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Lutte contre la corruption et faire de l'Algérie un pays émergent
Publié dans La Nouvelle République le 19 - 08 - 2019

Le constat est amer malgré les discours triomphants de tous les gouvernements de 1970 à nos jours: l'Algérie depuis l'indépendance politique est une économie fondamentalement rentière, le système financier, enjeu énorme de pouvoir, étant étroitement connecté à la production de la rente. Toute augmentation ou baisse du cours des hydrocarbures avec les dérivés (98/97% des recettes en devises) ont eu des incidences à la fois économiques et politiques comme en témoigne les impacts politiques de la crise de la baisse du cours entre 1986/1990. La gestion volontariste depuis l'indépendance, les enjeux de pouvoir internes, la crise économique, sociale et culturelle et, enfin les contraintes externes de plus en plus pesantes ont abouti à des changements, menés parfois à la hussarde, qui ont révélé une réalité bien amère : l'absence dramatique d'une véritable stratégie nationale d'adaptation à ce phénomène total et inexorable qu'est la mondialisation.
Des acteurs internes aussi bien que des acteurs externes ont agi clairement dans le sens contraire, encourageant et défendant, par des moyens divers, la mise en œuvre de réformes dont la nécessité n'échappe à personne. Comme il n'est plus permis d'ignorer la nécessaire adaptation de l'Algérie face aux nouvelles mutations mondiales dont son devenir est dans l'espace euro-méditerranéen et africain expliquant. Aussi les réformes en profondeur du fonctionnement de la société algérienne et non des replâtrages organisationnels, impliquant d'analyser avec lucidité les relations dialectiques réformes et les segments de la production de la rente (Sonatrach) et celui de sa redistribution (système financier), bouleversent des intérêts, les gagnants de demain n'étant pas forcément ceux d'aujourd'hui. Lorsque la valeur de la rente des hydrocarbures s'accroit, paradoxalement les réformes sont freinées et l'on assiste à une redistribution passive de la rente pour une paix sociale éphémère avec l'extension de la corruption et une concentration excessive du revenu national au profit d'une minorité rentière. Cela couple contradictoire rente/réformesexplique fondamentalement l'instabilité juridique et le manque de cohérence et de visibilité dans la réforme globale.
4- Des réformes pour solutionner la crise politique durablement
Tout projet étant porté par forcément des forces sociales, souvent avec des intérêts différents, en démocratie les urnes la population tranchant sur le projet de société, où la minorité politique se soumet à la volonté de la majorité, tout en restant une force de propositions. Comment ne pas rappeler que par le passé, (2005), j'ai eu l'honneur de coordonner plusieurs ouvrages pluridisciplinaires, d'une brulante actualité ,ayant abordé les réformes politiques, sociales et économiques, fruit d'un travail collectif à la rédaction duquel ont contribué des collègues spécialistes en anthropologie, en économie et en sciences politiques des universités d'Oran et d'Alger (Casbah Editions deux volumes 520 pages sous le titre réformes et démocratie- 2005).
A cette époque j'avais donné plusieurs conférences aux universités de Annaba, de Constantine, de Tizi Ouzou, de Béjaïa, Mascara, Sid Bel- Abbès, Tlemcen, d'Oran, à l'Académie militaire Inter- Armes de Cherchell, avant de clôturer à l'école nationale d'administration d'Alger (ENA) et ce afin pour expliquer notre démarche fondée sur l'alternance démocratique tenant compte de notre authenticité, afin d'arriver à une économie diversifiée hors hydrocarbures dans le cadre des valeurs internationales avec l'avènement de la quatrième révolution économique mondiale 2020/2030 Que de perte de temps et dommage que nous n'avons pas été écoutés. Mais devant privilégier uniquement les intérêts supérieurs de l'Algérie, il n'est jamais trop tard pour bien faire, devant éviter la sinistrose mais également l'autosatisfaction démagogique destructrice, l'Algérie possédant toutes les potentialités de sortie de crise, sous réserve d'une réelle volonté politique de profondes réformes structurelles.
Et la solution se trouve dans le dialogue productif avec ces concessions réciproques privilégiant uniquement l'avenir de l'Algérie, entre le pouvoir, l'opposition et la majorité de la société civile représentative avec finalité une élection transparente, (commission indépendante de la présidence et de l'exécutif) loin de ces réunionites et commissions qui font perdre du temps au pays. Il appartiendra au futur président, qui doit être élu sur la base d'un programme précis, d'entamer rapidement les réformes tant politiques qu'économiques urgentes. Car dans le cas du retour au FMI 2021/2022, il serait utopique tant pour le pouvoir, l'opposition qu'El Hirak de parler d'indépendance sécuritaire, politique qu'économique. Nous aurons alors des incidences géostratégiques négatives de déstabilisation de la région méditerranéenne et africaine que ne souhaite ni les USA, ni l'Europe, ni d'ailleurs aucun algérien patriote, comme je l'ai souligné dans deux interviews l'une à AfricaPresseParis, l'autre à l'American Herald Tribune «Dr. Abderrahmane Mebtoul :» Algeria Still Faces Significant Challenges.
En résumé, l'objet de cette contribution a été un bref rappel des conclusions des différentes conférences et travaux que j'ai eu à diriger de 1974 à 2018 d'une brulante actualité existant des liens entre les réformes politiques et économiques devant avoir une vision stratégique.
Nous n'avons donc pas attendu les évènements récents et les différents rapports de la banque mondiale, du FMI pour proposer des solutions concrètes de sortie de crise pour l'Algérie (voir notre conférence devant le premier ministre et les différents membres du gouvernement au Palais des Nations le 26 novembre 2014 sur l'impact de la baisse du prix des hydrocarbures sur les équilibres macro-économiques et macro-sociaux, ayant averti qu'il fallait ne plus vivre de l'illusion de la rente éternelle pour éviter la dérive vénézuélienne.
Cela faisait suite au débat que j'ai tenu à Radio France Internationale RFI Paris le 12 novembre 2014, avec le Pr Antoine Halff ex économiste en chef du gouvernement Barak Obama et à cette époque, directeur de la prospective à l'AIE, sur «les perspectives de la chute du cous des hydrocarbures et leurs impacts sur l'économie algérienne». L'Algérie a besoin qu'un regard critique et juste soit posé sur sa situation sur ce qui a déjà été accompli et sur ce qu'il s'agit 1974)2017 d'accomplir encore au profit exclusif d'une patrie qui a besoin de se retrouver et de réunir tous ses enfants autour d'un même projet, d'une même ambition et d'une même espérance. Aussi, les objectifs stratégiques du futur président de la république est de faire de l'Algérie un pays émergent: elle en a les potentialités.
(Suite et fin)
Professeur des universités, expert international Dr Abderrahmane Mebtoul


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