Boualem Sansal n'est pas un écrivain, mais un produit marketing littéraire fabriqué et homologué par la fachosphère française. Un produit éditorial formaté, calibré, labellisé, promu par la France réactionnaire et sioniste comme on promeut un produit conforme aux normes du marché : utile, docile, exportable. Sa prose ne vaut pas par ce qu'elle invente, mais par ce qu'elle confirme : les stéréotypes anti-arabes et les poncifs islamophobes. Boualem Sansal, pour être élevé au rang de «mascotte intellectuelle» par ses parrains franco-sionistes, a dû d'abord apprendre à parler contre les siens dans la langue de ses maîtres. Il a appris à penser l'Algérie avec les lunettes de ses commanditaires néocoloniaux, à la décrire avec leurs fantasmes et préjugés racistes. Boualem Sansal, à force de régler ses comptes avec l'Algérie, a fini par haïr jusqu'à sa langue, son peuple, profaner ses martyrs. Il évoque l'islam comme une pathologie, une excroissance à arracher du corps social, avec le zèle rancunier de ceux que la liberté et la dignité des autres offensent parce qu'elles révèlent leurs honteuses servitude et abjection. Sous couvert de modernité et de laïcité, Sansal recycle les peurs et rebaptise l'islamophobie «courage intellectuel». C'est simplement de l'islamophobie lettrée, mise en phrases propres pour salons parisiens bien chauffés et plateaux télé hystérisés. Sansal confond délibérément la critique d'un dogme avec le mépris des croyants. Et quand la Palestine brûle, son peuple écrasé, bombardé, affamé, Sansal choisit le camp du colonisateur, du génocidaire sanctifié, de l'Etat israélien terroriste érigé en rempart moral de l'Occident. Il bénit la destruction de Gaza au nom de la civilisation, justifie l'extermination du peuple palestinien au nom de la lutte contre la « barbarie islamique » (sic). Comme hier on justifiait la conquête, la dépossession et le massacre au nom de la mission civilisatrice. Que l'Académie française l'accueille aujourd'hui n'a donc rien d'un hasard. L'Académie française n'est pas une institution culturelle : c'est un mausolée idéologique, un sarcophage littéraire où siègent des cadavres ambulants qui ont perdu leurs facultés intellectuelles et leur discernement rationnel. En institution partisane parisienne liée aux puissants, elle ne consacre pas des œuvres, elle récompense les alignements, homologue des positions. Elle ne distingue pas des écrivains, elle recrute des auxiliaires culturels de la domination. Elle ne couronne pas la vérité, elle entérine l'utilité idéologique et géopolitique. On y entre non pour ce qu'on écrit, mais pour ce qu'on confirme : son ralliement à l'idéologie bourgeoise dominante, son reniement de ses origines nationales pour les «indigènes» issus des anciennes colonies françaises. À propos de cette cadavéreuse institution longtemps dominée par des hommes ankylosés siégeant sur un fauteuil roulant pour les dominants, Georges Clémenceau a déclaré : «Donnez-moi quarante trous-du-cul et je vous fais une Académie française ». Avec la dernière recrue cette institution de l'immortalité bascule désormais dans le lupanar de l'immoralité. La haine de l'Algérie élevée au rang de profession de foi, le mépris des croyants musulmans institué en philosophie politique, le soutien inconditionnel à l'Etat colonial israélien baptisé « démocratique » pour légitimer ses crimes génocidaires : voilà le véritable curriculum vitae de Boualem Sansal pour intégrer l'Académie française. Désormais, Boualem Sansal n'est plus seulement un « écrivain » célébré par les salons : il s'est mué en plénipotentiaire indigène, mandaté pour servir de caution intellectuelle aux intérêts français et israéliens. Il incarne à la perfection cette figure familière de l'intellectuel néocolonial fréquentable, celui que l'on brandit en vitrine pour légitimer l'inavouable : faire passer le racisme anti-arabe pour une position rationnelle, l'islamophobie pour un progrès des Lumières, et les crimes génocidaires occidentalo-sionistes pour une simple autodéfense. Sa haine obsessionnelle de l'Algérie n'a rien d'un règlement de comptes intime ; elle relève d'un agenda politique. L'Algérie, sous la plume de Sansal, n'est ni vivante ni historique : elle est une anomalie, un repoussoir, un contre-modèle. Pire : une bavure «décoloniale» dont il faudrait se repentir. Chez Boualem Sansal, ce positionnement n'est pas une dérive : c'est un curriculum. Quant à moi, en tant qu'auteur algérien, je préfère n'avoir aucun siège plutôt que d'occuper un fauteuil payé au prix du reniement. Je préfère intégrer l'éternité par mes vertus que d'acheter une immortalité institutionnelle par mes vices. L'histoire, sourde aux applaudissements académiques, sait reconnaître les écrivains debout. Les autres ne laissent derrière eux qu'une prose de justification : un art d'ordre, de blanchiment des crimes et de consolation morale pour les puissants.