Figure incontournable de la comédie algérienne, Rouiched a marqué durablement le théâtre, le cinéma et la télévision par un humour profondément ancré dans la réalité sociale algérienne. Derrière ce nom de scène se cache Ahmed Ayad, artiste autodidacte au parcours singulier, devenu l'un des visages les plus aimés du public algérien. Ahmed Ayad naît en avril 1921 au cœur de la Casbah d'Alger, quartier emblématique qui a vu émerger de nombreux artistes. Issu d'une famille originaire de Kabylie, dont les racines remontent au village de Kanis, dans la commune d'Azeffoun (wilaya de Tizi Ouzou), il grandit dans un environnement modeste. Très jeune, il enchaîne les petits boulots pour subvenir à ses besoins, forgeant un regard lucide et tendre sur la société, qui nourrira plus tard son jeu d'acteur. Sans formation académique, il découvre le théâtre à la fin des années 1930. Ses débuts sur scène révèlent immédiatement un talent brut, capable de capter l'attention par la spontanéité et la justesse. Sa participation à une pièce d'Abdelhamid Ababsa marque un tournant décisif : son interprétation, saluée par le public, l'encourage à embrasser pleinement la carrière artistique. Un comédien au cœur de l'effervescence culturelle Au fil des années, Rouiched s'impose dans le paysage théâtral algérien. Il intègre plusieurs troupes et partage la scène avec de grandes figures de l'époque, contribuant à l'essor d'un théâtre populaire accessible et engagé. Sa vision de l'art, parfois en décalage avec celle de certains maîtres institutionnels renforce son identité singulière. Dans les années 1950, il explore également le théâtre radiophonique, alors très écouté, qui élargit encore son public. Parallèlement à son activité artistique, Rouiched est engagé dans le mouvement national. Durant la guerre de libération, il est arrêté et emprisonné pendant plus de deux ans, une épreuve marquante qui influencera par la suite plusieurs de ses œuvres. De la scène au grand écran Après l'indépendance, Rouiched rejoint en 1963 la troupe du Théâtre national algérien. Il y interprète et écrit des pièces devenues emblématiques, parmi lesquelles Hassan Terro et Les Concierges, affirmant son talent aussi bien comme acteur que comme auteur. Son entrée au cinéma se fait en 1966 avec La Bataille d'Alger, où il incarne un rôle secondaire mais marquant. La consécration arrive peu après avec Hassan Terro de Mohamed Lakhdar-Hamina. Ce film, à la fois historique et comique, rencontre un immense succès populaire. Rouiched y campe un personnage naïf et attachant, inspiré d'expériences vécues durant la guerre, et participe à l'écriture du scénario. Le personnage de Hassan devient alors une véritable saga, déclinée dans plusieurs films comme L'Evasion de Hassan Terro, Hassan Taxi, Hassan Niya ou encore Médaille à Hassan. À travers ces œuvres, Rouiched offre une galerie de portraits populaires, mêlant humour, critique sociale et mémoire collective. Un héritage toujours vivant Jusqu'à la fin de sa vie, Rouiched reste présent à la télévision algérienne à travers des téléfilms et des sketches très suivis. Décédé le 28 janvier 1999, il est inhumé au cimetière d'El Kettar. Son œuvre continue pourtant de traverser les générations. Rediffusés régulièrement, ses films et pièces suscitent toujours le rire et l'émotion. Considéré comme l'un des artisans majeurs de l'âge d'or du cinéma algérien, Rouiched demeure un symbole d'authenticité.