que les tâches serviles. Sur le marché du travail et du mariage, les filles instruites ont plus de chance, même si les critères de recrutement sont chez nous élastiques et flous. Mais, ayant découvert que dans la société injuste l'instruction est la seule planche de salut, la fille algérienne essaie de faire les plus hautes études possibles. C'est une libération vis-à-vis de la société et du mari exploiteur. On ne peut pas oublier cette femme devenue docteur en physique nucléaire, fille de famille modeste pour ne pas dire pauvre dont le père a exercé comme simple employé de bureau.
L'avantage qu'a eu la fille a été d'habiter à Alger-Centre, près du lycée et de l'université. Il n'y avait pas Bab Ezzouar, au lendemain de l'Indépendance. Aussi celle qui devait avoir un brillant itinéraire, était sous-alimentée et habillée simplement. Mais elle a franchi toutes les étapes dans de bonnes conditions, en passant par le brevet et le baccalauréat mathématique avec mention «Bien». Un boulevard s'était ouvert devant elle jusqu'au doctorat d'Etat, extrême limite. Elle est restée humble mais heureuse de n'être pas obligée de se mettre à genoux devant qui que ce soit pour demander un emploi. C'est elle qui est sollicitée, même des grandes universités de l'étranger pour des travaux de recherche et de la vraie recherche fructueuse. Les quatre-vingt- dix pour cent de nos filles rêvent de ce modèle, elles travaillent du mieux qu'elles peuvent pour réussir malgré les embûches qu'on leur dresse.


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