Peintre et miniaturiste majeur de la scène artistique algérienne, Ali Ali-Khodja a construit une œuvre marquée par la fidélité à la tradition et l'audace de l'expérimentation. Issu d'une illustre lignée kouloughlie, arrière-petit-fils du dey d'Alger, il a très tôt été plongé dans un univers où l'histoire et la création se répondaient. Né à Bologhine le 13 janvier 1923, il grandit sous l'influence déterminante de ses oncles Mohamed et Omar Racim, qui lui transmettent les fondements de la miniature, de la calligraphie et de l'enluminure. Tout au long de son parcours, Ali Ali-Khodja s'imposera comme l'un des doyens de la peinture algérienne moderne, laissant une empreinte durable à travers une œuvre riche, évolutive et profondément ancrée dans l'identité nationale. Cet héritage, à la fois politique et culturel, imprègne très tôt son univers. Orphelin de père dès l'âge de quatre ans, il est recueilli par ses oncles maternels, Mohamed et Omar Racim, figures majeures de la miniature et de l'enluminure algériennes. Ce cadre familial devient son premier atelier, son premier lieu d'apprentissage, où se transmettent rigueur, sens du détail et amour des arts traditionnels. Une formation exigeante et des débuts prometteurs Entre 1929 et 1937, Ali Ali-Khodja suit sa scolarité à Saint-Eugène puis à El-Biar, avant d'intégrer l'Ecole des beaux-arts d'Alger. Sous la direction de ses oncles et de maîtres reconnus, il se forme à la calligraphie, à l'enluminure et à la miniature, disciplines qui façonneront durablement son regard. Dès le début des années 1940, son talent s'impose dans les salons artistiques. En 1942, il obtient la Bourse Sivry, distinction prestigieuse décernée par la ville d'Alger, qui vient confirmer la singularité de son travail. Il s'inscrit alors dans une génération d'artistes algériens désireux de faire dialoguer tradition et modernité. Un parcours artistique riche et reconnu Les années suivantes sont marquées par une intense activité créative. Ali Ali-Khodja expose régulièrement, participe à des événements collectifs majeurs et organise sa première exposition personnelle en 1946. Son œuvre circule au-delà des frontières, notamment lors d'expositions en Scandinavie à la fin des années 1940. En parallèle, il occupe des fonctions institutionnelles, notamment au Musée des arts et traditions populaires, avant de rejoindre l'Ecole des beaux-arts d'Alger comme professeur de décoration. Jusqu'en 1994, il formera plusieurs générations d'artistes, devenant une référence incontournable dans l'enseignement des arts plastiques en Algérie. L'artiste de l'indépendance et de la transmission Après 1962, Ali Ali-Khodja s'impose comme l'un des piliers de la scène artistique nationale. Membre fondateur de l'Union nationale des arts plastiques, il participe aux premières grandes expositions de l'Algérie indépendante et contribue activement à la structuration du paysage culturel. En 1969, plusieurs de ses œuvres sont présentées au premier Festival panafricain d'Alger, événement fondateur pour les arts du continent. Sa carrière est jalonnée de distinctions, dont le Grand Prix national de peinture en 1970 et la médaille du mérite national en 1987, qui consacrent une trajectoire exemplaire. Une œuvre en constante évolution Le parcours artistique d'Ali Ali-Khodja se distingue par une remarquable capacité de renouvellement. Entre 1943 et 1950, il se consacre presque exclusivement à la miniature, immortalisant les scènes de la vie quotidienne du vieil Alger avec une précision et une sensibilité rares. À partir des années 1960, il s'oriente vers les paysages du Sahel algérois, puis explore l'aquarelle au début des années 1970. Suivent des séries consacrées aux animaux, avant une incursion dans la gravure. Au tournant des années 1980, son œuvre bascule vers l'abstraction. Couleurs intenses, supports variés — toile, cuivre, or — et titres évocateurs témoignent d'une recherche profonde, presque spirituelle, où formes et signes dialoguent librement. Un héritage durable Au-delà de la peinture, Ali Ali-Khodja laisse une empreinte forte dans les arts appliqués. Il conçoit des timbres-poste emblématiques, dont le premier timbre commémoratif de l'Algérie indépendante en 1963, réalise les armoiries de la ville d'Alger et signe de nombreuses affiches culturelles et touristiques. Décédé le 7 février 2010 à Alger, il laisse derrière lui une œuvre dense et plurielle, reflet d'un artiste profondément ancré dans son époque, mais résolument tourné vers l'universel.