Abû al-Rayhan Muhammad Ibn Ahmad Al-Bîrûnî, plus connu sous le nom d'Al-Biruni, demeure l'une des figures les plus impressionnantes du savoir médiéval. Né en septembre 973 dans une famille perse, il grandit au Khwarezm, région correspondant aujourd'hui au sud-ouest de l'Ouzbékistan. Très tôt, son intelligence hors norme et sa curiosité insatiable le distinguent. Les vingt-cinq premières années de sa vie sont consacrées à une formation scientifique d'une rare densité. À peine âgé de dix-sept ans, il parvient à déterminer la latitude de Kath à l'aide d'instruments qu'il conçoit lui-même, en se fondant sur l'observation de la hauteur maximale du Soleil. À vingt-deux ans, il rédige déjà un traité de cartographie dans lequel il examine différentes méthodes de projection avant de proposer la sienne pour représenter un hémisphère sur un plan. Cette maturité intellectuelle précoce s'accompagne d'échanges épistolaires avec un autre esprit brillant de son temps, Avicenna, signe de son intégration dans les cercles savants les plus prestigieux. Savant de cour et témoin des bouleversements politiques La carrière d'Al- Bîrûnî prend un tournant décisif lorsqu'il rejoint la cour de Djurdjan, au sud-est de la mer Caspienne. Il y compose son premier ouvrage majeur, consacré aux calendriers, aux calculs astronomiques et aux phénomènes météorologiques. De retour dans sa région natale avant 1008, il est accueilli par le prince Abû al-Hassan Ali ibn Ma'mun, puis mis au service du frère de ce dernier. Grâce à son éloquence, souvent qualifiée de « langue d'or et d'argent », il se voit confier des missions diplomatiques délicates. Mais le destin bascule avec l'assassinat de son protecteur. Emmené de force en Afghanistan avec d'autres érudits, il est retenu à la cour de Ghazna, probablement en qualité d'astrologue officiel. Il accompagne alors le sultan Mahmud of Ghazni lors de ses campagnes militaires vers le nord-ouest de l'Inde. Cette contrainte se transforme en opportunité intellectuelle : il apprend le sanskrit et s'immerge dans les traditions savantes du sous-continent. Des découvertes scientifiques d'une précision stupéfiante C'est dans ce contexte qu'il rédige son célèbre Livre de l'Inde, vaste étude consacrée aux croyances, aux philosophies et aux usages des sociétés indiennes. Rédigé entre 1027 et 1032, cet ouvrage se distingue par sa rigueur méthodologique et son souci d'objectivité, qualités rares pour l'époque. Mais c'est surtout en astronomie et en mathématiques qu'Al- Bîrûnî marque durablement l'histoire des sciences. Il calcule, par triangulation, le rayon de la Terre avec une valeur estimée à 6 339,6 kilomètres — une approximation dont l'écart avec les mesures modernes n'atteint que 0,24 %. Il évalue également la durée de l'année tropique à 365 jours, 5 heures, 46 minutes et 47 secondes, soit à moins de deux minutes près des calculs contemporains. Il s'interroge sur la rotation de la Terre sur elle-même et envisage son mouvement autour du Soleil, bien avant que Nicolaus Copernicus ne formalise la théorie héliocentrique. Plusieurs siècles avant Isaac Newton, il évoque déjà l'idée d'une force d'attraction terrestre. Son œuvre témoigne d'une approche expérimentale et critique qui le place parmi les plus grands esprits scientifiques de tous les temps — jugement partagé par l'historien des sciences George Sarton. Un humaniste ouvert sur le monde À l'image des savants de son époque, Al- Bîrûnî ne se limite pas à une seule discipline. Il écrit sur la géologie, la minéralogie, la médecine, la pharmacologie, la botanique, la géographie, l'histoire et même ce que l'on qualifierait aujourd'hui d'ethnologie. Polyglotte accompli, il maîtrise l'arabe et le persan — langues de rédaction de ses ouvrages — mais aussi le turc, le syriaque, l'hébreu et le sanskrit. Traducteur et poète, il participe à la circulation des savoirs entre les civilisations. Son esprit critique s'accompagne d'un humour subtil. À un religieux qui lui reprochait d'utiliser un calendrier byzantin gravé sur un instrument de calcul des heures de prière, il répondit avec ironie que, puisque les Byzantins se nourrissaient également, il faudrait peut-être éviter de les imiter jusque dans ce domaine. Al- Bîrûnî s'éteint vers 1050 à Ghazni, après près de quatre-vingts années consacrées à l'étude et à l'observation du monde. En 1970, l'Union astronomique internationale a donné son nom à un cratère lunaire, consacrant symboliquement celui qui, mille ans plus tôt, avait déjà scruté les mystères du ciel avec une précision remarquable.