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Derrière Quentin Deranque, la banalisation médiatique d'une galaxie néofasciste
France
Publié dans La Nouvelle République le 22 - 02 - 2026

La mort d'un militant d'extrême droite peut susciter une compassion humaine. Mais cette compassion ne devrait jamais servir de rideau de fumée politique. Or, en France, c'est précisément ce qui s'est produit dans les jours qui ont suivi la mort de Quentin Deranque : une opération de blanchiment narratif où un militant inséré dans des réseaux néofascistes est devenu, à force de récits attendris, un simple « jeune homme joyeux », « non violent », presque étranger aux engagements qu'il revendiquait pourtant.
Le procédé n'a rien d'innocent. Il ne relève pas d'une simple maladresse journalistique. Il participe d'un mouvement plus profond : la normalisation patiente, méthodique, d'une extrême droite radicale que l'on préfère regarder comme une singularité tragique plutôt que comme un phénomène politique structuré. En gommant l'appartenance de Deranque à une structure idéologique néofasciste pour ne garder que l'image du « fils idéal », une partie des médias et de la classe politique participe à la normalisation d'une extrême droite radicale, à l'adoubement du fascisme.
Les enquêtes disponibles l'ont pourtant montré : Quentin Deranque gravitait autour du Comité du 9 mai, rendez-vous annuel où se croisent les héritiers du GUD, des Jeunesses nationalistes révolutionnaires et d'autres composantes de la mouvance néofasciste européenne. Ici, pas d'ambiguïté esthétique : symboles identitaires, mise en scène paramilitaire, culte du groupe et nostalgie d'un ordre autoritaire fantasmé, désignation de l'ennemi. Ce ne sont pas des rassemblements folkloriques. Ce sont des lieux de socialisation politique néofasciste où la démonstration de force vaut argument. Le masque, la discipline et la rhétorique de l'ennemi intérieur ne relèvent pas de la décoration : ils traduisent une volonté assumée d'occupation de l'espace public, y compris par la force.
Aussi, parler de militantisme « pacifique » dans ce contexte revient à habiller de neutralité une logique de confrontation assumée.
L'indignation sélective
Ce parcours n'est pas isolé. Il traverse une galaxie entière : mouvances monarchistes, identitaires, catholiques nationalistes, réseaux prônant la remigration, groupes d'autodéfense blancs. Le néofascisme contemporain français n'a plus besoin d'un parti unique ; il prospère sous forme de réseaux souples, capables d'alterner activisme numérique, présence de rue et rhétorique civilisationnelle. Le socle idéologique, lui, reste stable : obsession du déclin, désignation d'ennemis intérieurs, en particulier arabes et musulmans, glorification d'un passé mythifié et légitimation implicite de la violence comme instrument politique.
Ce qui frappe dans le traitement médiatique et gouvernemental de cette rixe mortelle, ce n'est pas seulement ce qui est dit, c'est surtout ce qui disparaît. Tandis que les groupes d'extrême droite revendiquent leur camarade, une partie du récit médiatique et gouvernemental s'applique à séparer l'homme du milieu néofasciste qui l'a formé. Ce découpage produit un effet redoutable : le militant devient victime neutre, la structure politique néofasciste s'efface, et le débat se déplace vers la criminalisation des antifascistes. Le mécanisme est ancien : individualiser pour dépolitiser, émouvoir pour neutraliser. Pourtant, sur le chapitre de la violence politique tous les chercheurs sont unanimes : en France, 90 % des meurtres à caractère idéologique sont le fait de l'extrême droite. S'il est encore trop tôt pour connaître toute la vérité sur cette mort tragique, le récit porté par le collectif d'extrême droite Némésis, repris partout sans vérification, d'une agression de Quentin Deranque par des militants antifascistes, commence à être remis en cause : Le Canard Enchaîné montre, images à l'appui, que « les deux groupes étaient bien venus pour en découdre ». Rappelons que Lyon est le théâtre de confrontations depuis des années entre collectifs antifascistes et groupes d'extrême droite.
Lyon : terrain d'expérimentation
En effet, depuis plusieurs années, Lyon fonctionne comme un laboratoire. Groupuscules identitaires néofascistes, héritiers du Bastion social et collectifs d'autodéfense y testent des stratégies d'implantation territoriale : entraînements physiques, démonstrations de rue, intimidation des opposants, agressions des femmes musulmanes voilées. L'activisme devient mode de vie, la confrontation une routine. Cette dynamique locale n'est pas une exception française. Elle s'inscrit dans une tendance européenne où la frontière entre propagande et passage à l'acte s'amincit.
La véritable inquiétude ne réside pas seulement dans la violence physique, mais dans la banalisation de l'univers idéologique qui la rend possible. Quand un militant inséré dans des réseaux néofascistes peut être présenté avant tout comme un jeune homme apolitique, ce n'est pas un détail narratif : c'est un déplacement du centre de gravité du débat public.
