Né il y a cent ans à Oran, Blaoui Houari a su capter l'âme d'une ville et la projeter dans la modernité, sans jamais rompre avec ses racines. À travers ses chansons, c'est toute une histoire oranaise qui continue de vibrer. né le 23 janvier 1926 à Oran, dans le quartier populaire de Médina Jdida, Blaoui M'hammed El Houari grandit au cœur d'une ville-monde où se croisent traditions locales et influences venues d'ailleurs. Très tôt, la musique s'invite dans sa vie. Son père, Mohamed Tazi, amateur éclairé et joueur de kuitra, lui transmet l'amour des mélodies, tandis que son frère Kouider lui ouvre les portes de nouveaux timbres en lui faisant découvrir le banjo et la mandoline. Dans cet environnement familial, le jeune Blaoui forge une oreille curieuse et ouverte. Il quitte l'école à l'adolescence pour aider son père au café familial, mais ne s'éloigne jamais de la musique. Les cafés, les fêtes et les salles de spectacle d'Oran deviennent alors son véritable conservatoire. Encore très jeune, Blaoui Houari se distingue lors d'un radio-crochet organisé aux Folies Bergères d'Oran, future salle El-Feth. Cette reconnaissance publique agit comme un déclic. Il comprend qu'un nouveau chemin est possible : celui d'une musique populaire modernisée, fidèle à ses racines mais résolument tournée vers son époque. Dans les années 1940, Oran est en pleine effervescence culturelle. Blaoui Houari s'imprègne des sonorités nouvelles et commence à repenser la musique bédouine, pilier de la tradition oranaise. Avec Ahmed Wahby, il participe à la naissance d'un genre inédit : El Asri, une musique urbaine, élégante, mêlant poésie locale et influences orientales. Entre ports, orchestres et scènes populaires Pendant la Seconde Guerre mondiale, il travaille au port d'Oran, tout en s'initiant au piano et à l'accordéon. Avec Maurice El Médioni, il interprète des airs américains et français, enrichissant encore sa palette musicale. Parallèlement, il anime mariages, circoncisions et fêtes familiales, lieux essentiels de transmission culturelle. C'est à cette période qu'il ose une démarche novatrice : adapter la poésie bédouine à des instruments modernes. Sa reprise du poème Biya dek el-môr marque un tournant et annonce une nouvelle ère pour la musique oranaise. En 1943, il fonde son premier orchestre musico-théâtral, entouré de musiciens et comédiens qui contribueront à diffuser cette esthétique nouvelle sur les scènes locales. La guerre de Libération marque profondément sa trajectoire. Pour ses activités patriotiques, Blaoui Houari est interné dans le camp de Sig. Ami du chahid Ahmed Zabana, il est bouleversé par l'exécution de ce dernier. De cette douleur naît l'une de ses chansons les plus marquantes, Zabana, écrite par Chérif Hamani, où la musique devient mémoire et résistance. Une carrière au service de la culture nationale Après l'indépendance, Blaoui Houari met son expérience au service des institutions culturelles. Il devient chef d'orchestre à la radio et télévision d'Oran, contribuant à structurer et diffuser la musique algérienne. En 1970, il participe à l'Exposition universelle d'Osaka, représentant l'Algérie pendant plusieurs mois sur la scène internationale. En 1986, l'album Dikrayat Wahran vient couronner son parcours : une œuvre empreinte de nostalgie, profondément oranaise, où il revisite ses souvenirs et son héritage musical. Avec près de cinq cents chansons, Blaoui Houari laisse une empreinte immense. Précurseur du raï moderne, il inspire plusieurs générations d'artistes, de Cheb Mami à Houari Benchenet. Son talent d'adaptateur de poésie populaire permet aussi à des textes anciens de traverser le temps. L'exemple le plus emblématique reste Bakhta, repris plus tard par Cheb Khaled et propulsé sur la scène internationale. Décédé le 19 juillet 2017 à Oran, Blaoui Houari demeure une figure majeure de la culture algérienne. Cent ans après sa naissance, sa musique continue de raconter Oran, ses rues, ses douleurs et ses élans, avec une modernité intacte.