A Constantine, le retour du printemps ne se mesure pas seulement à l'éclosion des fleurs, mais à un rituel qui traverse les générations : la distillation de la fleur d'oranger et de la rose. Dans les maisons comme dans les ateliers d'artisans, le qattar reprend vie, laissant s'échapper des fragrances délicates qui racontent, à elles seules, toute une histoire. Un savoir-faire, profondément ancré dans la culture locale, dépassant le simple geste technique, car il incarne un moment de transmission, où les plus anciens initient les plus jeunes aux secrets d'une pratique minutieuse. Cueillir, trier, chauffer, condenser chaque étape est porteuse de sens, chaque détail perpétue une mémoire collective précieuse, a souligné, avant-hier, le professeur en histoire du patrimoine, Halima Ali Khodja. Longtemps confinée à la sphère familiale, cette tradition s'ouvre aujourd'hui au public et retrouve une nouvelle vitalité dans des espaces d'exposition et de démonstration qui permettent de redécouvrir les outils d'antan et les usages multiples de l'eau de zhar et de rose, aussi bien en gastronomie qu'en cosmétique, a-t-elle souligné. Cette valorisation témoigne du passage progressif d'un héritage domestique à une véritable richesse culturelle et économique, selon la même spécialiste. Dans cette dynamique s'inscrit la création du festival culturel local « Printemps de Constantine, connaissances et savoir-faire » pensé comme un lieu de partage et de mise en lumière des compétences artisanales. Une initiative qui renforce les liens entre patrimoine et modernité, tout en offrant une vitrine à des pratiques identitaires. Les célébrations, organisées à travers plusieurs communes dont Hamma Bouziane, et la ville de Constantine donnent une résonance plus large à cette tradition. Organisé du 27 avril au 4 mai, le festival inscrit ainsi la distillation du zhar et de la rose au cœur d'un programme culturel qui conjugue transmission, créativité et ouverture sur le public.