L'épisode de cette rixe mortelle révèle surtout une hiérarchie des émotions politiques. L'Assemblée nationale a observé une minute de silence pour Quentin Deranque. Dans le même temps, les centaines d'homicides recensés chaque année en France, 982 personnes tuées, passent dans un silence institutionnel absolu. Ce contraste en dit long. Certaines morts deviennent immédiatement des symboles ; d'autres restent des statistiques. Ce n'est pas la gravité objective des faits qui détermine l'émotion médiatique, mais leur utilité dans le récit dominant. Et c'est là que commence l'instrumentalisation : lorsque la sélection des indignations redessine ce que la classe bourgeoise française considère comme une menace : surgie non pas de l'extrême droite mais, selon elle, de l'extrême gauche.
Ainsi, en France l'extrême droite bénéficie d'un paradoxe commode : ses violences deviennent des accidents, tandis que ceux qui les dénoncent sont décrits comme des facteurs de désordre, à l'image de La France insoumise (LFI) régulièrement vouée aux gémonies dans le débat public.
Une Internationale fasciste se dessine entre Tel-Aviv et Paris
Ce traitement médiatique ne tombe pas du ciel. Depuis plusieurs années, le pouvoir macroniste et une partie de ses relais médiatiques travaillent à installer l'idée que La France insoumise constituerait un problème démocratique en soi, un acteur qu'il faudrait combattre politiquement et neutraliser juridiquement. Les qualificatifs s'accumulent, les amalgames se répètent, et la critique programmatique cède la place à une mise en accusation permanente. La logique n'est plus celle du débat : c'est celle du torpillage symbolique.
La disproportion devient alors un outil. On transforme des polémiques en affaires d'Etat, on recycle les mêmes séquences jusqu'à saturation, et l'on installe peu à peu l'idée qu'une force politique pourrait être exclue du champ légitime, voire, pour certains, interdite. Le but n'est pas nécessairement de franchir ce pas juridiquement, mais de rendre cette hypothèse pensable dans l'espace public.
Dans ce climat, la personnalisation et l'émotion servent d'écran. On dissèque des individus, on psychologise des trajectoires, on organise des procès médiatiques continus pendant que disparaît l'analyse des structures idéologiques réelles. Le spectacle préfère les coupables visibles aux dynamiques profondes. C'est précisément ainsi que la banalisation opère : en criant contre certaines cibles tout en laissant s'installer, en arrière-plan, des courants autrement plus structurés et dangereux : l'extrême droite radicale et sioniste.
Pour certains observateurs critiques, « ce sont les mêmes politiciens et médias français qui sanctifient le régime fasciste génocidaire israélien qui pourchassent tous les Français exprimant leur solidarité avec le peuple palestinien martyr ». Tout se passe comme si une Internationale sioniste et fasciste se dessinait entre Tel-Aviv et Paris pour créer un climat politique propice à l'accession des partis d'extrême droite au pouvoir, en passant par la criminalisation progressive des organisations qualifiées d'extrême gauche et la mise en cause pénale de leurs dirigeants.
En Israël, le régime fasciste de Netanyahou a utilisé l'attaque du 7 octobre 2023 comme un moment d'accélération de la guerre totale contre le peuple palestinien : un choc transformé en levier pour mettre à exécution son opération de nettoyage ethnique. En France, le pouvoir macroniste et l'extrême droite se sont saisis de la rixe mortelle impliquant Quentin Deranque pour intensifier une campagne de disqualification visant La France insoumise, avec comme ultime objectif : un nettoyage politique du « peuple de gauche radicale ». Les contextes ne sont évidemment pas comparables sur le plan militaire ou territorial. Mais la mécanique politique présente une parenté : l'événement tragique devient un point d'appui. Il permet de déplacer les lignes du débat, de radicaliser le langage, de transformer un adversaire en menace systémique. Dans les deux cas, il ne s'agit pas seulement de répondre à une situation donnée ; il s'agit d'utiliser une situation tragique pour redéfinir le cadre du possible. L'émotion collective sert d'accélérateur. Ce qui relevait hier du conflit politique ordinaire est requalifié en danger existentiel. La frontière entre opposition et illégitimité se déplace. Ce n'est donc pas une identité de nature que l'on observe, mais une similitude de méthode : gouverner par le choc, élargir le champ des mesures acceptables, rendre pensable ce qui, la veille encore, semblait excessif : l'instauration progressive du fascisme.
La banalisation est le tapis rouge du fascisme.
Historiquement, le danger du fascisme ne vient pas toujours de la radicalité affichée. Il vient souvent de sa normalisation progressive, de son intégration douce dans le paysage médiatique, politique et institutionnelle, comme l'illustre la minute de silence observée ce mardi 17 février à l'Assemblée nationale.
En France, aujourd'hui, le basculement fascisant ne surgit pas par effraction ; il s'installe par invitation institutionnelle. Il progresse par accoutumance : la violence se banalise, le néofascisme se fond dans le décor, et le spectacle médiatique tient lieu d'analyse. En effet, le néofascisme français ne surgit pas en fracassant les institutions ; il les transforme de l'intérieur. Il ne s'impose pas d'un coup ; il s'installe par normalisation. En France, ce ne sont pas des chemises brunes que l'on voit défiler, mais des dispositifs sécuritaires qui s'enracinent, des contre-pouvoirs qui s'affaiblissent, des oppositions de gauche radicale requalifiées en menaces, des états d'urgence intégrés au droit commun, une judiciarisation croissante des mobilisations sociales et une surveillance élargie devenue la norme.


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